Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Connais-toi yourself

20 novembre 2007 · Recherche

L’Association Française de Sociologie a récemment entamé plusieurs démarches introspectives assez intéressantes.

Il y a tout d’abord ce Répertoire français des sociologues – RepFS, comme s’il fallait un acronyme illisible pour tout. Le répertoire se destine à l’information de l’ensemble du public intéressé par la sociologie : les acteurs de la demande sociale, les médias et les personnes en formation.

L’affichage de la liste des membres affiche l’affiliation institutionnelle mais pas les domaines d’expertise des membres ; de même, aucun moteur de recherche ne permet pour le moment de rechercher, par exemple, des sociologues ayant travaillé sur les effets du chômage de longue durée ; enfin, les couleurs du site et la distinction des liens sont à revoir.

Il y a ensuite ce texte amusant sur l’absence des sociologues francophones au dernier congrès de l’European Association of Sociology :

Comment expliquer la faible participation des sociologues français ? En l’absence d’enquête sur ce fait, on peut citer les deux raisons les plus souvent évoquées:

  1. les difficultés de financement, et celles de parler/comprendre l’anglais. Or la question du coût (adhésion 150 €, droits d’inscription au Congrès 200 €; voyage jusqu’à Glasgow, dans les 300 €; plus cinq nuits d’hôtel et des frais quotidiens de restaurant) est la même pour tout le monde, de l’Estonie au Portugal; il faudrait comprendre comment font les Portugais, les Polonais, etc. pour participer. Les institutions françaises seraient-elles les seules en Europe à ne rembourser qu’une partie des frais encourus ?
  2. Quant à celle de la langue: trois possibilités d’offrent [sic ?] à ceux qui pensent ne pas suffisamment maîtriser l’anglais :
    1. l’anglais simplifié de l’Europe (ou le globish) est devenu la langue universelle, on peut y recourir, même si les anglophones de naissance refusent de parler globish et s’en tiennent à un anglais parfois si mâchouillé qu’il en devient inaudible;
    2. préparer à l’avance une communication écrite (simple), la faire corriger par un anglophone et la lire (beaucoup de participants non anglo-saxons le font), les questions ne sont jamais trop nombreuses ni ardues face à un non anglophone et vous pouvez trouver quelqu’un qui les traduise.
    3. Vous pouvez choisir de réaliser votre communication sous la forme d’un PowerPoint dont le texte et les légendes des tableaux sont en anglais, tout en les commentant en français et vous faire aider d’un collègue qui traduit uniquement quand cela s’avère nécessaire vos commentaires.

Le texte n’évoque jamais la possibilité de suivre des cours d’anglais, qui font probablement partie de toute formation doctorale standard.

Cette nuance mise à part, la sociologie ne comporte-t-elle une part d’adaptation au(x) milieu(x) étudié(s) ? Les anglais mâchouillés sont souvent tout à fait naturels à leurs interlocuteurs, et pas une seule personne au nord de Leeds ne refusera de ralentir son élocution si on lui demande. Même dans l’anglais approximatif qui caractérise l’immédiat outre-Manche.

Si les anglophones natifs mâchouillent aussi naturellement que les originaires d’Afrique noire ne savent pas prononcer les r rauques, se permettrait-on la seconde remarque dans un cadre professionnel ?

Est-ce finalement vraiment responsable de suggérer des moyens de ne pas apprendre l’anglais (solution #3) lorsque l’on se destine à un métier résolument international, où l’anglais sert de lingua franca ? Quelle profession intellectuelle supérieure ne peut pas assurer une intervention orale en anglais, alors que c’est un pré-requis de l’enseignement secondaire ?

Ces deux démarches de structuration du milieu professionnel en sciences sociales ont le mérite de mettre en évidence certaines faiblesses dans la maîtrise des langages, mais aussi de la prise de conscience générale qu’il y a du pain sur la planche et que l’on ne peut plus se contenter de cuisiner à part.

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Référence : François, Connais-toi yourself, Boîte Noire, 20 novembre 2007.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/recherche/connais-toi-yourself/.

Discussion

8 commentaires :

Hein, quoi, non je vois pas…

Je ne vois qu’une seule solution, tu considères que je ne fais pas une profession intellectuelle supérieure.

pmb, 20 novembre 2007

Euh, d’où est-ce qu’ils tirent que les Anglais mâchouillent ?

Amanda, 20 novembre 2007

À mon avis, d’une conférence anglophone où un Irlandais a dû faire une intervention !

PM, je te rassure, faire semblant de parler anglais suffit. Tout le monde comprend très bien le pidgin de conférence, on en a tous les deux écouté des plâtrées. Ce n’est pas très digeste mais chacun fait un effort – le terme important étant chacun. Le texte ci-dessus exonère précisément de ceci (solution #3 uniquement). Ça m’a surpris.

François, 20 novembre 2007

Le texte n’évoque jamais la possibilité de suivre des cours d’anglais, qui font probablement partie de toute formation doctorale standard.

Ouh, sous la ceinture. Ça doit faire mal.

Je suis à 100% dans ton sens, par contre… Peut-être qu’en sciences dures (il y en aurait des faciles ?) la situation est différente (à part les CRAS, et équivalents nationaux, tout se fait en anglais — même les PNAS, me faisait-on remarquer…), mais l’anglais semble déjà avoir pris sa place…

Même un semblant de globish suffit pour faire de la survie en milieu anglophone, je trouve dommage de limiter ses possibilités d’échange à cause de barrières linguistiques.

Timothée, 20 novembre 2007

Le texte laisse définitivement un goût étrange.

Les principales différences entre sciences à peu près exactes et sciences sociales se résument à :

  • la longueur des textes (pour une raison qui m’échappe les publications en sciences sociales sont de moins en moins concises aors que le volume global de lecture augmente) ;
  • la sensibilité au vocabulaire employé (une caractéristique des sciences sociales est l’appropriation d’une scientificité terminologique, id est la plupart des termes sont employés hors de leur définition ordinaire) ;
  • la possibilité institutionnelle laissée par les autorités de tutelle de progresser dans sa carrière sans publier à l’international.

En définitive je dirais que c’est plus difficile pour un social scientist mais que ce n’est pas irréalisable, loin de là. Les laboratoires paient souvent les traductions. La présentation à l’étranger a d’autres qualités moins évidentes : le sens critique est très différent outre-Manche, c’est un exercice beaucoup moins théoriques, plus appliqué.

François, 20 novembre 2007

Tentative de sauver l’ambulance (je n’y crois pas trop) :

Est-ce que les sociologues n’auraient pas une préférence pour les relations bilatérales avec d’autres pays, passant un peu à côté du mouvement de globalisation qui fait tourner le champ scientifique autour de l’anglais ? Il doit y avoir beaucoup plus de germanophones, capables de lire Weber dans le texte et de faire des colloques en allemand qu’en sciences dures par exemple.

L’un ne devrait pas empêcher l’autre, mais cela permettrait de sauver en partie l’ouverture des sociologues français à l’étranger.

Markss, 20 novembre 2007

Intéressant tout ça. Pour le coup des germanophones lisant Weber dans le texte, je pense effectivement qu’on peut en trouver. Mais pour en trouver qui, en plus, comprennent Weber dans le texte, là… c’est moins sûr ;)

Sinon François j’ai pas très bien compris ton commentaire : le sens critique est très différent outre-Manche, c’est un exercice beaucoup moins théoriques, plus appliqué. Tu parles d’outre-Manche par rapport à toi ou par rapport à moi ? Bref, quand tu utilises l’expression, on ne sait plus de qui tu parles, des Français ou des Grands-Bretons ?

Enfin, je pense parler bien le français et assez bien l’anglais, mais PNAS et CRAS, je vois pas du tout… merci de bien vouloir m’éclairer :)

Pierre M, 21 novembre 2007

Markss : oui, en théorie, mais non. Déjà, je suspecte le groupe germanophones anglophobes d’être un ensemble vide ; ensuite, les colloques en allemand en France ne courent pas vraiment les rues. C’est une explication facilement imaginable mais difficilement plausible.

Pierre : outre-Manche désigne systématiquement la Grande-Bretagne dans mes posts. Ce que je voulais dire, c’est qu’ici les critiques de papier se font beaucoup moins sur les aspects théoriques et plus sur le très-concret : votre terrain est-il encore réalisable, où sont les counterfactuals, ce genre de choses.

PNAS : Proceedings of the [US] National Academy of Science.
CRAS : Comptes-Rendus de l’Académie des Sciences.

Example pratique chez Tom Roud.

Exemple dans un private joke de biologiste :

“– Nature a refusé le papier ?
– Ouaip.
– Bon eh bien on va l’envoyer à PNAS.”

François, 22 novembre 2007

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