Savant/Politique
Les interventions récentes de Patrick Weil ont fait vivement réagir un blogueur de What’s Next, qui accuse et interroge la neutralité axiologique du savant lorsque celui-ci se rapproche du politique :
Lorsque Patrick Weil critique la politique de Nicolas Sarkozy en matière d’immigration, est-ce le chercheur en sciences sociales qui parle, ou est-ce le chercheur partisan/militant pro-socialiste qui parle ? […]
Patrick Weil est-il payé sur fonds publics pour produire des recherches visant à critiquer Nicolas Sarkozy au bénéfice de Ségolène Royal qu’il soutient, ou est-il un simple chercheur qui applique des méthodes de recherche absolument rigoureuses ? […]
Une dernière question : qui évalue les travaux de Mr. Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS ? Et si oui, quel organisme ? Quel comité ? De quelle manière ? Et avec quelle fréquence ? Et où peut-on trouver les résultats de ces évaluations ?
Les termes de la question tels qu’ils sont formulés ici paraîtront mal posés pour certains, mais comme la question est intéressante en soi, la formulation ne retient pas mon attention ici. On peut rapidement noter qu’il y a une forme d’ironie, en quelque sorte, dans le cas présent, puisque Patrick Weil s’est fendu d’une longue explication sur ses rapprochements du pouvoir politique lors de ses missions et de ses prises de position. Ce texte a échappé à What’s Next et répond partiellement à certaines de ses questions :
Alors, est-ce le rôle du chercheur d’intervenir ainsi dans la conduite des affaires publiques ?
Je le crois, mais sous certaines conditions. Durkheim, Weber ont dit des choses intéressantes là-dessus. Je suis heureux, en tant que chercheur CNRS, payé par les contribuables, et en tant que citoyen, qu’on m’ait demandé de mettre mes recherches scientifiques au service de la collectivité.
Comme un cas particulier ne saurait régler une question de fond, on peut toujours relire ses classiques et réviser ses citations-à-connaître-par-coeur-ou presque (Émile Durkheim, De ce que nous nous proposons avant tout d’étudier la réalité, il ne s’ensuit pas que nous renoncions à l’améliorer : nous estimerions que nos recherches ne méritent pas une heure de peine
). Et entamer un dialogue (au moins intérieur) sur le sujet.
si elles ne devaient avoir qu’un intérêt spéculatif.
Pour apporter un peu plus de substance au débat, je soumets à nouveau l’archive des Matins de France Culture auquel a récemment participé Bruno Palier, et dans laquelle celui-ci agit en savant concerné par la politique. Mon commentaire original, qui était peut-être excessivement enthousiaste après première écoute mais qui me semble toujours juste aujourd’hui, précisait :
La qualité de l’émission tient aux trois visages successifs de l’invité : ancien chargé de mission à la DREES (l’INSEE des affaires sociales), il a le compas statistique dans l’oeil, utile contre certains mythes ; ensuite, chercheur au CNRS, il a le ressort intellectuel nécessaire pour expliquer (faire comprendre) le statu quo, l’état des choses, en l’occurrence l’organisation de la médecine libérale et le financement de la santé comme bien supérieur en France ; enfin, Bruno Palier ne se retranche pas derrière ce capital pour montrer qu’il a un ordre de préférences personnelles sur comment financer la protection sociale, et comment lire le débat politique actuel.
Crossrefs : Mary Stevens.