L’économie politique internationale en France
La dernière note de lecture d’Éconoclaste porte sur une introduction à l’économie politique internationale, par Christian Chavagneux. La note de lecture indique que l’économie politique internationale … est une discipline peu développée. […] En France, ce faible développement relève même de la quasi inexistence, puisque l’on ne recense pas de laboratoires s’en réclamant véritablement
, ce qui est est rigoureusement exact à condition de citer le quasi
en question.
Au niveau des laboratoires, il y en a un et un seul à ma connaissance. Le Cepremap, qui est le centre nerveux de la théorie de la régulation, constitue le seul point d’ancrage véritablement établi de l’économie politique internationale en France. À titre d’exemple :
- Les travaux de Robert Boyer ou d’André Orléan [cf. cette autre note de lecture d'Éconoclaste] sur la finance internationale complètent assez bien le Mad Money de Susan Strange.
- Les Cinq capitalismes de Bruno Amable renvoient directement aux Varieties of Capitalism de Peter Hall et David Soskice.
Globalement, tous les travaux publiés dans L’Année de la Régulation et certains articles d’Économie internationale pourraient figurer ici (lire, en particulier, celui de Robert Boyer : La science économique a-t-elle un avenir comme discipline ?
). On aperçoit dans ces recueils très utiles :
- D’autres économistes, comme Michel Aglietta du CEPII ou bien Bruno Théret, de l’IRIS (Paris-Dauphine).
- Des chercheurs venus de la science politique. On peut se reporter par exemple aux contributions de Bruno Jobert ou de Bruno Palier (nota : voir la remarque ci-dessous concernant leurs mesures de prudence).
Au niveau des associations, il faut citer Recherche & Régulation, basée à deux pas de mon IEP, à l’Université Pierre-Mendès France Grenoble 2.
À mon IEP, justement, nous avions un enseignement d’économie politique internationale, intitulé Politique et marchés
. Le même enseignant donnait un cours idoine à Sciences Po Paris. Je ne sais pas si l’enseignement continue à Paris, j’en doute, en tout cas à Grenoble il a cessé. Un autre enseignement assuré par Bruno Jobert et Bruno Théret a eu lieu l’an dernier en M2R/DEA, mais n’a pas été maintenu non plus.
Mise à jour, 5 janvier 2006 : les commentaires de Jérémy ajoutent une remarque importante, que je n’ai pas formulé suffisamment clairement. Les auteurs venus de la science politique marquent une grande prudence à l’égard de la political economy. Le flou méthodologique dont parle Jérémy est également terminologique, la pluralité d’appellations données dans ce texte en témoigne.
Au niveau, enfin, des bouquins. Outre celui de Chavagneux en Repères
La Découverte, un autre livre de synthèse est paru récemment chez Montchrestien. Pas de chance, il est apparemment assez mauvais. Par dépit, on peut en retourner au manuel de sociologie économique paru de Carlo Trigilia, paru chez Armand Colin coll. U
en 2002.
Je pense que j’ai fait le tour du petit paysage de l’économie politique internationale en France, en tout cas de ses grandes figures, institutions et publications.
Mon intérêt pour cette matière (expliqué plus loin) m’a amené à suivre le cours Politique et marchés
cité plus haut en 2003 ; j’ai également lu le cours de Jobert et Théret. Quand j’étais étudiant à l’université d’Édimbourg, enfin, j’ai eu la chance de suivre un authentique cours d’International Political Economy à l’anglo-saxonne, avec le Dr Mark Aspinwall, un joyeux drille dont je me souviendrais toujours du superbe lapsus scripturaire. Citant Hayek, il tente d’écrire en même temps le titre de l’ouvrage-clé au tableau. The Road to Freedom. Oups.
[Aparté : parmi les chercheurs qui s'intéressent à l'économie politique internationale en France, il y a beaucoup de Bruno (Amable, Théret, Jobert, Palier) et pas mal d'économistes du non.]
Ce qui m’intéresse dans l’économie politique internationale (et qui intéresse aussi un ami proche qui doit travailler là-dessus actuellement) est le problème disciplinaire qu’elle pose à l’économie, à la sociologie et à la science politique, qui peinent à s’ériger en sciences autonomes une fois ce détour par l’international political economy effectué. Plusieurs indices témoignent de cette difficulté quasi-épistémologique :
- L’article précité de Boyer,
- L’appellation de
science politique de l’économie
parfois donné à l’économie politique internationale, en référence à La Grande Transformation de Karl Polanyi [note de lecture du CNAM], - Les débats autour de l’orthodoxie en économie, récurrents dans la discipline,
- Le débat continu en science politique autour des approches du rational choice (cf. en particulier l’article de Richard Balme dans le numéro de février 2005 de la RFSP),
- etc.
Ces questions ne laissent pas les étudiants en science politique indifférents, leur propre discipline leur apparaissant souvent comme un cham d’étude très composite.
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