Les petites choses utiles du mardi, vol. 75
Pour le volume 75, je recommence à grasser mes sources :
(Dédicacé en dernière instance au rôle de Mélanie Laurent dans Je vais bien, ne t’en fais pas – elle y joue encore mieux que d’habitude.)
- Flash spécial/Noix d’honneur : le président du Cercle des économistes est allé dire la chose suivante au micro de France Info, aujourd’hui vers 11h50 : au sujet des crises financières, et au journaliste qui lui demandait si un parallèle entre 1929 et 2008 avait un intérêt, Jean-Hervé Lorenzi a rétorqué que c’était une forme de
paresse intellectuelle
(verbatim) que d’aller chercher dans l’histoire des explications des situations actuelles.Bravo. Douglas North a donc fait si peu pour sauver l’économie de sa misère a-historique.
- Exhumé au détour d’une recherche n’ayant rien à voir (and now for something completely different), cet entretien avec Annette Wieviorka sur l’engagement du chercheur, qui augmente le corpus de lectures intéressantes disponibles en ligne sur le sujet (cf. les textes et entretiens avec Gérard Noiriel, comme celui-ci).
- Mediapart se met au goût du jour :

- Les chiffres du brain drain américain [via].
- Arthur Goldhammer résume la victoire à double tranchant de la gauche, dans un désert électoral qui n’a pas le taux de participation d’un vote-sanction classique et qui ne lui fournit pas non plus de candidat au leadership national du Parti socialiste. Ni le bipartisme, ni le vote de défiance ne fournissent une politique gouvernementale.
Peut-être serait-il temps d’avoir un(e) premier secrétaire capable de fixer une ligne programmatique interne et de rétablir le système d’alliances de la gauche plurielle à l’égard des Verts (Éric Dupin remarque que ce système convient mieux aux électeurs que l’alliance improbable PS-Modem proposé par Ségolène Royal).
La droite conquiert tout de même la mairie de Langue-de-Bois-sur-Seine, grâce à la théorie du
rééquilibrage
d’Éric Woerth. +19 à droite en 2001, +38 à gauche en 2008, espérons que le ministère du Budget fonctionne sur d’autres types d’équilibres
. - Norman Geras profile un de mes blogueurs favoris, Cosma Shazili. Son dernier texte est une très bonne illustration de ce qu’il publie sur son blog.
- Éconoclaste avait signalé une étude sur la notation au baccalauréat, en signalant que les journalistes avaient bâclé le travail dans leurs recensions des résultats.
En réalité, comme indiqué dans un rebondissement récent, les torts sont partagés et les journalistes n’ont fait que dévaler la mauvaise pente de l’étude. L’étude en question est méthodologiquement déficiente : pour un working paper, c’est-à-dire une publication qui s’affranchit généralement des contraintes de taille et de concision imposées par les revues, l’absence de section sur les sources et les conditions d’exploitation des données est incompréhensible.
Le réductionnisme qui permet à l’auteur de ramener le baccalauréat à une expérience de notation sans tenir compte de l’effet correctif des procédures formelles de mise en commun des examinateurs (qui existent aussi pour d’autres épreuves, comme le brevet des collèges, et qui produisent des effets d’harmonisation ex ante, pas comme un stage de formation) n’est qu’une erreur supplémentaire.
- Varsovie :
- Colin Farrelly sur la préservation de l’état de santé comme problème social.
- Citée dans une chronique de Bertrand Le Gendre, cette étude sur Wikipedia du service de veille scientifique et technologique de l’Institut National de la Recherche Pédagogique. La page sur les
principales critiques
se charge de ramasser toutes les preuves de l’étroitesse d’esprit des médias, de quelques personnalités du monde littéraire, et apparemment de la recherche pédagogique institutionnelle.Le plus amusant reste le mode d’expression des auteurs (
vers un savoir co-construit
,vers une organisation apprenante
et autressavoirs multiformes
etinitiatives duelles
), qui rappelle les efforts désespérés des enseignements d’IUFM pour acquérir un semblant de vernis scientifique. - M. a rédigé ses six petites choses insignifiantes.
- Pour ceux qui ont suivi le débat autour du graphique de l’Observatoire des inégalités et du graphique de Lane Kenworthy [vol. 74], les critiques sont unanimes au sujet de ce dernier : une échelle logarithmique aurait mieux convenu. On retrouve ce point de vue sur le blog de Lane Kenworthy et sur Crooked Timber, ainsi qu’ailleurs.
Ayant cherché et obtenu des précisions sur le graphique de l’Observatoire des inégalités, voici les données utilisées dans le camembert sous forme de tableaux, sources citées. Cela ne clôt certainement pas le débat ; merci à toux ceux qui y ont contribué ! On voit la valeur ajoutée du blog (défini par la présence de commentaires) dans cette discussion que je n’avais pas envisagée, et que je n’aurais pas pu étayer par absence de compétence propre aux sujet.
- Mont Huangshan, Chine :
- In
bedthe office with Jeremy Freese. - Verel falsifie ma critique précédente [vol. 74] envers les analyses électorales de la blogosphère, même si je ne suis pas d’accord vis-à-vis du Front National : malgré les exemples choisis pour son billet, une partie du vote FN-MNR s’est reportée avec succès sur le vote UMP.
- Manix d’Écopublix s’attaque aux inégalités et illustre son texte avec la couverture de l’ouvrage de Richard Wilkinson sur les inégalités de santé (le texte n’est toutefois pas orienté sur ce type d’inégalités).
Je ne connaissais pas la traduction française mais j’ai beaucoup travaillé sur ce type de textes pour des recherches encore en cours, j’étais content de voir que cela intéresse également un public francophone.
- Stanley Clarke, Marcus Miller and Victor Wooten :
- Acid 3 est publié ; briefing.
- Ce petit bout de texte sur le
sens commun
et son usage à tort et à travers dans les exposés de sciences sociales. - Pierre Meneton, pour avoir raconté une banalité à un magazine (le sel est responsable d’une part non négligeable de la mortalité prématurée en France, mais sa défense est bien assurée par les groupes d’intérêt agro-industriels), était attaqué en diffamation par ces mêmes groupes d’intérêt. Il a été relaxé la semaine dernière.
- Google Moon est quand même moins divertissant que Google Earth… Et il y en a d’autres : Google Mars et Google Sky.
- Cet entretien avec un fansubber est fascinant. Il répond en partie à la question : Pourquoi quiconque se retrouverait impliqué dans un travail présentant des coûts horaires, des coûts de coordination et des coûts financiers importants, sans rétribution financière ? L’interviewé écrit :
It’s all about the community
, ce qui invite à lire le papier de Brian Butler et al. qui détaille très bien les phénomènes de crédit/rétribution symbolique dans les communautés en ligne. Plus loin :There has to be that feedback, that positive reinforcement. They want the attention from fans.
;Attention and name recognition… let’s call it the currency of the game.
.On retrouve le même phénomène sur les forums de téléchargement équipés d’une fonction
Thanks
qui permet de rétribuer symboliquement la personne qui fournit initialement la ressource, qui devient partagée par la suite. Le partage lui-même est rémunéré dans les communautés par des titres ou des icônes symboliques qui gratifient les personnes mettant à disposition des volumes de données importants ; inversement, les personnes s’appropriant plus de données qu’elles n’en partagent (seeding/sharing ratio inférieur à 1) se trouvent en sursis. - Lori Nix :

- Le métro russe ; des bâtiments japonais en ruines.
- Une très bonne colonne dans The Guardian sur la tendance actuelle au rejet de la religion. En Europe de l’Ouest, la tendance me semble en partie basée sur la redécouverte des origines darwiniennes de certains comportements dont on attribuait jusque-là la parenté au christianisme – comme l’altruisme (on peut tenir le même raisonnement avec l’islam mais le désenclavement est bien moins évident).
- You ride with Hitler!
- Daniel Little reste l’un des meilleurs vulgarisateurs de sciences sociales en ligne, en particulier sur toutes les problématiques qui peuvent se rapporter à une discussion du structuralisme et de ses grands auteurs.
- Vous le saviez déjà, mais Microsoft crée ses incompatibilités artificiellement [via].

