La Chine et son Nouveau Monde académique

by Fr. on March 19th, 2006

O brave new world,
That has such people in’t!

William Shakespeare, The Tempest, Acte V, scène 1

I like Chinese
I like Chinese
There’s nine hundred million of them in the world today
You’d better learn to like them; that’s what I say.

The Monty Python, I Like Chinese, Monty Python’s Contractual Obligation Album

L’éditeur Elsevier est actuellement en train de reconfigurer le paysage académique en lançant des revues scientifiques destinées à la Chine. Cette information a été reprise par Mahalanobis. Or Mahalanobis avait déjà remarqué, en août 2005, la corruption académique qui gangrène le milieu scientifique chinois, ce que j’avais moi-même repris sur ce blog :

Mahalanobis cite un article accablant, dans lequel le seul mathématicien chinois détenteur de la médaille Fields soutient qu’il y a quelque chose de pourri chez les universitaires de son pays.

Si l’on tente d’agréger les critiques de Shing-Tung Yau en quelques points :

  • L’establishment académique chinois est gravement atteint d’une pathologie chronique et courante en bureaucratie : la promotion de personnel sous-qualifié. L’auteur cite même l’exemple caricatural d’un étudiant chinois coupable de plagiat lors de son séjour à Harvard, puis promu à l’Académie des Sciences à son retour en Chine.
  • Le plagiat occupe une place centrale dans les accusations de Shing-Tung Yau. L’article précise que plusieurs cas avérés de plagiat impliquant des universitaires reconnus ont été découverts. On peut supposer que la pratique doit être encore plus répandue chez les étudiants. Cette critique fera certainement mouche chez les anglo-saxons, qui ont le plagiat en horreur.
  • Enfin, l’auteur attire l’attention sur le fait que c’est la quantité de publications qui est retenue comme critère de qualité par le système d’évaluation des universitaires chinois. Yau suggère que cet écrasement de la créativité au profit de la productivité aveugle a son origine dans la Révolution Culturelle.

Ce n’est évidemment pas très prometteur quant à la production académique chinoise des années à venir. Ce serait intéressant de savoir si quelqu’un a pensé à considérer les régimes politiques sous l’angle du développement de la recherche scientifique. Un article de Nature affirmait il y a deux mois que Cuba a développé une bonne recherche – hélas totalement isolée – et ce malgré une configuration politique autoritaire.

Quelque chose de pourri dans l’Empire du Milieu, 27 [20] août 2005.

Pour rester dans la référence shakespearienne, il ressort que la Chine s’est dotée de tout ce qui peut être nécessaire à la recherche. Eu égard aux nouvelles revues Elsevier, il semble y avoir accord sur l’anglais comme lingua franca. Le Japon a fait un choix identique pour les quelques revues japonaises que je consulte, le très asiatico-centré Japanese Journal of Political Science par exemple. La Chine dispose également infrastructures universitaires nécessaires pour multiplier les travaux de recherche. Restait à constituer un tissu de publication, et à peupler l’ensemble des people in’t dont parle Miranda. C’est apparemment sur ce dernier point que la critique pourra se concentrer dans les années à venir.

Sur le même sujet :

  1. Sur le régime politique chinois (Reproduit depuis Science politique en ligne.) Cette recension vient en soutien à Josep Colomer, dont l’excellent blog vient d’être censuré...

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