Les petites choses utiles du mardi, vol. 74
In memoriam Gary Gygax, créateur de Dungeons & Dragons et figure tutélaire du jeu de rôles.
- Marin Dacos (CLEO) publie une excellente enquête
Les pairs et le cluster
, en commençant par les rapports sur les revues et la faiblesse des enquêtes dans ce domaine. Son point numéro 3 est le plus efficace : garbage in, garbage out (GIGO), ce qui s’applique très bien au classementHenriot et Fleuret 2004
pour la science politique. - Le graphique du mois publié par l’Observatoire des inégalités est très parlant (hélas mon insert d’objet Flash a lamentablement échoué dans Firefox, suivre le lien donc).
- Ceci est un lien de complaisance vers le nouveau blog de ma meilleure moitié, qui sera rédigé en angliche. Ce nouveau blog contribue à notre petite constellation personnelle, où j’ai compté une demi-douzaine de blogs à peu près actifs à l’heure actuelle.
- Une journée d’étude sur la publication en sciences sociales – il aurait fallu préciser : en France. La journée promet d’aborder l’internationalisation de la publication mais aucun intervenant ne participe à une revue anglophone, excepté Michel Forsé si l’on compte l’ambivalence Archives européennes de sociologie/European Journal of Sociology.
- Je pense qu’on peut dire sans exagérer que la plus-value de la blogosphère sur le premier tour des élections municipales a été nul ; certes, Versac était cloué au lit, mais ni Lieu Commun ni le blog Libé n’ont produit quoi que ce soit de très intéressant en son absence, sans parler du fait que les contenus se recoupent dans un grand pas en avant vers la pauvreté insigne des commentaires disponibles en ligne – pour le coup, la blogosphère ne donne finalement pas la parole à beaucoup plus de monde que la presse quotidienne nationale ou la radio.
C’est un peu rude mais c’est vrai : par exemple, il n’y a eu aucune originalité lexicale, les termes de la presse, même infondés ou tristement banals, ont été recyclés. Pire, les argumentaires politiques au croisement de la tautologie et de la langue de bois se retrouvent directement dans les opinions qui circulent. Bref, pour la blogosphère, c’est un
scrutin local
agité par unevaguelette
, soit une information 50% incomplète (local ou de second ordre ?) et 50% inexacte (ce n’est pas une vaguelette).Le plus cruel est le manque total de méthodologie (cf. mon commentaire chez Éric Dupin). Les blogueurs ne se sont pas montrés beaucoup plus futés que les journalistes qui ont suivi leur désir de commenter une actualité nationale à partir de jugements quasi-sentimentaux sur un scrutin compliqué (double scrutin, double mode de scrutin), assez loin des résultats effectifs. Qui a sorti, par exemple, les chiffres de 2001, que même Le Monde a délaissé pour afficher ceux de 2007 ? Certes, il y a des exceptions et ce n’était pas facile : le Ministère de l’Intérieur ne propose que des fichiers tableur zippés pour les communes de 9000 habitants et plus. Mais le dossier de la Documentation Française est disponible, même s’il est superbement ignoré.
La prime aux résultats est un bon facteur de notoriété instantanée sur une élection nationale, mais sans cet élément de buzz, les blogs ont fait comme les autres : ils ont agrégé les résultats dans une forme lisible mais sans grand intérêt de mon point de vue. Encore une fois, il y a des exceptions, mais elles ne modifient pas la pente.
- Heureusement il y a cette interview vidéo de Sidney Tarrow pour se rattrapper, où il détaille ses recherches dans le sud de l’Italie et auprès des maires du sud de la France.
Je suis loin d’approuver son enthousiasme méthodologique pour la méthode standard des paired comparisons ou pour le codage systématique
à la Tilly
, mais c’est intéressant de regarder cet entretien comme un témoignage historique de la science politique, même si c’est un peu cruel de présenter Sidney Tarrow en ces termes passés. - Spectaculaires inégalités.
- Le démantèlement du CNRS flotte toujours à l’état de solution-miracle dans la primeval soup gouvernementale, avec ce petit bonus qui consiste à présenter les grands instituts comme une solution importée de success stories étrangères (anglo-américaines).
Ce n’est pas très étonnant : justifier l’existence du CNRS ou, mieux, montrer le rôle moteur qu’il peut jouer dans la relance d’une politique de recherche et d’enseignement supérieur demanderait de faire l’équivalent intellectuel d’un coup à trois bandes au billard, ce que l’organisation du travail gouvernemental ne permet pas. Ensuite, les facteurs de déplacement du débat politique dans un sens ou dans l’autre (idéologie de la majorité, fragmentation des opinions chez les intéressés, action collective déficiente face à la loi LRU, etc.) se combinent très bien dans une concaténation (qui a dit
séquence
?) potentiellement perdante pour le CNRS.
Plein de trucs intéressants me sont passés sous la main sans que je trouve le temps de les noter quelque part (exemple de dernière minute). Il me reste ce regret de ne pas encore disposer d’un moyen d’agréger du contenu facilement, comme un tumblelog le permet, avec un rythme de publication hebdomadaire.
Coïncidence, Écopublix lance une série sur les inégalités, alors même que les deux graphiques cités dans ces petites choses se sont pris une raclée dans les commentaires ci-dessous de la part de la blogosphère économique.