Connais-toi yourself
L’Association Française de Sociologie a récemment entamé plusieurs démarches introspectives assez intéressantes.
Il y a tout d’abord ce Répertoire français des sociologues
– RepFS, comme s’il fallait un acronyme illisible pour tout. Le répertoire se destine à l’information de l’ensemble du public intéressé par la sociologie : les acteurs de la demande sociale, les médias et les personnes en formation
.
L’affichage de la liste des membres affiche l’affiliation institutionnelle mais pas les domaines d’expertise des membres ; de même, aucun moteur de recherche ne permet pour le moment de rechercher, par exemple, des sociologues ayant travaillé sur les effets du chômage de longue durée ; enfin, les couleurs du site et la distinction des liens sont à revoir.
Il y a ensuite ce texte amusant sur l’absence des sociologues francophones au dernier congrès de l’European Association of Sociology :
Comment expliquer la faible participation des sociologues français ? En l’absence d’enquête sur ce fait, on peut citer les deux raisons les plus souvent évoquées:
- les difficultés de financement, et celles de parler/comprendre l’anglais. Or la question du coût (adhésion 150 €, droits d’inscription au Congrès 200 €; voyage jusqu’à Glasgow, dans les 300 €; plus cinq nuits d’hôtel et des frais quotidiens de restaurant) est la même pour tout le monde, de l’Estonie au Portugal; il faudrait comprendre comment font les Portugais, les Polonais, etc. pour participer. Les institutions françaises seraient-elles les seules en Europe à ne rembourser qu’une partie des frais encourus ?
- Quant à celle de la langue: trois possibilités d’offrent [sic ?] à ceux qui pensent ne pas suffisamment maîtriser l’anglais :
- l’anglais simplifié de l’Europe (ou le
globish) est devenu la langue universelle, on peut y recourir, même si les anglophones de naissance refusent de parlerglobishet s’en tiennent à un anglais parfois si mâchouillé qu’il en devient inaudible;- préparer à l’avance une communication écrite (simple), la faire corriger par un anglophone et la lire (beaucoup de participants non anglo-saxons le font), les questions ne sont jamais trop nombreuses ni ardues face à un non anglophone et vous pouvez trouver quelqu’un qui les traduise.
- Vous pouvez choisir de réaliser votre communication sous la forme d’un PowerPoint dont le texte et les légendes des tableaux sont en anglais, tout en les commentant en français et vous faire aider d’un collègue qui traduit uniquement quand cela s’avère nécessaire vos commentaires.
Le texte n’évoque jamais la possibilité de suivre des cours d’anglais, qui font probablement partie de toute formation doctorale standard.
Cette nuance mise à part, la sociologie ne comporte-t-elle une part d’adaptation au(x) milieu(x) étudié(s) ? Les anglais mâchouillés
sont souvent tout à fait naturels à leurs interlocuteurs, et pas une seule personne au nord de Leeds ne refusera de ralentir son élocution si on lui demande. Même dans l’anglais approximatif qui caractérise l’immédiat outre-Manche.
Si les anglophones natifs mâchouillent
aussi naturellement que les originaires d’Afrique noire ne savent pas prononcer les r
rauques, se permettrait-on la seconde remarque dans un cadre professionnel ?
Est-ce finalement vraiment responsable de suggérer des moyens de ne pas apprendre l’anglais (solution
#3) lorsque l’on se destine à un métier résolument international, où l’anglais sert de lingua franca ? Quelle profession intellectuelle supérieure ne peut pas assurer une intervention orale en anglais, alors que c’est un pré-requis de l’enseignement secondaire ?
Ces deux démarches de structuration du milieu professionnel en sciences sociales ont le mérite de mettre en évidence certaines faiblesses dans la maîtrise des langages, mais aussi de la prise de conscience générale qu’il y a du pain sur la planche et que l’on ne peut plus se contenter de cuisiner à part.