Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Les petites choses utiles du mardi, vol. 77

1 avril 2008 · Petites choses

Déjà le volume 77 des petites choses utiles du mardi, et à vue de nez, un de mes plus longs volumes jusqu’à présent, avec de la vidéo, de la musique, des cartes, la totale, son et lumières, mieux que Patrick Sébastien :

  • Contre le localisme à l’université, ma recension rapide de textes récents sur le sujet.
  • Emmanuel se place sur une niche stratégique du commentaire économique en proposant la première lecture des chiffres de la croissance à partir des chiffres de la croissance. Des informations exclusives, publiées dans le cadre de son mandat-fantôme de secrétaire général à l’économie de la reality-based community.
  • Escaliers
  • La CFDT a signalé son refus de l’allongement de la durée de cotisation. En réalité les syndicats, et la CFDT en particulier, savent que la retraite à soixante ans est une relique historique et que sa survie est une fiction ; le refus est motivé, à mon avis, et en arrière-plan, par l’échec des négociations autour de ce que le syndicat exigeait en retour.

    J’espère qu’il s’agissait d’un plan de généralisation de la formation continue, ce qui me semble être la variable indépendante capable de résorber une immense partie du chômage de masse. Pendant ce temps, Xavier Bertrand commence à se raser en pensant à 2012, ou 2017.

  • Je n’ai pas très bien compris l’affaire Olivier Martinez, mais ça a l’air très, très, très con, du début à la fin. Expliquez-moi.
  • Un peu plus loin dans les petites choses, j’évoquerai la liquidation de Mai 68, qui se base sur une version des événements qui tient plus de la fiction que de l’analyse. Mais je tenais à ouvrir ce volume sur l’immigration dite massive (tous partis confondus, extrême-gauche exceptée ?) et dangereuse (extrême-droite), avec ces chiffres sur la criminalité :

    Immigration et criminalité

    Il y a beaucoup d’autres données intéressantes dans ce document de travail de Ruud Koopmans [via], qui a étudié la réussite de l’intégration des immigrés à partir de trois facteurs : intégration socio-économique, ségrégation spatiale (tableau page 24), et criminalité. De manière surprenante, la France s’en sort dans le groupe des pays ayant le mieux réussi, un résultat qui reste très relatif (dernière colonne) :

    Immigration et chômage

    Les résultats permettent de relativiser ce qui est régulièrement présenté comme l’échec du modèle d’intégration républicain, qui n’aurait finalement pas besoin de grand chose pour mieux fonctionner. Ceux qui, comme moi, abhorrent le multiculturalisme, se sentiront plutôt confortés par ce rapport. Dans ce document, on découvre surtout avec un certain dégoût les échecs et les lois très discutables des autres pays européens étudiés.

  • Quand on photographie tout un pays à un instant t, comme le fait Google Maps avec la fonction Street View, on capture nécessairement des choses un peu plus intéressantes que des passants et des barbecues de voisinage. Du trafic de drogue, par exemple.
  • Katmandou, le 17 mars 2008 :

    Tibet

    La teneur des commentaires est intéressante : avant la chute du mur de Berlin et celle de l’URSS, cette image aurait probablement servi à illustrer le sang versé par les populations asservies au communisme, alors que depuis le tournant de 1990, la Chine n’est plus qu’une dictature comme une autre (la conversion à la propriété et aux principes de l’économie de marché brouille également les pistes). Les reportages que j’ai suivis ont bien pris le pli fukuyamien ; reste à voir si les droits de l’homme exercent une contrainte d’action égale ou supérieure aux doctrines Jdanov/Truman, mais j’en doute. Le Darfour est toujours en guerre.

  • Pierre Assouline a rédigé les paragraphes qu’il fallait sur Arthur C. Clarke [vol. 76].
  • Greg Mankiw attaque la thèse de l’équivalence entre 2008 et 1929 avec quelques explications constructives qui n’ont pas encore trouvé leur place dans le débat français sur les crises financières [vol. 75].
  • Marian Bantjes pour le Yale Alumni Magazine :
    Marian Bantjes
  • Tout peut changer, vraiment.
  • Le film The Exorcism of Emily Rose reprend un faits divers de 1976, dont les détails ne sont pas inintéressants, mais c’est surtout l’enregistrement audio de la possédée, Anneliese Michel, qui peut étonner.
  • Un très bel hommage à Gary Gygax [vol. 74 ; via].
  • Laurent Bouvet est partout : sur telos, sur nonfiction, sur son blog, et toujours à propos de Barack Obama.
  • ウソかマコトか [flickr] :

    Mouse

  • Juan Carlos Lopez, qui édite l’un des blogs sans langue de bois de Nature Medicine, n’est pas content : Gordon Brown vient de reculer sur une loi permettant de progresser dans la recherche biomédicale, après que le clergé a manifesté ses doutes sur le bienfait de tripatouiller des embryons animaux et humains dans les mêmes éprouvettes.
  • Comme l’explique très bien Henry Farrell, la lecture des commentaires d’analystes financiers devient intéressante lorsque l’un d’entre eux, qui n’avait pas changé son avis depuis longtemps, donne des signes d’inflexion.

    Le dernier papier de Wolfgang Munchau pour le Financial Times en est un bon exemple : certains aspects du capitalisme rhénan qui paraissaient trop rigides hier sont perçues comme des garanties de stabilité aujourd’hui. John Kay a également écrit sur ce thème récemment : les économies souveraines restent plus stables dans les périodes difficiles. Autrement dit :

    Since financial stability is unattainable, the more important objective is to insulate the real economy from the consequences of financial instability.

  • You’re no good for me… les clips des années 1990 étaient plus simples à suivre :

    La suite en détail est sur mon blog dédié, mais voilà de quoi enfoncer le clou :

  • Que dit Laurent Bonelli dans La France a peur ? Que l’insécurité est un construit social et un facteur de mobilisation politique [nonfiction ; via]. Je ne sens pas un grand vent de résultats originaux, sauf peut-être en termes de données sur la politisation des questions de sécurité par les élus locaux.

    La recherche a bien décrit l’entrée en politique de la sécurité, mais personne ne semble formuler clairement le problème de fond : comment sort-on de la spirale ascendante ?

  • Quelqu’un s’est amusé à réinventer le design par colonnes en CSS. Le résultat est d’excellente qualité.
  • Une autre petite chose musicale utile : Jimmy Smith dans une émission dont tout m’échappe. Vingt-cinq minutes très agréables :

  • Le bouquin gratuit de la semaine : Cult of Mac, suivi de Cult of iPod [via]. Les deux titres sont distribués gratuitement par l’éditeur, qui compte probablement augmenter ses ventes en librairie de cette manière. Les premières pages de Cult of Mac, que j’ai feuilleté rapidement, n’ont aucun intérêt.

    Beaucoup plus intéressant, et toujours via Torrentfreak, ce reportage audio sur la piraterie intellectuelle, avec notamment Peter Sunde [BBC] et Tarleton Gillespie. Le piratage est devenu un fait social à part entière, qui s’impose à une activité (le partage de fichiers) avec un pouvoir de coercition remarquable ; ce reportage présente une assez bonne vision d’ensemble du phénomène.

  • J’ai habité trois ans au milieu de ce bout de carte des Pays-Bas, au croisement de Doorpstraat et Franse Steeg. On fait des miracles avec Google Maps, même si la résolution est assez faible et ne permet pas de voir la maison en question :


    View Larger Map

  • Depuis la sortie d’Acid 3 [vol. 75], la blogosphère du web design observe les navigateurs se rapprocher du 100% de compatibilité. Cette semaine, Opera est à 98%, ah non tiens, 100% désormais [build], Safari à 100%. Ma version de Firefox (3 beta 4) est proche de 70%.

    On est très loin du web design que j’ai connu il y a quelques années, en essayant d’écrire un peu moi-même et surtout en lisant beaucoup de monde. D’une part, le code est devenu vraiment compliqué, on est passé d’une manipulation surtout syntaxique à partir des recommandations HTML, XHTML et CSS 2 vers des analyses hybrides, qui mélangent des marqueurs CSS 3 de type adjacent sibling selectors et une prise en charge très élaborée des différences entre navigateurs. D’autre part, lesdits navigateurs ont fait des progrès exponentiels en direction des standards (browser implementation) – même Microsoft, dans une certaine mesure (moins que d’autres, mais ils partaient de plus bas, et MSIE 8 a l’air prometteur). C’est moins le rythme que la complexité du changement qui marque l’évolution du milieu, à mon avis.

  • Indexed
  • Des hommes d’État de Bruno Le Maire [vol. 73] est chroniqué sur nonfiction.fr.

    Ce livre est vraiment remarquable : l’auteur a une plume agréable, son témoignage est d’une qualité rare, et certains passages offrent une vision très lucide du fonctionnement de la sphère politique. Si l’on relit l’ouvrage en se concentrant sur la dyade formées par les mots et les décisions, les deux matières premières du travail politique (vu de l’exécutif) selon l’auteur, l’ouvrage fait encore plus sens. On perçoit aussi très bien l’anomalie comportementale du Premier ministre, qui se refuse à agir en animal politique classique même lorsqu’il souffre terriblement du décrochage des sondages, des éditorialistes, et finalement de sa majorité parlementaire.

    L’auteur est également député-blogueur sur Rue89, où l’on trouve quelques billets clairsemés mais tout aussi intéressants et bien écrits [exemple].

  • Les riches encore plus riches, par Xavier Molénat, signé dans Sciences humaines et reproduit par l’Observatoire des inégalités. Cela fait quelques volumes que les inégalités (de revenu) reviennent dans les petites choses utiles : c’est un biais personnel – s’il y avait un fan-club de Louis Chauvel… Si vous voulez me faire plaisir, envoyez-moi des articles avec comme mots-clés inégalités, état de santé. C’est une figure de style : n’envoyez rien ou presque, j’en ai littéralement des centaines.
  • Where will you spend eternity? :

    Christians

  • Serge Audier et Alain Geismar chez Ali Baddou sur Mai 68. Alain-Gérard Slama se fait flinguer, et pas dans le dos, comme Le Figaro le recommandait pour les lycéens révoltés ; son argumentaire liquidateur est un flottement a-empirique vaguement énervant, au service d’une idéologie réactionnaire pseudo-aronienne, il suffirait de le reconnaître (quand même, Patrick Salope Devedjian, d’Occident, associé à Contrepoint…).
  • Toujours là ? Voilà pour votre peine :

  • Ingrid Betancourt est atteinte de leishmaniose, probablement (et heureusement) dans sa forme cutanée et non viscérale. Plus grave, elle a contracté une hépatite virale, qui devient chronique dans environ 10% des cas et qui demande un traitement lourd.

    Ses chances de libération restent faibles, alors que ses chances de survie sans traitement approprié vont diminuer rapidement : à moins d’être alitée, perfusée et médicamentée, elle restera anémique et immuno-déficiente ; son système immunitaire continuera à se détériorer, jusqu’à ce que la jungle se charge d’aggraver encore plus sérieusement son état de santé. Sans qu’il s’agisse nécessairement d’une stratégie consciente, la maladie va la rendre moins facilement transportable, et devraient également inciter ses geôliers à la déplacer en milieu urbain.

Référence : François, Les petites choses utiles du mardi, vol. 77, Boîte Noire, 1 avril 2008.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/petites-choses/77/.

Discussion

9 commentaires :

Aah, mais vous parlez néerlandais, alors ?

Merci pour les liens intéressants, à boire et à manger pour toute la semaine.

Eerste vraag : lorsque vous dites Que l’insécurité est un construit social et un facteur de mobilisation politique, est-ce que dans le livre il est question du timing qui fait qu’on pourrait penser (ou croire) que les politiciens ont récupéré un discours pour satisfaire une demande de sécurité.

Tweede vraag : peut-on trouver un lien dans votre blog où vous exposez clairement pourquoi vous abhorrez le multiculturalisme ?

A bientôt.

almac, 1 avril 2008

J’ai peut-être de très mauvaises références, mais je me souviens qu’ Emmanuel Todd défendait une thèse similaire sur la bonne intégration des étrangers dans le modèle républicain en regardant les mariages mixtes (i.e. entre différentes communautés). Il paraît qu’en France, nous avons un taux particulièrement élevé.

Tom Roud, 1 avril 2008

Almac : j’ai échappé au néerlandais par ma scolarité en école européenne (anglophone). Q1 : je ne sais pas, mais j’espère que votre question est traitée. Q2 : je n’ai pas de lien mais le contexte américain, britannique ou même suédois vous offre de très bons exemples des conséquences du multiculturalisme en pratique (il faut vraiment se contenter d’une approche intellectuelle ultra-stylisée pour ne pas y voir un générateur de ghettos).

Tom Roud : oui, mais les données d’un pays à l’autre perdent en comparabilité du fait des structures familiales des pays d’origine (la famille marocaine et algérienne rurale qui a peuplé Marseille n’est pas la famille turque qui a émigré plus tard en Allemagne). L’illusion économique m’a plu, même si c’est une provocation certaines données sont intéressantes.

François, 1 avril 2008

Splendide hommage à G. Gygax, ici aussi.

Cult of mac and ipod, faut quand même faire gaffe, ça peut emmener loin.

bituur esztreym, 2 avril 2008

En réalité les syndicats, et la CFDT en particulier, savent que la retraite à soixante ans est une relique historique et que sa survie est une fiction ; le refus est motivé, à mon avis, et en arrière-plan, par l’échec des négociations autour de ce que le syndicat exigeait en retour.

Relique, fiction, tu y vas un peu fort et dépareille avec tes analyses habituelles.

Arno F., 2 avril 2008

À mon sens les données sont très claires sur ce point.

D’une part, cela fait plusieurs années que les organismes qui alimentent en données les ministères sociaux et les organisations syndicales contribuent à coupler pression démographique (ratio actifs/retraités, espérance de vie) et configuration du système de retraites (durée de cotisation, mode de calcul du taux). L’idée que l’un fournit une solution au moins partielle à l’autre est établie, voire calculée : on sait que tel accroissement de la durée de cotisation rapprocherait de tel pourcentage de l’équilibre.

D’autre part, les organisations syndicales ne se sont pas positionnées comme contestataires de ce bilan, alors que c’est le cas pour les chiffres du chômage, par exemple (rappel : le chômage n’est pas une branche de la Sécurité sociale, les effets institutionnels des règles du paritarisme ne s’appliquent pas identiquement). À la CFDT, Nicole Notat avait approuvé le Plan Juppé et fait sortir ses syndiqués des cortèges en décembre 1995 : il y avait accord de fond sur une majorité de points.

Dans le cas cité ici, il y a aussi, je pense, accord de fond, mais le ministère a dû négliger la forme (les contreparties).

François, 2 avril 2008

Une question, dans le ratio actifs/retraités, comment est contrôlée l’évolution du taux de chômage dans les analyses que font les organismes afin d’établir que l’accroissement de la durée de cotisation rapprocherait de tel pourcentage de l’équilibre ?

En 2003, est-ce qu’il n’y avait pas que la CFDT à soutenir la réforme ? Considérer qu’il y a accord entre les syndicats pour considérer que la retraite à 60 ans est une relique sur la seule base des jaunes de la CFDT est difficile, pour ma part, à accepter.

Arno F., 3 avril 2008

Q1 : cela fait partie des variables qui permettent de faire des estimations plus ou moins crédibles. En 2003, par exemple, le gouvernement avait tablé sur une réforme à partir d’une estimation conservatrice du taux de chômage (stable vers 6%).

L’autre grande variable, qui revient toujours, est la productivité, que le gouvernement a intérêt à sous-évaluer et les syndicats à surévaluer. Mais les deux parties savent très bien ce qu’elles font lorsqu’elles manipulent ces données, et il y a accord sur les fondamentaux du débat (variables à prendre en compte, chiffres actuels ; les deux apparaissent dans les rapports du Conseil d’Orientation des Retraites).

Q2 : en 2003, la CFDT s’est d’abord opposée à la réforme, puis a signé avec la CGC. La page Wikipedia sur le sujet est assez complète. Mon argument est que, si les autres syndicats ne signent pas, c’est dû à l’absence de contreparties suffisantes (dédommagements divers) et pas à une opposition de fond : la réforme est perçue comme envisageable, mais pas à n’importe quel prix.

Mais il faut surtout penser à écrire le contraire dans les journaux ! Malgré ça, je ne vois ni contestation ni renversement de l’argumentaire dominant sur le lien précité pression démographique–allongement des cotisations, qui donne sa pente au débat. Le conflit existe parce que la rue gouverne, pas parce que les opinions privées diffèrent.

François, 3 avril 2008

Merci François, cela devient plus clair ;-)

arno f., 4 avril 2008

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