Nicolas Sarkozy, administrateur de la preuve
Nicolas Sarkozy donne une raison supplémentaire à ceux qui pensent que l’enseignement de la philosophie des sciences devrait être obligatoire dans l’enseignement secondaire (c’est d’ailleurs la seule opinion sous-jacente que je tenais à souligner par le biais de cette note ; pour les consignes de vote déguisées, il faudra attendre encore quelques mois).
Voici un extrait du débat sur le fichier national des empreintes génétiques, aperçu chez Laurent Guerby, et avec mes propres emphases :
La police moderne doit passer de la culture de l’aveu à celle de la preuve. Pour cela, il faut donner des moyens à la police scientifique et technique. Le vecteur pour ce faire, ce sont les fichiers. Prenons un exemple : le fichier national des empreintes génétiques. Quand je suis devenu ministre, il y a avait 4 000 empreintes. Il y en a aujourd’hui près de 400 000. Si vous vous étiez davantage soucié de l’évolution de ce fichier national, un violeur en série comme Guy Georges n’aurait pas pu commettre le massacre qu’il a commis.
Nous voici donc confrontés à un problème rigolo : émettons l’hypothèse que Nicolas Sarkozy, premier flic de France
, se soumette à son propre régime d’administration de la preuve. Comment va-t-il s’y prendre prouver que les viols en série de Guy George n’auraient pas eu lieu si la gauche avait mis en place un fichier national d’empreintes génétiques ?
Je ne vois qu’une seule solution : relâcher Guy George et attendre un peu.



J’adore ce post. Et comme en plus, je m’approche du monde feutré des chercheurs de preuves et des logiciens à poil ras, ça me ravis.
Merci d’avoir agrémenté mon café…
En fait, je dirais que l’affirmation de N. Sarkozy (“Si vous vous étiez davantage soucié de l’évolution de ce fichier national, un violeur en série comme Guy Georges n’aurait pas pu commettre le massacre qu’il a commis.”“) n’est pas scientifique au sens de Popper car non réfutable. Et ça, c’est quand même très léger de la part de quelqu’un qui entend fonder sa justice et sa police sur la science et la technique !! ;-)
C’est sympa comme billet etc sauf que c’est du grand n’importe quoi. Si ce fichier avait effectivement existé, Guy Georges n’aurait pas pu ne faire que 5 mois de prison en 1982 pour vol (un si sympathique délit – correctionnel – peine inférieure à 10 ans maximum) bien qu’après avoir violé et (presque *) buté novembre 1981 Nathalie. Et ainsi, nous (la société) aurions pu nous passer d’une récidive première dès juin 1982.
Il aurait pris au moins 20 ans fermes complets (j’imagine 30 ans avec sureté de 20 par exemple) et n’aurait donc pas pu continuer jusqu’en 2002 au moins. Or dans ces 20 ans, il en a violé et buté encore un certain nombre…
Quand Nicolas Sarkozy indique que si avant lui, on s’était mieux soucié du fichage des délinquants, il a parfaitement raison.
Là où il a tord, c’est quand il parle de Guy Georges : le fichier ne date que de 1998, et son domaine de collecte s’est vu étendre en 2001. Reste que depuis 1998, nous avons mis en prison combien de violeur qui n’ont pas pu récidiver ? au moins un ? alors nous avons gagné.
CQFD
J’adore ce blog (sans ironie) que je lis tout le temps.
Je suis d’accord avec toi Vicnent, c’est du grand n’importe quoi, je ne l’ai jamais nié ! Mais d’autres prennent au sérieux leurs prédictions rétrospectives (ce qui est amusant pour un ministre de l’Intérieur de droite car le seul courant à avoir théorisé que l’on pouvait lire l’Histoire passée et à venir de la même manière était le marxisme scientifique).
Je ne comprends pas : faut-il croire que Nicolas Sarkozy adhère aux idées, affirmations qui jalonnent ses interventions ?
Il a raison !
Le fait de constituer un fichier possède un rôle dissuasif très fort, voyons. On pourrait même envisager que cette dissuasion soit tellement forte qu’elle provoquerait, chez ceux qui envisageraient de passer à l’acte, un mal-être tellement fort, du à la peur de l’inévitable sanction, qu’il conduirait à une dépression puis à un suicide, tant le sentiment de culpabilité est fort; et même si ce n’était pas le cas, les psychismes les plus résistants à la terreur légitime du Grand Fichier se constitueraient eux même prisonniers.
Sur le même modèle, il est urgent de constituer des fichiers de détection des délinquants potentiels, avec prélèvement dès l’entrée dans le circuit scolaire. Pardon ? Ah, on m’annonce en régie que c’est déjà en cours. On fait de si grandes avancées en répression, et personne n’est au courant ? C’est la rupture tranquille, que voulez-vous !
A terme, il faudra étendre ce système aux gens qui ont des problèmes familiaux, financiers, scolaires, susceptibles de passer à l’acte. Il faudra aussi prélever l’ADN de chaque personne qui va acheter un pack de bières, ou qui commande de l’alcool au restaurant. Idem pour ceux qui fréquentent les jardineries, susceptibles de cultiver des plantes illégales.
Et bien sûr, il faudra constituer avant toute chose un fichier des blogueurs sarcastiques, qui sont un grand danger pour la tranquilité du bon peuple de France !
Dormez tranquilles, Saint Nicolas veille,
T (oui, c’est ironique, oui, c’est potentiellement une consigne de non-vote, plus ou moins bien déguisée, pour un certain candidat de petite taille avec de grandes oreilles)