Les petites choses utiles du mardi, vol. 80
Le temps passe vite, et déjà le volume huit-zero des petites choses. Toujours in memoriam Charles Tilly [vol. 79], avec désormais un site de tributes à son égard.
- L’appel contre les franchises médicales s’est constitué en collectif :
- We now have an APSA section!
- Et pendant ce temps-là, à la section 35 du CNRS… [via]
- À son tour [vol. 78], Versac défend la tectonik contre l’ignorance crasse qui caractérise si bien la plupart des réactions médiatiques autour du phénomène (le film ne va pas aider). Le texte incriminé est amusant : il s’agit d’un magazine d’extrême-gauche critiquant le manque d’engagement politique contestataire des danseurs d’aujourd’hui ; presque trente ans en arrière, leurs prédécesseurs écoutaient la même extrême-gauche française justifier l’invasion soviétique de l’Afghanistan… Salauds de sceptiques !
- J’ai vu Jorge Cham en vrai ! Si, si, lui-même ! Et nous avons battu tous les records d’audience à Edinburgh, il y avait facilement 400 personnes, on voyait des professeurs s’asseoir par terre dans le plus grand amphithéâtre de l’Université.
- Philippe Askenazy a eu cette idée scandaleuse que d’appeler à une évaluation des 35 heures fondée sur les faits plutôt que sur la rhétorique. Brr, mais qu’est-ce qui lui a pris ? Ça fait froid dans le dos.
- De toute évidence, Albert Einstein n’avait pas l’impression d’appartenir à un peuple élu, notion qu’il rangeait aux côtés des autres superstitions infantiles qui constituent les religions. Ses termes sont très bien choisis :
As far as my experience goes, they [les juifs] are no better than other human groups, although they are protected from the worst cancers by a lack of power.
La politique actuelle d’Israël vis-à-vis des Palestiniens montre hélas que son propos est une donnée historique plutôt qu’une réalité contemporaine. - Une banderole du Falun Gong/Tibet aperçue lors de mon passage à Montréal :
- Je découvre très tardivement le blog du sociologue des médias et enseignant à l’IEP de Grenoble Gilles Bastin, inactif depuis octobre 2006, mais où l’on trouve une étude sur les médias et Internet qui mérite d’être lue.
- Le monde universitaire, traversé par la réforme de ses institutions, ouvre enfin un débat argumenté sur le localisme. Merci infiniment à Olivier Godechot pour son travail de fond, à Pierre Maura pour sa recension des textes à lire, et à Alexandre Delaigue d’Éconoclaste pour sa lecture économiste du débat.
Il est amusant de constater que, malgré la haute technicité du débat et en particulier celle du dernier épisode en date, qui est en partie illisible sans une connaissance minimale en probabilités, c’est une revue (1) non-universitaire (2) gratuite et (3) intégralement en ligne qui accueille le débat. L’Université a encore beaucoup à apprendre de la société.
- Le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA) continue sa spécialisation dans les avis détachés de la réalité.
- Les inégalités sociales de santé augmentent dans la population française. En parallèle, voici ce que dit le dernier numéro du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire au sujet de la prévalence de l’obésité, sous la plume de Thibaut de Saint-Pol, administrateur Insee/doctorant Science Po/romancier :
En France, la corpulence des femmes comme des hommes a fortement augmenté depuis 1981, avec une accélération depuis les années 1990. Cette évolution concerne aussi bien les jeunes que les plus âgés. Toutefois ce processus n’a pas touché également tous les groupes sociaux. Les différences géographiques se sont renforcées entre le Nord et l’Est, où la prévalence de l’obésité est la plus forte, et l’Ile-de-France et la zone méditerranéenne, où elle est plus faible. De même, l’écart entre les catégories socioprofessionnelles s’est fortement accru : l’obésité augmente beaucoup plus vite depuis 1992 chez les agriculteurs ou les ouvriers que chez les cadres et professions intellectuelles supérieures. Contrairement aux femmes, les hommes les plus pauvres ne sont pas les plus corpulents.
- Charlotte Schubert, sur le blog de Nature Medicine, présente les nouvelles rubriques translationnelles de la revue :
Bedside to Bench
,Bench to Bedside
, etCommunity Corner
. C’est une évolution très intéressante, qui reflète la volonté d’accélérer la transition thérapeutique dans la recherche biomédicale. - Une deuxième photo de Montréal, en introduction à la série de clichés pris la semaine dernière :
- En lisant une litanie supplémentaire sur l’inutilité d’une grande partie des résultats de la recherche en science politique en France, je me suis demandé quelles seraient les trois premières mesures à mettre en œuvre pour améliorer cette situation. À mon avis, cela passe par un changement d’objet : la science politique ne sera pas une discipline si elle persiste à avancer sans agenda, et la manière de construire cet agenda doit être selon moi la réduction de la souffrance [vol. 69].
Partant de là, la double catastrophe birmane me laisse penser qu’il faudrait commencer par rééquilibrer le poids des relations internationales, qui devraient être enseignées à égalité avec la sociologie politique ; ensuite, qu’il faudrait insister sur deux sous-spécialités des relations internationales : conflict resolution et development studies ; enfin, qu’il faudrait veiller à articuler le résultat des deux premières mesures avec l’analyse des politiques publiques.
- Encore une excellente analyse d’Éric Dupin. Qu’on tombe d’accord ou pas avec lui (certaines de ses thèses que je partage, comme la droitisation, peuvent être opposées de manière argumentée), sa plume reste l’une des meilleures dans le journalisme politique.
- OpenOffice est sorti en version 3 beta pour Mac OS X. Pas grand chose n’a changé depuis mon test de la version m10 [vol. 78] : l’interface renvoie quelques années en arrière, et aucune compatibilité n’est assurée avec les raccourcis clavier habituels sous Mac, comme les sélections de texte à partir d’Alt-Shift et des flèches du clavier. Pire, le gestionnaire de styles est encore moins convivial que celui de Microsoft Word. En conséquence, OpenOffice n’est pas utilisable sans une adaptation préalable, adaptation contre-intuitive qui plus est dans l’environnement Mac.
- Dans les dix dernières minutes de cette émission, on trouve un excellent exemple de ce qu’est le lobbying professionnel.
- Kraftwerk,
Tour de France
[via,ref] : - Eric Meyer a rédigé la meilleure étude du
line-heightdisponible en ligne. Je parle d’étude sous l’influence d’un papier récemment publié dans A List Apart, et qui contient un sous-papier rédigé selon des standards universitaires. Le monde du web design est en voie de scientifisation, parce que les débats sont de moins en moins liés à des valeurs comme l’esthétisme et de plus en plus contraints par des données très complexes appelant des raisonnements rationalisés. Si je réécris cette étude, je devrais le faire plus sérieusement… et la publier. - L’accès aux soins dépend en partie de la démographie médicale, en particulier sous un certain seuil de raréfaction de l’offre lorsque la disponibilité des médecins peut être comparée à un marché. Ce tableau de l’Observatoire des inégalités permet de noter quelques exceptions amusantes, Cuba notamment, l’Ukraine ensuite.
- Après lecture du cahier numéro 2 des Dossiers de la Bande Dessinée de mars 1999, ai-je le droit de citer Manara dans les personnalités publiques les plus proches de mon propre kaléidoscope idéologique ? L’auteur est explicite sur trois choses qui me tiennent à cœur : le profit comme horizon nécessaire mais tout à fait dépassable, l’auto-détermination des sociétés, et le semi-anonymat comme un
bien inestimable
de l’existence. - La politique numérique du sarkozysme, par Homo Numericus. La droite ne se pose quasiment aucune question face au numérique : les rails juridiques et économiques des échanges matériels devront convenir, bien que leurs défauts en termes d’accumulation de la rente soient apparents et même accentués par le numérique, et bien qu’il existe des alternatives également rentables.
Il y a quelques exceptions à droite ; de même, plusieurs personnalités de la gauche sont en accord avec cette politique numérique régressive. Comme pour l’Europe, le clivage traverse les partis ; comme pour l’Europe, une bonne partie des politiques n’y comprennent rien ; comme pour l’Europe, beaucoup s’en foutent comme de l’an quarante, au détriment de tous.
- Les médias s’intéressant à tout signe de faiblesse du sarkozysme, le renversement du projet de loi sur les OGM à une voix près (miracle des délégations… on se souvient que le torpillage de la loi DADVSI s’était également opéré grâce à une faible mobilisation de la majorité dans l’hémicycle, à une heure tardive, juste avant Noël ; et que la sortie de crise était également passée par une Commission Paritaire Mixte).
Cette vidéo, qui illustre tous les avantages de la démocratisation des moyens d’enregistrement et de diffusion, fait le point sur la mobilisation devant le Parlement :
L’étude des mouvements sociaux n’est pas vraiment mon cœur de métier, même si je jette de fréquents coups d’œil vers quelques mouvements, mais j’espère que la sous-discipline est en train de se former illico presto à l’utilisation de Dailymotion, Flickr et consorts. La qualité des données, esquissée par quelques références dans des volumes récents des petites choses utiles [vol. 78, vol. 79], est exceptionnelle. Même les mouvements moins construits et moins encadrés, comme les manifestations lycéennes, ont beaucoup d’images par les téléphones portables, les blogs et certains médias comme Indymedia (je m’en suis rendu compte pendant le CPE). Il faut encore améliorer les méthodes d’archivage, la mienne est assez artisanale pour le moment. J’ai aussi vu passer une conférence sur le filmage des manifestations.



