Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Les petites choses utiles du mardi, vol. 74

11 mars 2008 · Petites choses

In memoriam Gary Gygax, créateur de Dungeons & Dragons et figure tutélaire du jeu de rôles.

  • Marin Dacos (CLEO) publie une excellente enquête Les pairs et le cluster, en commençant par les rapports sur les revues et la faiblesse des enquêtes dans ce domaine. Son point numéro 3 est le plus efficace : garbage in, garbage out (GIGO), ce qui s’applique très bien au classement Henriot et Fleuret 2004 pour la science politique.
  • Le graphique du mois publié par l’Observatoire des inégalités est très parlant (hélas mon insert d’objet Flash a lamentablement échoué dans Firefox, suivre le lien donc).
  • Ceci est un lien de complaisance vers le nouveau blog de ma meilleure moitié, qui sera rédigé en angliche. Ce nouveau blog contribue à notre petite constellation personnelle, où j’ai compté une demi-douzaine de blogs à peu près actifs à l’heure actuelle.
  • Une journée d’étude sur la publication en sciences sociales – il aurait fallu préciser : en France. La journée promet d’aborder l’internationalisation de la publication mais aucun intervenant ne participe à une revue anglophone, excepté Michel Forsé si l’on compte l’ambivalence Archives européennes de sociologie/European Journal of Sociology.
  • Je pense qu’on peut dire sans exagérer que la plus-value de la blogosphère sur le premier tour des élections municipales a été nul ; certes, Versac était cloué au lit, mais ni Lieu Commun ni le blog Libé n’ont produit quoi que ce soit de très intéressant en son absence, sans parler du fait que les contenus se recoupent dans un grand pas en avant vers la pauvreté insigne des commentaires disponibles en ligne – pour le coup, la blogosphère ne donne finalement pas la parole à beaucoup plus de monde que la presse quotidienne nationale ou la radio.

    C’est un peu rude mais c’est vrai : par exemple, il n’y a eu aucune originalité lexicale, les termes de la presse, même infondés ou tristement banals, ont été recyclés. Pire, les argumentaires politiques au croisement de la tautologie et de la langue de bois se retrouvent directement dans les opinions qui circulent. Bref, pour la blogosphère, c’est un scrutin local agité par une vaguelette, soit une information 50% incomplète (local ou de second ordre ?) et 50% inexacte (ce n’est pas une vaguelette).

    Le plus cruel est le manque total de méthodologie (cf. mon commentaire chez Éric Dupin). Les blogueurs ne se sont pas montrés beaucoup plus futés que les journalistes qui ont suivi leur désir de commenter une actualité nationale à partir de jugements quasi-sentimentaux sur un scrutin compliqué (double scrutin, double mode de scrutin), assez loin des résultats effectifs. Qui a sorti, par exemple, les chiffres de 2001, que même Le Monde a délaissé pour afficher ceux de 2007 ? Certes, il y a des exceptions et ce n’était pas facile : le Ministère de l’Intérieur ne propose que des fichiers tableur zippés pour les communes de 9000 habitants et plus. Mais le dossier de la Documentation Française est disponible, même s’il est superbement ignoré.

    La prime aux résultats est un bon facteur de notoriété instantanée sur une élection nationale, mais sans cet élément de buzz, les blogs ont fait comme les autres : ils ont agrégé les résultats dans une forme lisible mais sans grand intérêt de mon point de vue. Encore une fois, il y a des exceptions, mais elles ne modifient pas la pente.

  • Heureusement il y a cette interview vidéo de Sidney Tarrow pour se rattrapper, où il détaille ses recherches dans le sud de l’Italie et auprès des maires du sud de la France.

    Je suis loin d’approuver son enthousiasme méthodologique pour la méthode standard des paired comparisons ou pour le codage systématique à la Tilly, mais c’est intéressant de regarder cet entretien comme un témoignage historique de la science politique, même si c’est un peu cruel de présenter Sidney Tarrow en ces termes passés.

  • Spectaculaires inégalités.
  • Le démantèlement du CNRS flotte toujours à l’état de solution-miracle dans la primeval soup gouvernementale, avec ce petit bonus qui consiste à présenter les grands instituts comme une solution importée de success stories étrangères (anglo-américaines).

    Ce n’est pas très étonnant : justifier l’existence du CNRS ou, mieux, montrer le rôle moteur qu’il peut jouer dans la relance d’une politique de recherche et d’enseignement supérieur demanderait de faire l’équivalent intellectuel d’un coup à trois bandes au billard, ce que l’organisation du travail gouvernemental ne permet pas. Ensuite, les facteurs de déplacement du débat politique dans un sens ou dans l’autre (idéologie de la majorité, fragmentation des opinions chez les intéressés, action collective déficiente face à la loi LRU, etc.) se combinent très bien dans une concaténation (qui a dit séquence ?) potentiellement perdante pour le CNRS.

Plein de trucs intéressants me sont passés sous la main sans que je trouve le temps de les noter quelque part (exemple de dernière minute). Il me reste ce regret de ne pas encore disposer d’un moyen d’agréger du contenu facilement, comme un tumblelog le permet, avec un rythme de publication hebdomadaire.

Coïncidence, Écopublix lance une série sur les inégalités, alors même que les deux graphiques cités dans ces petites choses se sont pris une raclée dans les commentaires ci-dessous de la part de la blogosphère économique.

Référence : François, Les petites choses utiles du mardi, vol. 74, Boîte Noire, 11 mars 2008.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/petites-choses/74/.

Discussion

17 commentaires :

Pour les municipales, il y a eu un excellent post sur Écopublix. Sinon, je te rejoins, la méthodologie de façon générale n’est pas allée beaucoup au dessus de celle d’un turfiste.

Alexandre Delaigue, 11 mars 2008

Je ne comprends pas bien le graphique sur les inegalités, ou plutôt je ne dois pas bien comprendre ce qu’il est censé montrer…

Il est carrément tautologique ? Ou pas ?

unkle, 11 mars 2008

Le but du graphique est d’ajuster les représentations ; j’imagine que l’imaginaire collectif se figure des inégalités de revenus moins fortes que ce qu’elles sont.

Ce serait intéressant, d’ailleurs, de faire passer ça en expérience, de faire deviner des coefficients de Gini ou des proportions à des groupes d’adultes.

Alexandre : oui, j’avais noté, mais ça reste périphérique… en revanche c’est une belle explication/illustration de l’électeur médian, déjà mobilisé sur Ardys.

François, 11 mars 2008

Comme d’habitude, l’Observatoire des Inégalités ne donne que l’information qui l’arrange : pourquoi ne pas avoir mis en regard les données en termes de revenu disponible ?

Mathieu P., 11 mars 2008

Tiens, il y en a autant à dire sur le lien « Spectaculaires inégalités ». Sur une distribution log-normale comme l’est celle des revenus, y compris dans des pays beaucoup plus égalitaires, faire un graphique où l’échelle des revenus n’est pas en log n’a aucun sens. Deux possibilités : soit le type n’a pas la première notion de statistique robuste, soit il est de mauvaise foi.

Mathieu P., 11 mars 2008

Deux questions :

  1. À quoi le graphique de l’Observatoire ressemblerait-il en revenu disponible ? Je ne sais pas, la nuance m’échappe, je n’ai aucune donnée en tête.
  2. À quoi le graphique de Kenworthy ressemblerait-il en distribution log-normale ? Je ne saisis pas comment cela pourrait masquer la progression des inégalités de revenu aux États-Unis depuis les années 1980.

François, 11 mars 2008

Pour les municipales, c’est aussi lié au scrutin. Beaucoup de blogs locaux ont montré des analyses intéressantes, au plan local, dans leur coin. Pour l’enjeu national, c’était globalement décevant, oui. Presque plus intéressant sur twitter.

C’est évidemment plus facile de commenter un résultat unique et définitif de manière renseignée que 36000 différents livrés de manière éparse au fil de l’eau.

Pour ma paroisse, il faut que je trouve le temps de finir un billet sur l’évolution du 15ème, maintenant que je n’ai plus 39. Mais c’est pas facile…

versac, 11 mars 2008

En tout cas ne prends pas mon commentaire comme une invitation à rogner sur ton temps de repos ! Bon rétablissement.

François, 11 mars 2008

Pour le graphique de Kenworthy : imaginons un pays ou des gens gagnent 10, et d’autres 100. Le revenu de tout le monde double : les premiers passent à 20, les seconds à 200. Sur un graphique de ce type, avec une échelle de 0 à 200, on verra le revenu des premiers pratiquement stagner, celui des seconds exploser. On aura donc tendance à minorer visuellement les gains des premiers, et à surrévaluer l’évolution des inégalités de revenu.

Sinon, le revenu disponible comprend aussi les revenus de transfert. Si l’on taxe les riches pour verser des allocations aux pauvres, la part de revenu des premiers va baisser, celle des seconds augmenter. Or ce qui compte pour les gens c’est ce qu’ils reçoivent, pas la répartition primaire des revenus.

alexandre delaigue, 11 mars 2008

OK pour le graphique de Kenworthy. En fait le même argument se trouve dans ses commentaires, que je n’ai pas lu ; lui a répondu, mais pas à ça.

Dans ses commentaires quelqu’un cite même les chiffres équivalents… pour la France ! Une présentation par Camille Landais.

François, 11 mars 2008

Je ne reviendrais pas sur Surprenantes inégalités [graphique Kenworthy, NDR] tant il est vrai que cela n’a pas beaucoup de sens de comparer le dernier centile avec le premier quintile. Et soit dit en passant y pas besoin de se prendre des coups de log-normal pour le comprendre (hum!).

Par contre le graphique de l’Observatoire des inégalités présente bien les chiffres du revenu disponible. Alors comme d’habitude on cherche la petite bête, mais il faudrait peut-être vérifier ses infos avant de cracher sur les copains. Bon après moi je dis ça, je dis rien…

Pierre M, 11 mars 2008

Sur les élections municipales, le billet de Frédéric Rolin sur le Modem n’est pas inintéressant.

Gizmo, 11 mars 2008

Pierre M : la note vers laquelle donnait le lien donne que les 20% les plus pauvres touchent 9,6% des revenus, et le graphique de l’Observatoire seulement 8%. De l’autre côté (20% les plus riches), on a 35% dans la note, et 40% dans le graphique. Êtes-vous certain que c’est bien du revenu disponible par unité de consommation ?

Mathieu P., 11 mars 2008

Gizmo : le billet de Frédéric Rolin sur le Modem n’est pas inintéressant, il est faux. La participation varie suffisamment pour permettre des modifications de score sans les reports excentriques que l’auteur présente, c’est un comble, comme une fatalité face aux chiffres.

Sur les communes qu’il cite on peut le montrer sans difficulté : le mouvement Off Center de la droite s’est confirmé, l’électorat FN-MNR vote sur les bulletins UMP alors que le centre-droit se désolidarise.

François, 12 mars 2008

Mathieu P : non, l’anneau présente la répartition du revenu disponible brut, point. Pas le revenu par unité de consommation (niveau de vie). Vous disiez dans votre premier commentaire pourquoi ne pas avoir mis en regard les données en termes de revenu disponible. C’est bien les données en termes de RDB qui sont présentées, pas celles en terme de niveau de vie (RDB/UC). (Tableau 1.2, colonne 2004.)

Pierre M, 12 mars 2008

Comme d’hab’ je me focalise sur des questions formelles sans importance qui dévoilent où est tombé mon niveau d’éco depuis que je ne fréquente plus les mêmes classes lugubres que Mathieu P.

Pourquoi un camembert pour représenter les inégalités ? Je suis naturellement sensible à la rainbow-attitude de l’Observatoire, mais j’avoue que j’ai rarement vu ça… C’est plus du tout à la mode la courbe de Lorenz, le coeff. de Gini et autres calculs interdéciles ? (C’est pour me tenir à la page des dernières tendances des économistes, ’scusez…)

M., 12 mars 2008

M. : c’est un peu pour ça que je suggérais plus haut de faire construire des coefficients de Gini ou des rapports D9/D1 à des piétons pour voir où en est réellement la tendance à sous-estimer les inégalités (si elle existe, mais je soupçonne que oui, malgré les calculs télévisés de Besancenot qui s’exprime quasiment intégralement en années de SMIC ; le Canard avait aussi lancé comme unité de mesure le Kerviel, et j’utilise fréquemment le TEPA quand ça râle autour de moi sur le trou de la Sécu).

François, 12 mars 2008

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