Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Quid de la professionnalisation à l’IEP Grenoble ?

28 juillet 2006 · IEP Grenoble

L’Association des Anciens Élèves, qui est à la fois un bureau de services stages-emplois, un bureau de suivi des diplômés et notre alumni association (trombinoscope, offres spéciales, réunions…) vient de publier dans sa lettre un éditorial qui pose à plat les problèmes de professionnalisation auxquels l’IEP se retrouve confronté, notamment à travers la réforme LMD :

[…] Avec un diplôme en cinq ans, nous n’avons pas le droit à l’erreur. Si les premières promotions de la nouvelle maquette du diplôme ont du mal à trouver du travail, très rapidement nos étudiants s’interrogeront sur la pertinence de rester cinq années à l’IEP. Il y a une forte probabilité que nos étudiants nous quittent à IEP + 3 avec 180 crédits ECTS, mais pas de diplôme de l’IEP en poche, pour aller suivre un master dans une autre école. Est-ce cela que nous voulons : être le vivier d’autres écoles ?

Nombreux sont ceux qui demandent que les Universités, les Grandes Ecoles travaillent davantage ensemble. Serait-il donc honteux de collaborer avec d’autres ? En fait serait-il honteux d’officialiser un partenariat qui hier existait de fait quand nos diplômés, après leurs trois ou quatre années, partaient dans un DESS dispensait à l’extérieur de l’IEP ? Pensons-nous réellement que nous avons les moyens humains et financiers de donner une formation professionnelle à tous nos diplômés ? Ne rêvons pas !

Lors des Conseils d’Administration de l’IEP, ces questions ne sont pas posées et c’est inquiétant. Inquiétant que les Enseignants ne se posent pas la question ! Inquiétant car les représentants des étudiants ne semblent pas croire à la nécessité pour l’IEP de former des étudiants à entrer dans la vie active ! Quant aux personnalités extérieures, force est de constater qu’elles ont déserté le C.A. !

Si de 1945 aux années 70/80, sortir de l’IEP avec une formation généraliste permettait sans guère de problème d’entrer dans la vie active, il n’en est plus de même aujourd’hui. Hier, c’était le plein emploi des cadres. Aujourd’hui les cadres sont confrontés au chômage de longue durée. Ce n’est pas les départs en retraite qu’on nous annonce depuis des années qui vont résorber le chômage des cadres. D’où la nécessité que nos Universités, Grandes Ecoles mettent en œuvre des formations en adéquation avec le marché de l’emploi.

Nous ne sommes plus à l’époque où l’université produisait bien moins de diplômés. Aujourd’hui, on en produit beaucoup plus et l’emploi des cadres régresse. Quant aux rémunérations, faut-il vraiment croire les enquêtes sur les cadres publiées régulièrement par la presse magazine, voire par l’APEC ? On a connu des spots publicitaires scandaleux à la télévision de sites d’emplois et de l’APEC. Scandaleux, car ils sont mensongers. Si tout le monde pouvait aller travailler au soleil en majorant fortement son salaire cela se saurait !

On nous a appris à être critique à l’IEP. Oui mais c’était hier.

Stéphane Pusatéri, La lettre de l’Association des Diplômés de Sciences Po Grenoble, 28 juillet 2006

Je retiens de ce texte que, si l’IEP compte assurer cinq ans de formation sans y sacrifier sa polyvalence (concours administratifs, journalisme, métiers de la finance, enseignement-recherche, métiers de la culture…), il va lui falloir inviter à peu près autant d’intervenants extérieurs que le font les écoles de commerce.

Les problèmes de gouvernance du C.A. donne déjà une idée des efforts qu’il faudra déployer pour que cela se produise ; dans l’attente, les étudiants continueront à se diriger vers les Masters des écoles de commerce ou des universités parisiennes. Autour de moi, cette situation concerne un étudiant sur deux, et pourtant je suis plutôt immergé dans le milieu de la recherche.

L’Association des Anciens Élèves est, sans aucun doute, le seul organisme de l’IEP effectuant un travail sérieux de repérage des débouchés et de suivi des parcours professionnels pour les diplômés. Bien que leurs opinions et leurs préoccupations s’accompagnent de cette caution de légitimité et d’expertise, elles restent étonnamment minoritaires dans les principes de fonctionnement de l’IEP.

L’Association dispose toutefois d’un instrument de conviction efficace : ses statistiques. L’enquête sur la promotion 2000 fait ainsi clairement ressortir que le taux d’emploi à IEP+2 ne dépasse pas 60% pour les promos Éco-Fi (EF) des années 1991-2000. Pire, si l’on exclut les années 1998-2000 pour lesquelles le nombre de réponse est inférieur à 20, le taux d’emploi à IEP+2 chute en-dessous de 50%. Pour parachever le tout, il faut noter que les taux d’emploi de la section Éco-Fi sont les meilleurs des quatre sections. C’est uniquement vers IEP+4 que l’on atteint des taux d’emploi supérieurs à 75%, toutes sections confondues. Ces chiffres serviront probablement de levier lorsqu’il faudra négocier les budgets du volet professionnel de l’établissement.


Taux d’emploi des promotions 1991-2000 dans la section EF (cf. commentaire ci-dessus). Les données des autres sections sont accessibles dans l’enquête 2000 de l’Association des Anciens Élèves.

Conflit d’intérêt : de 2002 à 2004, j’ai effectué quelques travaux de PAO et plusieurs interviews pour le courrier de cette association.

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Référence : François, Quid de la professionnalisation à l’IEP Grenoble ?, Boîte Noire, 28 juillet 2006.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/scpo/iep-grenoble/quid-de-la-professionnalisation/.

Discussion

3 commentaires :

Diplômé de l’IepG, je trouve toutes les remarques énoncées pertinentes. Par chance, la réforme LMD ne masque plus le déclin de cette institution suffisante. J’ose espérer qu’elle saura se remettre en question et penser à la professionalisation de ses éléves qui devrait être sa mission première. Je pense que la suppression du stage obligatoire a été une erreur grossière, surtout pour les moins fortunés qui ne disposaient pas de la pression du milieu et des pistons adéquats. j’ose conseiller aux boursiers comme je le fus de ne pas “tenter l’IEP” mais plutôt de faire un IUT ou IUP.

Almendralejo, 17 août 2006

100% d’accord avec Almendralejo : que cette institution pour malades de la branlette narcissique se fasse couper les vivres et le plus vite possible. C’est une usine à produire des larves débilisantes, je me suis fait arnaqué en y rentrant il y a plusieurs années.

VIVE LA FAC, LES IUT, LES IUP, LES ECOLES DE COMMERCES, D’INGE … mais les écoles de sophistes imbéciles pédants non !! (Socrate doit se retourner dans sa tombe).

jackthegodofthegod, 25 août 2006

Comment va-t-on ? Quelles nouvelles ?

Stéphane Pusateri, 7 février 2007

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