Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Les petites choses utiles du mardi, vol. 68

25 décembre 2007 · Petites choses · Recherche

In memoriam Julien Gracq (bien vu Tlön, la coïncidence est excellente). Pour le cadeau de Noël, allez voir chez l’urgentiste roux.

Nicolas Sarkozy et Mouammar Khadaffi (source : Le Figaro)
Nicolas Sarkozy et Carla Bruni à Disneyland, décembre 2007.

  • Le passage du divorcé de Disneyland au Vatican est amusant. Dans la rubrique Burlesque, il y a le baiser de Jean-Marie Bigard à la main du pape. Dans la rubrique Double-tiroir, il y a Benoît XVI citant Goethe, représentant éternel de la contre-révolution, présent dans le camp ennemi lors de la bataille de Valmy ; Sarkozy, qui semble avoir divorcé d’avec la lecture depuis plusieurs années, ne bronche pas.
  • Dans la même veine, pour vivre un moment anthologique de pathos intellectuel, je recommande l’émission récente d’Alain Jean-Pierre Pernaut Finkielkraut avec Henri Êtes-vous plus français que lui Guaino, cette insulte à l’intelligence humaine. On retiendra notamment l’opposition de mai 68 et des Forces françaises libres (par Guaino, qui d’autre), et le nouveau choix de Sophie : Entre Bedos et Bigard, je refuse de choisir (par Finkie, qui d’autre).
  • Kenneth Arrow soutient le rapport Stern dans la lutte contre le réchauffement climatique.
  • À Milan, les immigrés doivent présenter leurs titres de séjour pour inscrire leurs enfants à l’école. Tant que la Ligue du Nord n’organise pas de summer school
  • This Film Is Not Yet Rated est absolument génial, et si je ne devais conseiller qu’un seul documentaire pour la fin d’année, ce serait celui-ci. La cible est assez facile : la MPAA est un reliquat idéologique de la Guerre froide (après tout même Radio Free Europe émet encore…), qui émula parfaitement les appareils soviétiques d’époque en assurant un contrôle total de l’image de la force militaire américaine (l’équivalent contemporain en Russie est la chaîne télévisée de propagande officielle russe ЗВЕЗДА dirigée par le ministère de la Défense). Que son système de catégorisation des films offre un droit de censure unilatéral à un petit groupe de républicains puritains n’a hélas rien d’anormal. La MPAA censure également les affiches, comme celle-ci, où le critère politique crève les yeux :

    Taxi to the Dark Side

  • Guillaume Dasquié explique les conditions de sa détention, et le mécanisme de pression exercé par le substitut du procureur de la République qui l’a amené à révéler le nom d’une source intermédiaire. Terry Gilliam avait tout perçu à l’avance : Braziiiiil

    Depuis quelques jours, et pour une raison qui m’échappe, je n’arrête pas de redécouvrir la stupidité crasse et l’orgueil tordu du petit bureaucrate. Voici un exemple personnel, en voici un autre, et encore un autre.

  • David Byrne se fait la sombre Cassandre du marché du disque. C’est le meilleur article que j’ai jamais lu sur le sujet, rédigé par un musicien qui plus est, et le texte est entrecoupé de conversations audio sur le sujet ; c’est un modèle de ce qu’un magazine en ligne peut apporter de plus substantiel. L’article contient un excellent graphique sur les changements en cours :

    Music sales from the David Byrne Wired article
    Source: David Byrne’s Survival Strategies for Emerging Artists — and Megastars, Wired, 2007.

    L’article est signé de Byrne lui-même et vaut le détour pour un millier de raisons. La conversation audio avec Brian Eno, par exemple, qui donne le verdict final de l’économie des labels : structurellement inadaptés (stupidly overstaffed) et vidés de leur substance, les labels restent des bailleurs de fonds mais ne représentent rien d’autre que du capital. Je n’ai jamais rien lu de plus vrai sur les labels. Toute ma musique des années 1960-1970-1980 (jazz, rock progressif, hard rock) a été marquée par ses labels et ses maisons de disque : les Columbia sessions de Miles Davis et John Coltrane, Island Records, Metal Blade et les premiers labels indépendants du thrash metal, Bob Rock et Iron Maiden…

    Aujourd’hui, seule la techno entretient encore une relation particulière aux gens qui pressent ses disques, parce que les labels sont de petites structures représentant une poignée de personnes, incluant souvent les artistes eux-mêmes. Certains labels de rock indépendant l’ont parfaitement compris (Thrill Jockey).

  • Darth Potter
  • Qu’est-ce qu’on doit bien dormir en Corée du Nord ; d’autres absurdités sur Strange Maps.
  • Tout le monde chante les louanges de ce programme, qui permet de se débarrasser des protections techniques dans les morceaux achetés sur l’iTunes Music Store. Sauf que, comme toutes les techniques de rip qui utilisent un fichier compressé en point d’entrée, il y aura une perte de qualité audible. Un seul commentaire le précise (generational copy loss) ! Ça me rappelle l’époque où les tarés d’un forum Mac OS X convertissaient leurs bibliothèques en MPEG-4 à partir des fichiers MP3.
  • White—Elephant. Et aussi :

    Indexed

  • Ce qu’explique Enro a le mérite de montrer qu’un indicateur, ou un classement (comme celui le classement de Shangai) peut réussir pour des raisons autres que sa pertinence immédiate. Ces autres raisons incluent la transparence de la méthode de calcul, mais aussi sa relative simplicité, la clarté du classement, la disponibilité des résultats, la régularité de sa mise à jour.

    Le scepticisme organisé n’est pas une propriété naturelle des groupes sociaux (scientifiques, éditeurs, décideurs publics, présidents d’université, journalistes) qui ont besoin de données remplissant ces critères simultanément à celui de la pertinence, qui reste discutable en dernière instance. À l’observation, il apparaît que le seul réel critère de pertinence applicable soit celui de la plausibilité instantanée – si l’indicateur n’est pas réfutable après un énoncé rudimentaire (une forme de face value), sa diffusion est possible, et la dépendance au sentier le rendra de toute manière résistant aux critiques, même acerbes.

  • Via ffffound :
    Tastes of Coffee
  • Si vous êtes accro aux émissions de France Culture, ne ratez pas les deux émissions sur le libéralisme et celles où intervient Maurice Godelier. Les discussions sur le libéralisme sont très intéressantes parce que les intervenants font partie des grands spécialistes (Audard, Manent) que l’on n’entend pas assez. Godelier, quant à lui, est incroyable. Déjà, il me paraît d’une humilité exemplaire. Ensuite, son anthropologie est irrémédiablement tournée vers le monde contemporain (l’écouter parler des terroristes du 11 septembre dans une phrase qui avait commencé avec l’initiation chez les Baruya est irremplaçable). Enfin, la science politique et le département SHS du CNRS doivent beaucoup à son rapport rendu à Chevènement en 1981…
  • Une interview de Charles Tilly, par Daniel Little.
  • Petites choses musicales utiles : So What? (jazz, punk) ; Overkill Sessions! (thrash ; plein de vidéos avec mes commentaires de deux lignes). Je suis assez content de la tournure qu’a pris ce blog. Je ne consulte pas mes stats, et je ne pense pas que Blogger m’en propose de toute manière ; mais je sais qu’Hydragroon est resté presque totalement confidentiel (idem pour Book of Saturday). L’absence de liens vers d’autres auteurs fait partie de l’explication. En tout cas je serai bientôt à une centaine de posts sur Blogger et le système me plaît assez. Il y a aussi cette diversion sur LiveJournal qui rend bien compte de l’éclatement des blogs selon les sphères de copains…
  • Brrrr, fait le militant des Enfants de Don Quichotte rejoignant la Seine à 4ºC. Augustin Legrand était invité aux Matins de France Culture (20 décembre). Le style spectaculaire de son mouvement, en phase avec la tendance et mis à l’honneur dans un récent manuel de politiques publiques, est en rupture franche avec celui de l’autre invité, du Secours Catholique, qui mobilise ses trente ans d’expérience pour produire un discours construit, meaningful (qui fait sens), reliant tous les éléments fournis dans le désordre par les médias.
  • C’est-y-pas-beau la globalisation : Renaud illustré par Final Fantasy.
  • Cruz"
  • Vu le nombre de fois que j’ai cité son prédécesseur dans des volumes précédents, personne ne s’étonnera que je me tourne vers Carnets de santé pour indiquer cet excellent entretien avec François Dubet.
  • Ionesco rencontre Godwin : fascists everywhere ! C’est tout de même plus divertissant que les discussions sur le pouvoir d’achat du prochain trimestre.
  • Visualisation graphique de la guerre en Irak. Et ce n’est qu’une erreur parmi d’autres.
  • Cette histoire est intéressante à plusieurs égards, mais le plus étonnant reste pour moi le côté pénitentiaire de la sanction…
  • La meilleure idée d’application pour cette année : éliminer la frontière entre application en ligne et application sur disque. Mac OS X only. Lifehacker adore également.

Seconde couche :

Nicolas Sarkozy et Mouammar Khadaffi (source : Le Figaro)
Nicolas Sarkozy et Carla Bruni à Disneyland, décembre 2007.

Référence : François, Les petites choses utiles du mardi, vol. 68, Boîte Noire, 25 décembre 2007.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/petites-choses/68/.

Discussion

11 commentaires :

Tu es bien dur avec Finkie… enfin, je te comprends, l’émission sur mai 68 était vraiment navrante.

Merry Christmas.

Samuel, 25 décembre 2007

Ce n’est pas tant la faute de Finkie que de Guaino. Sa rhétorique du relativisme moral, partagée avec le clergé catholique, l’insistance sur les effets délétères du soi-disant effacement des repères (premières lignes du discours de Latran) ont tout de même comme point de passage historique les affiches de la Révolution nationale.

L’analogie a ses limites mais elle fait tout de même sens : la France vaincue, celle qui est tombée dans le discours baverézien consacré, le doit à son manque de confiance dans certains valeurs pérennes (perversion de la valeur-travail par les trente-cinq heures ; dégradation de la cellule familiale, unité de base du discours thatchérien ; dévalorisation de la patrie et du sentiment national).

La politique est plus bordélique que les discours, et c’est le seul intérêt que je porte à Guaino : il est très lisible.

François, 25 décembre 2007

Joyeux Noël François, et merci pour cette jolie petite livraison ;)

Jérémy, 26 décembre 2007

Merci pour le lien vers l’émission de Finkielkraut, qui est vraiment passionnante, comme souvent ! Apparemment tu n’as entendu que Henri Guaino, c’est dommage, parce que ce qu’il y avait aussi Daniel Cohn Bendit, qui dit des choses tout à fait brillantes, et très drôles. Sa réponse à Guaino sur le thème “jouir sans entraves” est un morceau d’anthologie.

Je ne suis pas toujours d’accord avec Finkielkraut, mais son exigence intellectuelle est quand même quelque chose qui fait du bien à entendre… Le traiter de “Jean Pierre Pernaut” c’est d’une mauvaise foi assez comique, surtout quand on écrit ça 3 lignes en dessous de la n-ième blague foireuse sur Sarkozy à Disneyland…

dvanw, 26 décembre 2007

Je ne sais pas si l’émission de Finkguainkrot fait partie de celles dont l’enregistrement s’autodétruit après 48h / 7 jours, mais je suis au loin et en très bas débit pour une semaine, donc ta mission, si c’est encore possible et si tu l’acceptes, consiste à me faire une sauvegarde de celle-ci que je puisse apprécier à la rentrée un intense moment de déploration…

D’autres instructions suivront
–/(opération “Joyeux Noël relativiste”)–

M., 26 décembre 2007

Je crois que c’est Simone Veil qui a le mieux résumé ma pensée sur Guaino : « D’une façon générale, ce que j’apprécie le moins chez Nicolas Sarkozy, c’est ce qui exprime l’influence d’Henri Guaino : cette espèce de faux romantisme teinté de nationalisme. Ce n’est pas du tout ma vision ».

Guaino c’est une pensée qui n’a pas les moyens de ses ambitions.

babybarn007, 27 décembre 2007

Bien vu, Dvanw. Finkielkraut n’entre pas dans le même format idéologique que notre hôte, alors on l’insulte. Pour les autres, voici le programme : .

almac, 27 décembre 2007

Dvanw : la haute stature intellectuelle de Finkielkraut n’est pas en cause. Et j’ai bien entendu Daniel Cohn-Bendit.

Il n’y avait aucun humour dans ma remarque sur Disneyland : comme l’a souligné un journaliste du Canard, Sarkozy n’est pas un lecteur. C’est amusant, ceci dit, de voir Finkielkraut défendre la ligne anti-intellectualiste de la droite (qui prolonge une tendance historique de plusieurs décennies).

François, 4 janvier 2008

C’est amusant, ceci dit, de voir Finkielkraut défendre la ligne anti-intellectualiste de la droite. Bonne remarque.

AF a été abusé par certains discours écrits par Guaino, qui concédons-le furent de haute tenue (discours de Nîmes). Toutefois, vous oubliez la charge d’AF dans Le Monde contre les escapades en yacht de NS (vous faites honte). Ce serait donc caricaturer les idées d’AF en le plaçant systématiquement dans un camp (cf. les matins de France Culture avec Demorand). Je crois surtout qu’AF, comme bon nombre d’anti-modernes, sont des grands déçus de la gauche, le PS étant devenu un parti de classe petit-bourgeois, conservateur et animé par le goût de la vindicte d’extrême-gauche.

Bien à vous.

almac, 4 janvier 2008

Popopohh !!! Du grand art ces petites choses utiles du mardi, du grand art ! Je consulte cette page remplie de pépites avec un peu de retard, mais dieu que c’est bon ! Grand merci !

Est-ce que tu as le lien vers l’emission avec Godelier ?

Pierre M, 10 janvier 2008

Pierre : voici le lien mais les archives de Radio France ne restent que brièvement en ligne (j’avais posé la question, on m’a répondu que c’était un accord passé avec l’INA qui provoquait l’enterrement rapide des émissions ; avant, certaines émissions restaient en ligne très longtemps, comme l’Université de Tous les Savoirs ; dans tous les cas de figure l’intérêt général me semble assez mal cadré dans la réglementation, je crois que ce sont surtout les intérêts particuliers de l’INA et de son monopole sur l’archivage des émissions qui priment).

Almac : je connais moins bien le personnage que vous. Concernant les matins de Demorand, vous voulez parler de France Inter, je pense.

François, 12 janvier 2008

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