Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Les petites choses utiles du mardi, vol. 78

29 avril 2008 · Petites choses

De retour après des journées bien remplies et des tas de petites choses utiles qui resteront non documentées par manque de temps, les petites choses utiles du mardi, soixante-dix-huitième volume, rédigé sous WordPress 2.5.1 avec interface francisée.

  • Evil Dead!
  • Le projet de loi sur les archives en quelques paragraphes bien sentis. La seule chose qui me dérange vraiment est, non, en fait, tout me dérange dans ce projet de loi.
  • Donald Knuth speaks, you listen:

    The success of open source code is perhaps the only thing in the computer field that hasn’t surprised me during the past several decades. But it still hasn’t reached its full potential; I believe that open-source programs will begin to be completely dominant as the economy moves more and more from products towards services, and as more and more volunteers arise to improve the code.

  • Ce long (mais trépidant) article du Smithsonian sur les pilleurs d’archives aux États-Unis, où l’on retrouve des archivistes aux côtés du FBI dans la lutte contre les faux stagiaires équipés de cutters.
  • Flickr est un outil formidable. En cherchant une illustration de la manifestation du collectif Ni pauvres, ni soumis, j’ai identifié neuf collections photographiques de bonne qualité. Espérons que tout cela reste loin des griffes de Microsoft. La photographie que j’ai finalement retenu, par Philippe Leroyer :

    Par Philippe Leroyer

  • La communauté du file-sharing se connaît de mieux en mieux.
  • Un traduction de la Gibbs Lecture de Kurt Gödel, par Anaximandrake. Ce texte est un très bon exemple de défense du platonisme en philosophie des mathématiques [texte introductif, Timothy Gowers ; cf. aussi The importance of mathematics, texte ; Is there such a thing as infinity?].
  • Opeth, Watershed Le dernier album d’Opeth, Watershed, est très étrange, comme en témoignent les avant-critiques qui ne savent pas trop quoi en penser à première vue.

    À mes oreilles, le groupe a deux objectifs : intellectualiser le black metal – échec quasi-total sur cet album à l’exception de trois minutes dans Heir Apparent, alors que les albums précédents avaient partiellement réussi – et écrire un rock progressif acoustique qui ne soit pas immédiatement classable dans la suite du blues. Sur Burden, par exemple, la guitare solo commence par un jeu Dire Straits pour terminer sur un fiasco flamenco Paco de Lucia absolument inintéressant : l’éclectisme a ses limites, et le seul flamenco réussi dans le rock progressif reste, à ma connaissance, When the Poets Dreamed of Angels sur David Sylvian, Secrets of the Beehive. La plus belle réalisation de Watershed est certainement Hessian Peel.

  • Plutôt que le dernier album d’Opeth, il y a L’économie en questions, avec Alexandre Delaigue d’Éconoclaste [photo].

    Je ne comprends pas comment Isabelle Knock peut si rapidement disqualifier les ignorants plaçant le taux de chômage au-dessus de 15%. Lorsque je me suis rendu à ma journée d’appel à la défense, j’ai littéralement redécouvert la France des BEP/CAP qui sait à peine lire et écrire, et que je n’avais pas croisée depuis mon déménagement hors d’un HLM à huit-neuf ans. La ségrégation spatiale incite à extrapoler à partir de ce que l’on croise chez soi, je ne suis pas étonné dans cette perspective que le taux de chômage puisse être estimé vers 15%, ce qui n’est pas non plus une erreur humiliante au vu du taux de chômage des jeunes et de la misère informationnelle des journaux télévisés.

  • Le compte-rendu du livre d’Alain Geismar est signée par Aquilino Morelle, un nom bien connu dans le petite monde des politiques de santé.
  • Les deux journalistes du Monde Mathilde Serrell et Antoine Blin (Un monde de sons) avaient donné la parole au philosophe Vincent Cespedes, qui jugeait sévèrement la tectonick comme un loisir apolitique, non trangressif, narcissique, commercial et individualiste.

    Un peu comme André Gunthert, je n’aime pas trop qu’on dise du mal de gens qui ne trouvent rien de pire à faire qu’à sauter sur place pour faire les malins en écoutant de la musique pourrie. Mais surtout, j’avais trouvé le commentaire très superficiel, et au final, à côté de la plaque : je ne voyais pas très bien comment qualifier d’individualiste un loisir basé sur les appréciations des spectateurs, et le narcissisme des mouvements électroniques ne me semble pas évident après les décennies rock… Mais passons : le plus gros morceau était l’apolitisme.

    La tecktonik est une version spécifique, adaptée par l’industrie musicale et audiovisuelle à ses propres normes, du jumpstyle, qui est né dans les boîtes acceptant de passer du gabber, à la frontière franco-belge et sous influence néerlandaise. Le jumpstyle, pour le coup, dépolitisait en partie le gabber, identifiant musical des skinheads d’extrême-droite (attention, ne pas confondre hardcore techno et hardcore punk, le second est aussi lié à l’extrême-gauche). On ne peut pas trouver de mouvement musical plus politisé que le gabber, commun dans les mouvements néo-nazis, saturé de propos racistes, et construit en partie par opposition aux racailles du rap [mise en images].

    Il me semble que la trajectoire de la tecktonik ne dit pas le contraire de certains des qualificatifs que lui attribue Vincent Cespedes, mais qu’elle dit tout de même quelque chose de différent : c’est une danse qui a changé de classe d’âge et de class sociale en se distanciant du milieu gabber, par conséquent le travail de récupération effectué par l’industrie culturelle ne me semble pas le point d’ancrage le plus significatif de ce que la tecktonik représente en termes de valeurs socio-politiques.

  • Merci à Chloë, qui m’a signalé l’ouvrage :

    Je me souviens du soir de Noël 2002 ou j’étais de permanence et on me demande d’aller faire un contrôle d’alcoolémie. Donc j’appelle le mec du ministère qui s’occupe de la communication. Je lui dis que je voudrais un contrôle d’alcoolémie et il ne m’en trouve pas alors qu’il y en a plein le premier de l’an. Et puis il me dit que si, qu’il y en a un dans un petit village à côté de Paris. Donc j’y vais et je me rends compte que le contrôle d’alcoolémie est là pour moi. Et ils arrêtent un seul mec dans la nuit qui revenait de son réveillon en famille, ils l’ont arrêté à cause de moi, il était livreur, sans moi, il n’aurait jamais perdu son emploi, j’en suis persuadé.

    M. Grossetête, L’État conducteur. La circulation de la “sécurité routière” dans les journaux télévisés français, in D. Marchetti (dir.), Communication et médiatisation de l’État. La politique invisible, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, p. 43.

  • Microsoft Office 2008 est la première version utilisable de ce logiciel pour Mac OS X. Contrairement aux anciennes, elle est assez réactive et respectueuse du GUI spécifique aux applications Mac. OpenOffice fait nettement moins bien, même dans sa version 3 beta (10).
  • Façon M : Six Feet Under 1.01-1.05 [B+] Brenda Chenowith était déjà remarquable dans Me, Myself and I.

Complément :

  • Maître Eolas au sujet des réitérations présidentielles diaboliques (l’expression se fonde sur une ligne de George Canguilhem).
  • Le découpage institutionnel de la recherche est dans Science publique. Le débat est très brouillon, et très focalisé sur le terme institut qui ne veut pas dire grand chose pris isolément : il y a des instituts virtuels, d’autres très réels, physiquement séparés. Le cœur du sujet, les conditions statutaires du travail d’enseignant-chercheur après réforme-démantèlement-balkanisation du CNRS, est peu évoqué, idem pour la dynamique de l’emploi dans la recherche. La contrainte macro qui pèse sur la recherche, c’est-à-dire le système de détermination des priorités scientifiques en amont de l’ANR, n’est pas abordée.
  • Le médicament en société est dans Du grain à moudre, avec Sylvie Fainzang, Philippe Pignarre, Julie Clarini, et une pharmacienne remarquablement déontologique (son nom m’échappe, je m’en excuse auprès de mon immense lectorat).
  • Un entretien avec Gilles Kepel sur son dernier ouvrage, toujours sur le même thème que les précédents : parler intelligemment de la politique et de la géopolitique du monde arabe (notion pas très analytique pour le coup). À ranger pas trop loin des livres d’Olivier Roy dans la bibliothèque.
  • Sandrine Blanchard écrit aujourd’hui dans Le Monde ce que l’on pouvait lire sur tous les blogs intéressés par le système de santé : la franchise est une très mauvaise idée, car la santé n’est pas tout à fait un bien supérieur, et certaines catégories de personnes réalisent déjà des arbitrages financiers sur leurs soins en consultant moins. Les inégalités de santé vont augmenter dans les couches de la population où elles sont déjà les plus élevées, dû au fait qu’une partie de la population va aggraver son état de santé en interférant avec ses soins pour des motifs économiques [vol. 70].

    Le système de santé est structurellement inégalitaire à cause des inégalités territoriales, des inégalités de niveau socio-culturel, et ainsi de suite ; le financement du système de santé peut choisir de conforter ces inégalités, en les aggravant, ou de les corriger. Le premier signe fut, dans ma vision des choses, le discret forfait sur les actes médicaux lourds, comme s’il fallait pénaliser un peu plus les patients post-opératoires et responsabiliser les pontages coronariens.

    La franchise vise une cible symbolique plus mitigée, les soins ambulatoires, où l’on s’imagine que les soins superflus sont plus fréquents. Mais les patients ne signent pas leurs propres ordonnances : même s’il subit une influence lors de son colloque singulier, le médecin reste l’unique prescripteur. Pour boucler la boucle du compromis inflationniste, les syndicats professionnels proposent… de revaloriser leurs honoraires (profit partagé avec leurs assureurs).

    Cet équilibre financièrement désastreux et qui se réfracte désormais sur l’état de santé de la population ne peut tomber qu’en modifiant certains des grands principes du système de santé français : le paiement à l’acte (vs. capitation), et l’ouverture du secteur 2. Je n’imagine pas vivre suffisamment longtemps pour observer leur réforme, mais c’est une intuition que j’espère voir déçue.

Notez que les vidéos du Daily Show ne passent pas en syndication : il vous faut quitter Google Reader et naviguer sur le blog lui-même pour pouvoir la visionner. Je ne peux rien y faire. Toujours au rayon syndication versus navigation, les changements de typographie entre les deux peuvent avoir des résultats amusants (tout est relatif), vu que Lucida Grande n’a pas de version bold-italic.

Référence : François, Les petites choses utiles du mardi, vol. 78, Boîte Noire, 29 avril 2008.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/petites-choses/78/.

Discussion

8 commentaires :

Microsoft Office 2008 pour Mac OS X coûte cher ? Les nouveaux iMac sont sortis. Ma conversion va pas tarder. Alors je me renseigne.

c0wb0yz, 29 avril 2008

Oui, c’est un logiciel cher, la Student Edition est à £100. En cherchant le prix, j’ai trouvé ce site de démonstration avec un bon aperçu de certaines parties de l’interface.

François, 29 avril 2008

Microsoft Office, c’est le Mal.

Ça ralentit l’intégralité de ton Mac de 80%, je dirais. Et alors si tu as PowerPoint et Word d’ouverts, c’est fini, tu peux aller regarder un episode de 6FU entre chaque clic de souris.

Amanda, 29 avril 2008

C’est assez rapide avec 2Go de RAM… J’avais effectivement pas mal d’éléments de contexte.

François, 29 avril 2008

Notez que les vidéos du Daily Show ne passent pas en syndication : euh, si, ça marche… Enfin, chez moi, ça marche ! Vista serait-il meilleur que Mac OS X ?

Je vérifierai au boulot s’il y a une différence !

NicoR, 29 avril 2008

Entendu, merci. Je n’ai testé qu’avec Google Reader, c’est peut-être lié à l’agrégateur et ça a peut-être été réglé. Dans tous les cas je serais très étonné si le système - meilleur sous Mac, gniârk – y changeait quoi que ce soit.

François, 29 avril 2008

J’ai testé (à chaque fois avec Google Reader), et ça ne semble pas lié au débat Windows / Mac OS X (pour lequel je suis plutôt de votre point de vue, mais j’utilise tous les systèmes, suis pas sectaire). Dans mon test, je pouvais voir la vidéo avec Firefox sur Windows et sur Mac, pas avec Safari (ni sur Windows, ni sur Mac). Il indique This video is no longer available. Étonnant, non ?

NicoR, 29 avril 2008

Nous avons donc eu le même problème sous Safari, qui contient encore quelques incohérences à ce niveau et à d’autres (j’ai encore quelques attributs CSS affichés de manière hasardeuse sous Safari).

François, 29 avril 2008

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