Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Les petites choses utiles du mardi, vol. 8

28 février 2006 · Petites choses

  • Tout le monde s’engueule autour de Martin Heidegger. Dans la Revue française de science politique, un commentateur se demandait pourquoi perdre son temps à traduire certains de ses textes, en l’occurrence sa lecture du Léviathan de Hobbes, alors que tellement d’autres merveilles attendent dans leur langue germanique originale (j’ai un ami qui aide à traduire des textes de Fink, je peux comprendre ce point de vue).
  • Guillermito a perdu le procès dans lequel il était accusé de piratage informatique. Son piratage lui a en réalité permis de démontrer que le logiciel antivirus de la société Tegam n’est pas aussi fiable que le dit la publicité de l’éditeur [cf. chronologie de l'affaire]. Un mouvement de soutien est en route.
  • Éconoclaste parle de modèles sociaux sous un angle exclusivement économique : pas de référence à la welfare state literature. Appel du pied ?
  • Triple déception concernant Arte et son nouveau service de Video on Demand : blocage idiot des browsers non-Microsoft (signalé par Baptiste Coulmont), codec Windows Media Player et surtout, comme ma l’a fait remarquer Amanda, tarifs très élevés : trois euros pour regarder les quarante-cinq minutes de Tracks, c’est au moins aussi cher que le cinéma pour une qualité d’image très inférieure.
  • Ça y est, le directeur d’Harvard Lawrence Summers a démissionné. À première vue, la planète semble peuplée de suffisamment de gens intelligents pour que l’on laisse des postes à responsabilités à ce type de personnage, certainement brillant à certains égards. Gary Becker et Richard Posner ont jeté un regard plus réfléchi sur les faits.
  • Le volume 20 numéro 2 de The Scientist est consacré à la crise larvée du peer reviewing. À lire parallèlement, un article sur les alternatives au peer review dans le dernier numéro du Journal of Electronic Publishing.

Vous l’aurez remarqué, il y avait beaucoup de petites choses utiles cette semaine. La plupart me sont parvenues par la syndication de quelques mots-clés sur les services de bookmarking académique Connotea et Citeulike.

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Référence : François, Les petites choses utiles du mardi, vol. 8, Boîte Noire, 28 février 2006.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/petites-choses/8/.

Discussion

2 commentaires :

La polémique autour de l’oeuvre et de la pensée d’Heidegger n’est pas prêt de cesser – et elle dure déjà depuis au moins trente ans. Dans le cas présent, c’est l’impossibilité des acteurs à s’accorder sur une compréhension, ou une interprétation, commune de l’oeuvre et de la pensée heideggérienne qui m’étonne un peu. Messieurs les philosophes, que faites-vous, diantre ?!

Edouard, 28 février 2006

Mon cher Edouard,
Je suis né en 1941 l’année où Heidegger a déclaré que des décisions imminentes allaient être prises. C’était dans son cours sur les concepts fondamentaux. Les décisions imminentes ont été prises. Elles avaient été annoncées en 1937 dans sa participation à l’annuaire nazi de la ville de Fribourg, annuaire dans lequel il lançait un appel aux Français pour qu’ils participent avec les Allemands au salut de l’Occident. En 1942 dans son commentaire de Der Ister il adonné l’ordre aux dirigeants nazis d’allumer les bûchers, bûchers qu’il avait demandé de préparer à ses auditeurs dès 1930 (cours sur la phénoménologie de l’esprit de Hegel). Le cours sur La Germanie, le cours sur les Concepts fondamentaux et le cours sur La métaphysique de Nietzsche nous montrent qu’il était idéologiquement à la tête du troisième Reich, ce que le journal des étudiants nazis Der Alemanne avait révélé dès sa prise de fonction rectorale.

Après 1945, Heidegger n’a cessé de relancer le mouvement nazi. Il n’a cessé d’appeler à la fidélité (Qu’appelle-t-on penser ?) et à la reprise du combat pour l’être germanique (édition d’Être et temps et de l’Introduction à la métaphysique, 1953). L’invitation faite à Eugène Fink, en 1966, à diriger la reprise du mouvement en ayant recours à la poésie avait été précédée en 1964 d’un appel à tous les nazis (les cygnes blancs) de s’avancer en défi à la neige. Il avait même ajouté en se retranchant derrière les paroles d’Abraham a Sancta Clara que ce qui était tombé l’argent pouvait le redresser.

Son discours métaphorique et allusif n’est pas difficile à comprendre. C’est un exercice de ventriloquie qui fait sans cesse parler les autres comme si lui n’avait rien à dire et se contentait d’être un observateur impartial de l’histoire de la philosophie ou de la poésie hölderlinienne, voire de la virtuosité linguistique d’Abraham a Sancta Clara..

La malignité et la perversité de cet homme sont tellement hors norme qu’on ne les perçoit pas au premier abord.Mais dès qu’on a vu sa stratégie on ne peut que le rejeter avec le plus grand mépris. Avoir osé présenter sous forme de philosophie et de poésie l’abjection nazie est la plus grande monstruosité qu’on puisse commettre. Avoir osé diriger toute l’épopée dionysiaque nazie sous ce déguisement est d’une perversité sans pareille. Nietzsche avait appelé son Anti-Christ : Dionysos. Je ne suis pas loin de penser que Heidegger a pris le masque de Dionysos-philosophe pour pratiquer la politique de l’Anti-Christ qui lui tenait à coeur depuis qu’il avait rejeté le séminaire.

Le nazisme m’apparaît comme la réalisation de cette volonté de renégat en lutte contre le judéo-christianisme. De toute façon il ne peut s’expliquer de A jusqu’à Z qu’en suivant ce fil conducteur. La race n’était évoquée que parce qu’elle était un moyen commode d’apparence scientifique pour éliminer le peuple moraliste indésirable. Le retour aux grecs était désiré parce qu’il ne mettait aucun frein à la sexualité et à l’orgueil, c’est à dire au désir d’être dieu ou pour ses disciples demi-dieu.
Heidegger n’est pas un philosophe au sens propre du terme mais un gnostique, une espèce de druide égaré dans le XXe siècle prétendant apporter le salut à la Germanie. Le nazisme n’est rien d’autre qu’une secte politique dont le pseudo-philosophe Heidegger a été le fondateur et le guide absolu. Hitler n’a été que son bras séculier. Lui était la tête et l’autre bras.

Tout cela est clairement dit dans son oeuvre et mis en évidence dans les articulations de ses cours année après année. Mais les philosophes ne veulent pas le lire. Que voulez-vous qu’on y fasse. Je ne m’attarderai pas davantage. Si cette position vous intéresse écrivez-moi.

BEL, 25 mai 2006

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