Les petites choses utiles du mardi, vol. 68
In memoriam Julien Gracq (bien vu Tlön, la coïncidence est excellente). Pour le cadeau de Noël, allez voir chez l’urgentiste roux.

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni à Disneyland, décembre 2007.
- Le passage du divorcé de Disneyland au Vatican est amusant. Dans la rubrique
Burlesque
, il y a le baiser de Jean-Marie Bigard à la main du pape. Dans la rubriqueDouble-tiroir
, il y a Benoît XVI citant Goethe, représentant éternel de la contre-révolution, présent dans le camp ennemi lors de la bataille de Valmy ; Sarkozy, qui semble avoir divorcé d’avec la lecture depuis plusieurs années, ne bronche pas. - Dans la même veine, pour vivre un moment anthologique de pathos intellectuel, je recommande l’émission récente d’Alain
Jean-Pierre Pernaut
Finkielkraut avec HenriÊtes-vous plus français que lui
Guaino, cette insulte à l’intelligence humaine. On retiendra notamment l’opposition de mai 68 et des Forces françaises libres (par Guaino, qui d’autre), et le nouveau choix de Sophie :Entre Bedos et Bigard, je refuse de choisir
(parFinkie
, qui d’autre). - Kenneth Arrow soutient le rapport Stern dans la lutte contre le réchauffement climatique.
- À Milan, les immigrés doivent présenter leurs titres de séjour pour inscrire leurs enfants à l’école. Tant que la Ligue du Nord n’organise pas de summer school…
-
This Film Is Not Yet Rated est absolument génial, et si je ne devais conseiller qu’un seul documentaire pour la fin d’année, ce serait celui-ci. La cible est assez facile : la MPAA est un reliquat idéologique de la Guerre froide (après tout même Radio Free Europe émet encore…), qui émula parfaitement les appareils soviétiques d’époque en assurant un contrôle total de l’image de la force militaire américaine (l’équivalent contemporain en Russie est la chaîne télévisée de propagande officielle russe ЗВЕЗДА dirigée par le ministère de la Défense). Que son système de catégorisation des films offre un droit de censure unilatéral à un petit groupe de républicains puritains n’a hélas rien d’anormal. La MPAA censure également les affiches, comme celle-ci, où le critère politique crève les yeux :

- Guillaume Dasquié explique les conditions de sa détention, et le mécanisme de pression exercé par le substitut du procureur de la République qui l’a amené à révéler le nom d’une source intermédiaire. Terry Gilliam avait tout perçu à l’avance : Braziiiiil…
Depuis quelques jours, et pour une raison qui m’échappe, je n’arrête pas de redécouvrir la stupidité crasse et l’orgueil tordu du petit bureaucrate. Voici un exemple personnel, en voici un autre, et encore un autre.
- David Byrne se fait la sombre Cassandre du marché du disque. C’est le meilleur article que j’ai jamais lu sur le sujet, rédigé par un musicien qui plus est, et le texte est entrecoupé de conversations audio sur le sujet ; c’est un modèle de ce qu’un magazine en ligne peut apporter de plus substantiel. L’article contient un excellent graphique sur les changements en cours :

Source:David Byrne’s Survival Strategies for Emerging Artists — and Megastars
, Wired, 2007.L’article est signé de Byrne lui-même et vaut le détour pour un millier de raisons. La conversation audio avec Brian Eno, par exemple, qui donne le verdict final de l’économie des labels : structurellement inadaptés (stupidly overstaffed) et vidés de leur substance, les labels restent des bailleurs de fonds mais ne représentent rien d’autre que du capital. Je n’ai jamais rien lu de plus vrai sur les labels. Toute ma musique des années 1960-1970-1980 (jazz, rock progressif, hard rock) a été marquée par ses labels et ses maisons de disque : les Columbia sessions de Miles Davis et John Coltrane, Island Records, Metal Blade et les premiers labels indépendants du thrash metal, Bob Rock et Iron Maiden…
Aujourd’hui, seule la techno entretient encore une relation particulière aux gens qui pressent ses disques, parce que les labels sont de petites structures représentant une poignée de personnes, incluant souvent les artistes eux-mêmes. Certains labels de rock indépendant l’ont parfaitement compris (Thrill Jockey).

- Qu’est-ce qu’on doit bien dormir en Corée du Nord ; d’autres absurdités sur Strange Maps.
- Tout le monde chante les louanges de ce programme, qui permet de se débarrasser des protections techniques dans les morceaux achetés sur l’iTunes Music Store. Sauf que, comme toutes les techniques de rip qui utilisent un fichier compressé en point d’entrée, il y aura une perte de qualité audible. Un seul commentaire le précise (generational copy loss) ! Ça me rappelle l’époque où les tarés d’un forum Mac OS X convertissaient leurs bibliothèques en MPEG-4 à partir des fichiers MP3.
- White—Elephant. Et aussi :
- Ce qu’explique Enro a le mérite de montrer qu’un indicateur, ou un classement (comme celui le
classement de Shangai
) peut réussir pour des raisons autres que sa pertinence immédiate. Ces autres raisons incluent la transparence de la méthode de calcul, mais aussi sa relative simplicité, la clarté du classement, la disponibilité des résultats, la régularité de sa mise à jour.Le scepticisme organisé n’est pas une propriété naturelle des groupes sociaux (scientifiques, éditeurs, décideurs publics, présidents d’université, journalistes) qui ont besoin de données remplissant ces critères simultanément à celui de la pertinence, qui reste discutable en dernière instance. À l’observation, il apparaît que le seul réel critère de pertinence applicable soit celui de la plausibilité instantanée – si l’indicateur n’est pas réfutable après un énoncé rudimentaire (une forme de face value), sa diffusion est possible, et la dépendance au sentier le rendra de toute manière résistant aux critiques, même acerbes.
- Via ffffound :

- Si vous êtes accro aux émissions de France Culture, ne ratez pas les deux émissions sur le libéralisme et celles où intervient Maurice Godelier. Les discussions sur le libéralisme sont très intéressantes parce que les intervenants font partie des grands spécialistes (Audard, Manent) que l’on n’entend pas assez. Godelier, quant à lui, est incroyable. Déjà, il me paraît d’une humilité exemplaire. Ensuite, son anthropologie est irrémédiablement tournée vers le monde contemporain (l’écouter parler des terroristes du 11 septembre dans une phrase qui avait commencé avec l’initiation chez les Baruya est irremplaçable). Enfin, la science politique et le département SHS du CNRS doivent beaucoup à son rapport rendu à Chevènement en 1981…
- Une interview de Charles Tilly, par Daniel Little.
- Petites choses musicales utiles :
So What?
(jazz, punk) ; Overkill Sessions! (thrash ; plein de vidéos avec mes commentaires de deux lignes). Je suis assez content de la tournure qu’a pris ce blog. Je ne consulte pas mes stats, et je ne pense pas que Blogger m’en propose de toute manière ; mais je sais qu’Hydragroon est resté presque totalement confidentiel (idem pour Book of Saturday). L’absence de liens vers d’autres auteurs fait partie de l’explication. En tout cas je serai bientôt à une centaine de posts sur Blogger et le système me plaît assez. Il y a aussi cette diversion sur LiveJournal qui rend bien compte de l’éclatement des blogs selon les sphères de copains… - Brrrr, fait le militant des Enfants de Don Quichotte rejoignant la Seine à 4ºC. Augustin Legrand était invité aux Matins de France Culture (20 décembre). Le style spectaculaire de son mouvement, en phase avec la tendance et mis à l’honneur dans un récent manuel de politiques publiques, est en rupture franche avec celui de l’autre invité, du Secours Catholique, qui mobilise ses trente ans d’expérience pour produire un discours construit, meaningful (qui fait sens), reliant tous les éléments fournis dans le désordre par les médias.
- C’est-y-pas-beau la globalisation : Renaud illustré par Final Fantasy.

- Vu le nombre de fois que j’ai cité son prédécesseur dans des volumes précédents, personne ne s’étonnera que je me tourne vers Carnets de santé pour indiquer cet excellent entretien avec François Dubet.
- Ionesco rencontre Godwin :
fascists everywhere
! C’est tout de même plus divertissant que les discussions sur le pouvoir d’achat du prochain trimestre. - Visualisation graphique de la guerre en Irak. Et ce n’est qu’une erreur parmi d’autres.
- Cette histoire est intéressante à plusieurs égards, mais le plus étonnant reste pour moi le côté pénitentiaire de la sanction…
- La meilleure idée d’application pour cette année : éliminer la frontière entre application en ligne et application sur disque. Mac OS X only. Lifehacker adore également.
Seconde couche :

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni à Disneyland, décembre 2007.