L’effacement du PCF et quelques conséquences
Une chronique récente dans le quotidien économique Les Échos
s’intitulait Être communiste aujourd’hui
. L’auteur y fait l’inventaire des indicateurs du déclin du Parti Communiste Français (PCF), sans prendre trop soin de dissimuler sa satisfaction. Sur son blog, Verel s’est demandé si la gauche avait encore des idées, pour rapidement en venir à son opinion : les idées officielles
de la gauche française sont complètement dépassées
et conduisent à l’immobilisme et les plus faibles, que la gauche devrait défendre en priorité, en sont les premières victimes.
Ce paragraphe est intéressant parce qu’il s’applique également au Parti Communiste Français, qui appartient de plus en plus au passé lorsque l’on demande leur avis aux Français sur la question.
En science politique, l’effacement du PCF a déplacé avec lui deux grands repères d’analyse des comportements politiques :
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La fonction tribunitienne. En grossissant le trait, il s’agit d’une dimension critique interne propre à un système politique, tenue par un parti de masse se présentant comme révolutionnaire dans les attitudes qu’il adopte et les changements qu’il propose (exit du système électoral et renversement du régime).
Pour plus de détails, j’ai placé en ligne les papiers d’un exposé de deuxième année [livret de présentation, intervention personnelle].
La fin du PCF comme parti tribunitien (à son entrée au Parlement) a signifié le transfert de la fonction vers un autre parti, prenant le parti des électeurs se sentant
rejetés
par l’offre politique conventionnelle sur une ligne de rupture franche avec le système politique (l’Union européenne par exemple). -
Le quadrille bipolaire.
[C]e qu’on a appelé la bipolarisation de la vie politique française autour du “quadrille bipolaire” : en 1978, quatre partis obtiennent des scores très voisins, légèrement au-dessus de 20% des suffrages exprimés. Le RPR et l’UDF forment la coalition de droite, le PS et le PCF celle de gauche
(Pierre Bréchon, Les partis politiques en France).
Fig. 1. Une visualisation simple du quadrille bipolaire.Note (1) : le reste du texte s’appuie sur une série d’hypothèses entièrement personnelles. En particulier, j’ai décidé d’assigner aux positions spatiales des partis sur le quadrille bipolaire des opinions. Sur le quadrille 1, seul l’axe vertical – qui représente le clivage gauche/droite – est attitudinal. En période électorale, le quadrille devient centripète : les partis politiques cherchent un électorat au centre, ou dans les ailes des partis adjacents.

Fig. 2. Quadrille bipolaire centripète.Le quadrille survit mal, dans l’image que je m’en fais, à la chute du PCF. À mon avis, Jean-Pierre Chevènement a pensé un moment incarner un nouvel
angle
dans le quadrille, sur la gauche mais également plus élevé que le PS sur un nouvel axe attitudinal correspondant à la valeurAutorité
(déclinaisons possibles : discipline, délinquance, citoyenneté…) :
Fig. 3. Un quadrille bipolaire hypothétique, clivage gauche/droite en ordonnée et clivageautorité
en abscisse.
Pour répondre à Verel, la gauche manque moins d’idées que de positionnements stratégiques dans l’échiquier politique. Faire vivre un engagement politique adossé à l’Internationale (et encore, même pas la Quatrième) et à ses – bientôt – XXXIII Congrès n’est pas vraiment viable au vingt-et-unième siècle, même si dans l’idée, il est sans doute plus séduisant de se remémorer Jaurès fondant L’Humanité que de réfléchir à une analyse spatiale bidimensionnelle du champ politique français. Il faut voir si Marie-George Buffet saura dessiner un quadrille gagnant, ce que Robert Hue n’a pas su faire.
Note (2) : l’exercice commencé plus haut n’est pas terminé. Le quadrille n’est ni orthogonal, ni bi-dimensionnel : une représentation spatiale sérieuse est beaucoup plus compliquée à construire. Le meilleur exemple auquel je peux penser est Veto Players de George Tsebelis, dont la lecture a pris l’allure d’un long serpent de mer pour moi il y a maintenant plusieurs semaines…