Book of Saturday, ch. 2 — Lisst
1. Watching the World at War
We strike first
And we’re unrehearsed
Here we go again
To stage the greatest show on heaven and earth
Come on, get your money’s worth
Don’t wanna live
(can’t live)
Don’t wanna give
(can’t give)
Don’t wanna be
(won’t be)
E-M-P-I-R-E
Don’t wanna live
Don’t wanna be
E-M-P-I-R-E
Bad Religion,
The Empire Strikes First.
Ma condition humaine me fascine. Je sais mon existence limitée et j’ignore pourquoi je suis sur cette terre, mais parfois je le pressens. Par l’expérience quotidienne, concrète et intuitive, je me découvre vivant pour certains autres, parce que leur sourire et leur bonheur me conditionnent entièrement, mais aussi pour d’autres hommes dont, par hasard, j’ai découvert les émotions semblables aux miennes.
Et chaque jour, mille fois, je ressens ma vie, corps et âme, intégralement tributaire du travail des vivants et des morts. Je voudrais donner autant que je reçois et ne cesse de recevoir. Puis j’éprouve le sentiement satisfait de ma solitude et j’ai presque mauvaise conscience à exiger d’autrui encore quelque chose. Je vois les hommes se différencier par les classes sociales et, je le sais, rien ne les justifie si ce n’est la violence. J’imagine acessible et souhaitable pour tous, en leur corps et en leur esprit, une vie simple et naturelle.
Je me refuse à croire en la liberté et en ce concept philosophique. Je ne suis pas libre, mais tantôt contraint par des pressions étrangères à moi ou tantôt par des convictions intimes. Jeune, j’ai été frappé par la maxime de Schopenhauer :
L’homme peut certes faire ce qu’il veut, mais il ne peut pas vouloir ce qu’il veut.; et aujourd’hui face au terrifiant spectacle des injustices humaines, cette morale m’appaise et m’éduque. J’apprends à tolérer ce qui me fait souffrir. Je supporte alors mieux mon sentiment de responsabilité. Je n’en suis plus écrasé et je cesse de prendre moi ou les autres au sérieux. Alors je vois le monde avec humour. Je ne puis me préoccuper du sens ou du but de ma propre existence ou de celle des autres, parce que, d’un point de vue strictement objectif, c’est absurde. Et pourtant, en tant qu’homme, certains idéaux dirigent mes actions et orientent mes jugements. Car je n’ai jamais considéré le plaisir et le bonheur comme une fin en soi et j’abandonne ce type de jouissance aux individus réduits à des instincts de groupe.En revanche, des idéaux ont suscité mes efforts et m’ont permis de vivre. Ils s’appellent le bien, le beau, le vrai. Si je ne me ressens pas en sympathie avec d’autres sensibilités semblables à la mienne, et si je ne m’obstine pas inlassablement à poursuivre cet idéal éternellement inaccessible en art et en science, la vie n’a aucun sens pour moi. Or l’humanité se passionne pour des buts dérisoires. Ils s’appellent la richesse, la gloire, le luxe. Déjà jeune je les méprisais. (…)
La pire des institutions grégaires se prénomme l’armée. Je la hais. Si un homme peut éprouver quelque plaisir à défiler en rang aux sons d’une musique, je méprise cet homme… Il ne mérite pas un cerveau humain puisqu’une moelle épinière le satisfait. Nous devrions faire disparaître le plus rapidement possible ce cancer de la civilisation. Je hais violemment l’héroïsme sur ordre, la violence gratuite et le nationalisme débile. La guerre est la chose la plus méprisable. Je préfèrerais me faire assasssiner que de participer à cette ignominie.
Albert Einstein, Comment je vois le monde, Paris, Flammarion, coll.
Champs, 1979, p. 7–11.
The American president has compared the events of September 11 to the surprise attack on Pearl Harbour in 1941. But the latter was the military initiative of a nation state with imperial ambitions. By contrast, the suicide hijackers of September may represent few beyond a small band of fanatics, and there is still no public evidence that other states participated in this attack. In many respects, the analogy to 1914 is more apt than to 1941. (…)
Victory in the war
on global terrorism will depend less on military might than on the capacity of both nations to live up to the ideals of equal justice under the law that have long been a source of inspiration for others elsewhere in the world. This is a moment when the mettle of a nation will be demonstrated, not by its rage, but by its restraint.
Peter A. Hall, This is more like 1914 than 1941
, The Guardian, 28 September 2001.
Ce que je constate : ce sont les ravages actuels ; c’est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végétales ou animales ; et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne – si je puis dire – et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n’est pas un monde que j’aime.
Claude Lévi-Strauss, émission
Campus – La 100e(rédacteur en chef : Laurent Lemire), France 2, 17 février 2005.
2. Paternity
The bitter, public contest for priority over the discovery of the virus that causes AIDS was officially closed in 1987 with equal credit being awarded to two parties from opposite sides of the Atlantic. One was led by Robert C. Gallo of the Laboratory of Tumor Cell Biology at the National Cancer Institute in the United States and the other was led by Luc Montagnier of the viral-oncology unit at the Pasteur Institute in France. Using citation counts from articles published by the scientific community, a process of allocation of credit is examined and compared with this official settlement. A novel pattern emerges. It is found that the scientific community began to redistribute priority when the dispute became highly publicized and took little notice of the official settlement. This, along with the fact that Gallo has now officially been charged with misconduct by an investigative committee, may mean that Montagnier’s team may eventually receive sole credit for the discovery of the AIDS virus.
A. Rawling, The AIDS Virus Dispute: Awarding Priority for the Discovery of the Human Immunodeficiency Virus (HIV)
, Science, Technology, & Human Values, 19(3), 1994, p. 342.
3. Regression
In a discussion of flight training, experienced instructors noted that praise for an exceptionally smooth landing is typically followed by a poorer landing on the next try, while harsh criticism after a rough landing is usually followed by an improvement on the next try. The instructors concluded that verbal rewards are detrimental to learning, while verbal punishments are beneficial, contrary to accepted psychological doctrine. This conclusion is unwarranted because of the presence of regression toward the mean. As in other cases of repeated examination, an improvement will usually follow a poor performance and a deterioration will usually follow an outstanding performance, even if the instructor does not respond to the trainee’s achievement on the first attempt. Because the instructors had praised their trainees after good landings and admonished them after poor ones, they reached the erroneous and potentially harmful conclusion that punishment is more effective than reward.
A. Tversky, D. Kahneman, Judgment under uncertainty: Heuristics and biases
, Science, 185, 1974, 1124-1131.
4. Américanisation
[Cette indifférence à la vie politique] se traduit de manière très concrète dans une commune comme Saint-Denis : en 2001, le maire (Patrick Braouezec) a été élu, au premier tour, avec un peu moins de 7 500 voix sur une population de 85 000 habitants ! Son prédécesseur (Marcelin Berthelot) avait, quant à lui, été élu au premier tour en 1977 avec 20 515 voix. Quand on s’intéresse aux banlieues populaires, on s’aperçoit que la France est en voie d’américanisation électorale.
En banlieue, “la politique est un spectacle ésotérique”, Le Monde, 13 février2007.
5. Revue de deux mondes
Il existe donc aujourd’hui deux mondes. Celui des sciences où l’on rédige en anglais – et celui-là profite depuis longtemps d’outils puissants et efficaces, conformément à la tradition du monde savant, qui a toujours bénéficié des meilleurs instruments documentaires de son temps. Et le monde du savoir qui se lit et s’écrit en langue locale – et celui-ci travaille encore à la pelle et à la truelle: à la main, au couper-coller, sans pouvoir s’échanger les fichiers ni classer ses archives, comme au temps glorieux de l’Olivetti Lettera ou de l’AEG Olympia.
André Gunthert,
Do you speak logiciel de bibliographie? (atelier 3), Actualités de la recherche en histoire visuelle, 14 février 2007.
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Jolie quote d’Einstein, dude :)
C’est drôle, j’ai comme l’impression que la citation d’Einstein t’a été inspirée par une de nos conversations récentes… Je me trompe ?
À la lire comme ça, j’avais presque la sensation que tu parlais (dans certains aspects du premier paragraphe) de toi-même.
C’est plutôt la conversation récente qui était inspirée par le texte d’Einstein, que j’ai découvert l’an dernier, un peu par hasard, à la bibliothèque municipale.
Je travaille en ce moment sur des textes qui me confirment que ma manière de penser le monde est identique à celle d’Einstein, mais aussi dans une certaine mesure de Comte-Sponville (cf. sa toute récente conférence sur le sujet, qui laisse penser que les thèmes abordés sont ancestraux puisque Hume en a identifié les fondements, mais qu’ils sont toujours d’actualité et que surtout, surtout, ils démontrent la nécessité d’une pensée philosophique sur nos connaissances et nos actes) et d’autres relativistes.
Je n’en dirais pas plus… pour le moment !
Haha, belle récupération… C’est moi qui ai lancé la conversation en question, mais effectivement, tu avais peut-être Einstein dans la tête en discutant.
Il me semblait que la participation aux élections aux USA était faible mais (1) stable et (2) pas aussi faible que ça.
Mais tout d’abord, il faudrait regarder quelle est la population de St Denis en âge et en capacité (e.g. moins population étrangères) de voter avant de lancer des chiffres.
Enfin, et pour -bien mal- paraphraser Tocqueville le vote local en France et aux US recouvre des autorites, competences et enjeux bien differents.
Bref, Le Monde est cavalier là-dessus…
Reviens à Grenoble, ça te réussit pas du tout l’Écosse… Avant je comprenais tes billets (sauf ceux en anglais, of course), mais là, non, rien.
T’es sûr que tu manges bien ?
Sur le même sujet que le papier de Rawling, je signale de J. Heilbron (sociologue) et J. Goudsmit (virologue), Actes de la recherche en sciences sociales 69:98-104. Introuvable en ligne mais voici ce qu’en dit Heilbron :
Correctif : l’article est disponible depuis la récente mise en ligne gratuite des archives d’ARSS sur le portail Persée.
Fr. > Super, merci ! J’en étais resté aux numéros récents en ligne sur Cairn…