Le CPE à (Sciences Po) Grenoble
Présentation : le texte qui suit est une présentation des débats, des votes et des protestations autour du Contrat Première Embauche, tels qu’ils ont été organisés à l’IEP de Grenoble parmi les étudiants. Les mises à jour ont cessé avec le retrait de facto du CPE.

Le cortège Sciences Po passant à proximité de mon ancien lycée, le lycée Stendhal au centre ville de Grenoble.
Il faut noter que l’IEP a continué de se mobiliser remarquablement, cf. le journal télévisé 12|14 de France 3 Rhône-Alpes du 13 avril 2006 contenant également un point de vue très posé et, à mon sens, d’excellente facture, de Yannick Vallée, président de Grenoble-1 et de la Conférence des Présidents d’Université (CPU) :
Mise à jour, 10 avril 2006 : la fin de semaine dernière m’a un peu échappé, l’IEP a restitué la souveraineté de son Assemblée Générale, a élu une commission de sauvetage des enseignements, bref… [cf. le blog dédié déjà cité pour un compte-rendu à peine plus détaillé].
Le Premier ministre a annoncé le remplacement du CPE par un énième dispositif d’aide à l’emploi. On sait que ces dispositifs sont déjà pléthore. Aucun d’entre eux n’a eu pour intention de renverser la situation actuelle, où les jeunes servent de variable d’ajustement
, selon l’expression de François Dubet [Le Monde, Libération]. Comme le rappelle Louis Chauvel, le CPE n’est qu’un rouage dans un dispositif d’une autre ampleur, que le mouvement de protestation a laissé intact. Sans aller jusqu’au scénario de J. G. Ballard dans Millenium People (où la classe moyenne devient le nouveau prolétariat), on peut penser que la déstabilisation des classes moyennes mériterait un mouvement à plus large échelle. Les actifs ne peuvent pas se mobiliser une journée de plus : les étudiants, si. L’échéance de l’élection présidentielle de 2007 le mérite, sans parler de l’équilibre qu’il va falloir balancer contre le vote Front National probablement renforcé par les émeutes de novembre 2005.
Mise à jour, 4 avril 2006 : À Grenoble, les manifestations ont rassemblé sous le soleil 28 000 personnes selon la police et 60 000 selon les syndicats, ce qui en fait la deuxième plus grosse manifestation organisée dans cette ville depuis trente ans. Seule la manifestation anti-Le Pen au second tour de l’élection présidentielle en 2002 avec 57 000 manifestants avait été aussi importante.
(Le Monde) J’étais aux deux. Bel épilogue…
Mise à jour, 3 avril 2006 : l’IEP de Grenoble a désormais son blog dédié. Le contenu est apparemment circonscrit aux communiqués et annonces concernant le mouvement de protestation contre le CPE. Une nouvelle Assemblée Générale va s’ouvrir dans une dizaine de minutes. La tendance qui semble se profiler serait au sauvetage des enseignements du second semestre, c’est-à-dire que le nécessaire soit fait pour éviter, par exemple, le report des examens.
Les attitudes risquent de se polariser dans les jours à venir. D’un côté, on peut s’attendre légitimement à ce qu’une partie de l’opinion se résigne (après tout, la loi pour l’égalité des chances a été promulguée, malgré la contorsion incompréhensible du président de la République), ou se satisfasse des aménagements à venir. La réduction de la durée du CPE à un an est, a priori, une révision valable pour une partie des économistes, qui estimaient que l’erreur se situait au niveau de la durée du CPE. Un an au lieu de deux, soit une marge d’erreur de 100% : il faudrait en tirer les conséquences sur l’attention que peut porter un gouvernement à l’avis de ses conseils scientifiques. La présentation d’un motif semble également apaiser les opinions. L’aspect totalement fallacieux de cet aménagement ne semble pas choquer. Or, d’une part, les employeurs n’ont pas attendu le CPE pour inventer des motifs de licenciements si nécessaire, d’autre part, le motif demande encore à être transformé
devant les tribunaux prudhommaux au cas où il ne contienne aucune justification valable (à noter que ces tribunaux s’autorisent à en appeler aux conventions internationales, ce que le Conseil constitutionnel ne fait pas).
De l’autre côté, on peut craindre une radicalisation d’une frange plus ou moins désespérée des opposants (cf. mise à jour précédente). Le risque est évidemment que, d’un point de vue politique, les manifestations paient le prix de leurs débordements. Dans tous les cas de figure, l’analogie avec 1995 est en train d’être dépassée.
Seconde mise à jour, 3 avril 2006 : 291 étudiants viennent de voter (reconduire) la suspension des cours (205 pour, 69 contre, 14 blancs, 3 nuls). Comme annoncé ci-dessus, un mouvement de radicalisation du mouvement s’est enclenché, puisqu’une décision à main levée a rattaché l’IEP aux décisions prises aux Assemblées Générales du campus. Si cette décision se traduit par l’arrêt de votes internes à bulletin secret sur l’IEP, elle augmentera les frictions à l’intérieur du bâtiment entre la direction, le corps enseignant et les étudiants, sur la problématique classique mais essentielle de la légitimité de la décision, et surtout de sa représentativité. En effet, je n’ai pas constitué de tableaux mais tous les chiffres sont donnés dans cette note à rallonge : la participation chute graduellement, à l’extérieur comme à l’intérieur de l’IEP. Le mouvement est donc en train de se vider de sa substance, au fur et à mesure que la part des résignés augmente.
À terme, le débat risque de se cantonner à quelques votes à main levée tragi-comiques, dictés par des arguments d’autorité tendant vers le pathétique avéré. Quelques exemples ont eu lieu aujourd’hui, je préfère ne pas les évoquer par pudeur. Comme précédemment, le mouvement dispose toujours de toutes les munitions nécessaires pour se tirer des balles dans les pieds : au lieu de réfléchir au maintien de la participation/mobilisation comme en hiver 1995-1996, il commence déjà à se perdre dans des impasses stratégiques qui déboucheront, au mieux, sur un essouflement du mouvement, au pire sur sa neutralisation si des dérapages importants venaient à se produire. Le fait que le nombre de voix exprimées aujourd’hui corresponde à peine au tiers de ce qu’il était il y a deux semaines ne semblait pas inquiéter les organisateurs. À la décharge du gouvernement, celui-ci appréhende ce type de donnée avec beaucoup plus de professionnalisme. Les deux aménagements apportent une caution populaire et scientifique au CPE (cf. plus haut) : il ne manque qu’une maladresse du mouvement d’opposition pour que le conflit s’éteigne de manière quasi-totale avant lundi prochain. Cette issue était inéluctable, mais à l’heure actuelle, la stratégie gouvernementale couplée aux réactions désordonnées du côté étudiant font office d’accélérateur vers cet horizon de retour à la normale.
Mise à jour, 29 mars 2006 : l’IEP de Grenoble a organisé sa seconde Assemblée Générale ce soir, le vote a réuni 393 étudiants, dont 95 se sont prononcés contre la suspension des cours, et 288 pour la prolongation de la suspension actuelle [10 blancs, 6 nuls ; source : site officiel]. Le débat se poursuit dans le reste de l’agglomération, avec un bon relais Internet.
L’IEP s’est rattaché à un communiqué inter-IEP condamnant l’absence de dialogue au niveau gouvernemental. Un court débat a eu lieu sur la condamnation des violences, notamment
celles des forces de l’ordre. La position que j’ai défendue est que la tournure du communiqué présentait un risque d’instrumentalisation, dans la mesure où il était facile d’y lire spontanément une condamnation plus ferme des violences policières. Les réactions irresponsables (saccage de l’EHESS, occupation de la Sorbonne) font partie intégrante du jeu gouvernemental : les placer en retrait serait, à mon avis, préjudiciable aux autres composantes du mouvement de protestation. Le texte a finalement était adopté sans modification (150 pour, 110 contre, 39 abstentions).
Un autre argument inquiétant pointe vers une radicalisation du mouvement sous l’effet de la sourde oreille primo-ministérielle, et de l’effet apparemment nul des manifestations – un répertoire d’action qui ne fonctionne plus
. Inutile de préciser que c’est exactement ce que le gouvernement, et certains partis politiques comme le Front National (qui a condamné les grèves sur le principe de leur illégalité) attendent des étudiants. Ce sont des manifestations qui ont eu gain de cause en 1995, pas une radicalisation du mouvement, et pour l’instant, la stratégie gouvernementale a surtout fait croître le nombre de manifestants…
Le vote (dont la représentativité est en baisse : 2400 voix pour le blocage, 1500 contre ce matin en Assemblée Générale de l’UPMF, soit 33% de participation en moins et une majorité pour le blocage inférieure aux deux tiers des votants) s’achemine vers un maintien de la suspension des enseignements, mais les deux points particuliers relatés ci-dessus montrent que le mouvement possède encore la capacité de se tirer consécutivement plusieurs balles dans le pied. Le gouvernement attend des étudiants qu’ils soient encore plus maladroits que lui, ce qui ne semble pas être la plus mauvaise stratégie à l’heure actuelle au vu des débordements et des opinions circulant parmi eux.
Mise à jour, 24 mars 2006 : il semblerait que l’IEP ait échappé au pire, au vu de la tournure prise par les événements.
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Le centre ville de Grenoble s’est changé en champ de bataille bourdonnant hier soir. Les rues centrales ont été ceinturées par les forces de l’ordre alors que les vitrines explosaient et que les commerçants baissaient leurs rideaux et faisaient monter la clientèle aux étages pour éviter les agressions et les blessures. Les CRS ont chargé plusieurs fois et ont recouvert la place de Verdun de gaz lacrymogène à partir de 16h30.
Welcome to the Jungle
Vidéo : Ch. Lions. -
À Paris, outre les heurts devenus réguliers à l’extérieur, les locaux de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) ont été saccagés [autodafé supposé, polémique en cours] :


L’EHESS mise à sac.
Photo : André Gunthert
Mises à jour, 21-23 mars 2006 : les résultats de l’Assemblée Générale que j’ai annoncés au micro et à la presse sont disponibles en ligne, suivis d’un commentaire. Ces éléments ont été couverts en première partie du journal télévisé de France 2.
Enregistrement video [QT/WMV]
France 2, JT 20h, 21 mars 2006
Nota bene : l’information est excessivement tronquée dans le reportage de France 2, et encore plus dans le reportage de M6 Grenoble.
De l’Assemblée Générale, je souhaiterais retenir deux passages qui m’ont touché :
- Si je me souviens bien, au cours du débat, une personne a voulu citer Bakounine :
Avant donc que d’écrire, apprenez à penser
. L’auteur de cette phrase est Nicolas Boileau-Despreaux, elle est tirée de L’art poétique. - Lors du second tour de prise de parole, une handicapée moteur a eu accès au micro et a pu s’exprimer librement, comme n’importe quelle autre personne de l’assemblée. Cette chance ne lui est pas offerte sur le marché de l’emploi, où la discrimination touche les personnes handicapées de manière encore plus aiguë que les autres publics discriminés. Patrick Weil cite, aux pages 78-79 de La République et sa diversité, les résultats accablants de l’étude de Jean-François Amadieu : pour 75 réponses sur un CV standard, une personne handicapée en reçoit 5 [autres résultats et publications]. Cette intervention et les applaudissements prolongés qui l’ont suivie étaient particulièrement poignants.
Autre information importante : l’IEP a tenu sa propre Assemblée Générale dans l’après-midi
et a voté pour la mobilisation contre le CPE, et surtout pour l’annulation des enseignements
jusqu’à vendredi inclus, à 415 voix pour, 148 contre, 14 nuls et 15 blancs (total : 592, soit 43%
des 1350 étudiants de l’IEP). Les cours sont d’ores et déjà remplacés par une série conférences-débats, sans que les services essentiels soient interrompus pour autant.
J’ai voté contre le blocage en AG générale parce que je ne me retrouve pas dans l’occupation
stérile, forcément accompagnée de dégradations matérielles et de violences indésirables. En revanche, j’ai voté pour cette opération de conversion
de l’IEP en lieu d’échanges autour du CPE. Cette position médiane s’est facilement attirée un vote de consensus en AG locale (70% de votes favorables), et elle me semble susceptible d’être approuvée à la fois par les étudiants, par le corps enseignant et par leurs directions.
Qu’est-ce qui, outre la qualité logistique des élus étudiants du Conseil d’Administration, a
permis l’organisation logistique de cette AG locale pour l’IEP ? Qu’est-ce qui a permis
d’éviter la polarisation des opinions ou bien le noyautage ? Qu’est-ce qui explique le fort taux de participation ? Peut-être ceci :
On oublie trop souvent, en matière éducative, qu’une très grande part de ce qu’on
apprend provient du contact avec ses pairs. On a prêté au Duc de Wellington
l’idée selon laquelle la bataille de Waterloo s’était gagnée sur les terrains sportifs
d’Eton; ce qu’on entend par là, ce n’est pas que le rugby apprend la tactique
militaire; c’est que la noblesse et la gentry britannique y avait appris à se cotoyer,
avait acquis en faisant de l’aviron et en jouant au rugby des règles de camaraderie
facilitant, plus tard, la communication informelle, et la compréhension.On retrouve un peu de cela dans les grandes écoles françaises, auxquelles il est
souvent reproché de ne pas forcément donner de cours exceptionnels, mais de se
contenter de fournir à des élèves triés sur le volet un carnet d’adresses. C’est un
peu exact, mais c’est oublier qu’en étant au contact les uns des autres pendant
une période prolongée, les élèves de grandes écoles ont acquis des capacités
informelles qui facilitent la communication, crèent des réflexes communs, et
objectivement, rendent le travail plus performant. Regrouper pendant un certain
temps des gens sélectionnés est en soi une façon de leur conférer des aptitudes.Alexandre Delaigue [Éconoclaste],
À quoi sert l’enseignement supérieur ?, 21 mars 2006
Résumé de la semaine du 13 au 19 mars
Le Contrat Première Embauche (CPE) a violemment secoué le campus de Grenoble au cours
de la semaine dernière. J’ai tenté de m’impliquer dans l’organisation des événements autour
de l’IEP de Grenoble ; je l’ai fait à titre personnel, je n’ai pas invoqué mon titre de délégué du
M2R. Concernant l’IEP, la semaine se résume assez bien à une suite de non-événements et de
menaces potentielles. Le pire a heureusement été évité à l’IEP, alors que le BÂtiment porte une
charge symbolique particulière sur le campus.
-
Lundi, l’Assemblée Générale prévue à Sciences Po est annulée et décentralisée dans un
amphi de Grenoble-2. Le débat qui s’y tient est une parodie de débat. Cela fait des années que je me bats pour faire passer l’idée que les classes ne devraient pas dépasser 20 élèves, afin d’améliorer la qualité des discussions ; n’allez donc pas attendre de moi que je défende quatre-vingt-dix minutes de hurlements difficilement contrôlés, truffés de poncifs ultra-classiques, d’erreurs factuelles tragi-comiques et de mensonges sciemment placés dans les échanges.Dans les mains des étudiants de l’UNEF, j’aperçois un communiqué qui revendique déjà l’accord unanime des neufs IEP de province contre le CPE. Ce texte a été diffusé sur Internet, sans qu’aucun vote n’ait pris lieu à l’IEP de Grenoble. Je l’ai signalé aux responsables du site, sans effet aucun. Ce noyautage des opinions était pressenti, en particulier quand on peut constater dans ce type de réunion le stéréotype mi-jaloux, mi-dédaigneux que beaucoup d’étudiants entretiennent vis-à-vis de Sciences Po.
L’AG décentralisée de mardi a lieu dans un amphi de l’UPMF.Un vote
indicatif
, à main levée, rejette résolument le CPE et vote le blocage de l’IEP
de Grenoble à 124 voix pour, 98 contre et 35 abstentions (représentativité exemplaire : la
majorité qualifiée n’est pas acquise et le vote représente moins de 10% des étudiants de l’IEP). Ironie du sort, alors que l’AG
qui n’en est plus une se tient hors de Sciences Po, il est demandé aux étudiants de l’UPMF de s’abstenir de voter sur cette question… La journée laisse un goût d’inachevé à l’ensemble des participants, sauf peut-être à ceux qui se sont déplacés pour assister à un cours de sociologie des groupes d’intérêt syndicaux. -
Mardi, une parodie analogue d’Assemblée Générale a lieu sur le parvis du plus grand
amphi du campus. On compte environ 3000 personnes. Le blocage est voté à 1600 voix
pour, 800 contre, (source : Renseignements Généraux) et une poignée d’abstentionnistes
qui sont obligés de s’énerver pour que les organisateurs daignent organiser un vote sur
l’itemNe se prononce pas
. À partir de là, les étudiants de l’IEP dont je faisais partie
ont conclu que tous les éléments étaient réunis pour que la situation dégénère : 1600
votes pour bloquer les BÂtiments fréquentés par environ 45 000 étudiants, des
rassemblements anti-blocage en cours de formation (en particulier à l’IEP)… Pendant la
journée, deux agressions violentes ont lieu sur le campus. La direction de l’IEP ne
suspend pas lehttp://web.mac.com/a.renaud/iWeb/Site/antiblocage.htmls enseignements, par conséquent tous les mauvais scenarii sont
envisageables pour le lendemain matin.
Occupation de la galerie des amphis de l’UPMF (Grenoble-2).
Photo : A. Renaud.Le petit groupe que nous étions prend alors la décision d’organiser le blocage de l’IEP
par des étudiants de l’IEP et uniquement par eux. L’objectif est de tenir à l’écart toute
personne (pro ou anti) susceptible de faire déraper la situation : dégradation des locaux,
accrochages physiques… La journée de mardi laisse un avant-goût de ce qui peut se
produire au cours de la semaine : l’entrée principale a été barricadée, un étudiant de
l’UPMF et un enseignant se sont brutalement interpellés, la direction a agi de manière
brusque face à des étudiants le matin même, un volet coulissant est déjà endommagé et
en début d’après-midi, un groupe d’étudiants est rentré dans le premier patio pour
perturber un cours en salle informatique. -
Mercredi, une centaine d’étudiants est venue assurer la sécurité autour de l’IEP. Suivant
un plan de sécurité sommaire, toutes les portes de sortie de secours sont laissées
ouvertes et gardées par des petits groupes d’étudiants dès 6h30 le matin jusqu’au soir.
À l’entrée principale, un barrage filtrant basique est mis en place : les étudiants préparant les concours administratifs sont à peu près les seuls à avoir cours, des délais
pour les rendus de dossiers ou d’ouvrages sont négociés. Quelques excité(e)s peinent à
comprendre la position très inconfortable et embarrassante dans laquelle nous nous
trouvons : en l’absence de vote représentatif (vote secret, sur carte d’étudiant, à forte
participation), les étudiants de l’IEP sont contraints d’organiser uncordon de sécurité
autour de leur institut, pour dissuader les étudiants n’ayant pas un besoin urgent de
s’y rendre. Dans l’ensemble, leblocage autogéré
se déroule sans problèmes, des
débats intéressants prennent lieu devant l’entrée. -
Jeudi, trois idées font leur chemin. La première est que la sécurité reste un enjeu
prioritaire : une poubelle a brûlé à proximité de l’IEP, et des rassemblements anti-
blocage ont lieu régulièrement.La seconde idée est que la direction devient un
interlocuteur difficile, dans la mesure où l’incident de la poubelle a apparemment
retourné les sangs du personnel et qu’un communiqué repris le lendemain par la presse
locale – le Dauphiné Libéré – a présenté l’acte comme une tentative d’immoler par les
flammes la famille du gardien du BÂtiment. J’exagère d’un iota : l’article ne contenait
pas le verbeimmoler
. Hormis ce détail, j’ai fidèlement restitué la pensée de l’auteur,
ce qui me donne l’occasion de souligner la médiocrité intrinsèquede ce torchondu journalisme local qui ne se rend pas sur les lieux pour constater les faits. Comment
dire… je cherche la pire insulte que l’on puisse faire à un organe de presse, et j’ai
presque envie de dire que le DL est un peu le Figaro de l’honnêteté intellectuelle à son
niveau (la PQR). Sauf que le Figaro a moins de problèmes avec les désinences infinitives
des verbes du premier groupe.La dernière idée qui se profile est celle de l’Assemblée Générale à l’IEP, avec annulation
des cours pour permettre à tous d’y assister. L’AG semble faire consensus depuis
quelques jours déjà, mais les modalités d’organisation sont encore incertaines. Une
manifestation étudiante rassemblent 5000 participants (personnellement, je suis contre
ce type de manifestation intermédiaire et sectorielle, je pense qu’il fallait attendre
samedi pour défiler avec les salariés du public et du privé). -
Vendredi, statu quo. Le barrage de l’entrée de l’IEP (cf. photo ci-dessus) a été
réorganisé sans matériaux inflammables, une table café-sandwich et une table de presse
sont placées en évidence, avec une double page de débats autour du CPE issue des
Échos, que nous recevons gratuitement à l’IEP. L’agenda local grenoblois coïncide avec
les événements : deux colloques (Onzièmes Entretiens de l’IEP et conférences de la République des Idées) porteront sur la question sociale dans les mois qui viennent.Apparemment, le weekend sera l’occasion de fixer les modalités d’une Assemblée
Générale à l’IEP. Pour ne pas rentrer en collision avec l’agenda du blocage du campus,
l’AG aura probablement lieu mardi (cf. supra, mise à jour du 21 mars 2006).
Je n’ai pas suivi les dernières évolutions des négociations et je serai moins présent à l’IEP que la semaine dernière pour organiser les événements. Je serai évidemment présent en AG si AG il y a. J’espère avoir restitué la trame principale de la semaine dernière pour ceux qui n’y
étaient pas. J’ai retiré du récit plusieurs sous-événements qui ne sont liés qu’indirectement à
l’IEP.
J’ai réservé mon avis personnel pour la fin : à mon sens, le CPE est un dispositif au mieux
inefficace, au pire handicapant pour l’emploi des jeunes [cf. Bernard Salanié dans Le Figaro, Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo dans Libération, Jean Dubois sur Tanstaafl-fr]. Le blocage des BÂtiments ne m’est jamais apparu comme une solution saine, intelligente et durable. J’ai toujours soutenu ceux souhaitant banaliser certaines plages horaires pour organiser une série de débats, plus que jamais nécessaires, autour du chômage et des politiques publiques liées à l’emploi et l’éducation.
L’Observatoire des inégalités a récemment reproduit un entretien avec Robert Castel dont les propos sont, à mon avis, porteurs de plusieurs enseignements essentiels, dont celui-ci :
Je ne suis pas prophète, mais je crois que l’on ne pourra pas vraiment revenir en
arrière. On ne va pas reconstruire le capitalisme industriel, ni le système de
protections qui lui était associé. Il me semble qu’il y a un mouvement irréversible,
qui va dans le sens de la la dé-collectivisation et de la mise en mobilité du monde
du travail. Dès lors, le problème est d’essayer d’associer de nouvelles protections
à ces situations nouvelles. Dans l’ordre du travail par exemple, étant donné que
l’emploi à vie n’est plus la règle et ne le sera sans doute plus jamais, il faudrait
construire des systèmes de sécurités et des protections qui colleraient à ces
situations de mobilité, d’alternance entre deux emplois, de changement d’emploi,
de recyclage…
“Repenser la protection sociale”, entretien avec Robert Castel, sociologue, Sciences Humaines, n°168, février 2006 (dossierLa société précaire).
Complément, 2 décembre 2007 : des brochures de témoignages tirés d’Indymedia Grenoble sont désormais disponibles, et accompagnées de nombreux autres liens reconstituant les semaines de grève.




