Les petites choses utiles du mardi, vol. 67
Comme je l’expliquais à une voisine britannique, imagine Tony Blair dumping Cherie for Kate Moss. Carla Bruni [fig. 1] est-elle capable d’apporter le fameux point de croissance qui nous manque ?
En attendant, plein de petites choses, avec une pensée toute particulière pour le régime politique suisse et une autre pour le régime politique américain :
- Télévision gratuite à la carte. Avec par exemple Panorama, une vraie institution ici. Ah oui, pardon : c’est de la BBC qu’il s’agit, et le site n’est disponible que depuis le territoire de résidence du contribuable britannique.
- Vous le savez, les petites choses musicales utiles se sont délocalisées depuis quelques volumes ; ne ratez pas le dernier concert de Led Zeppelin.
- Les vieux briscards de lecteurs que vous êtes se souviendront du vol. 29 des petites choses utiles, qui signalait l’existence d’un
blog de policier
. Le propriétaire m’informe que le blog repart :
Dès les premières minutes du contrôle, alertée par le 2 tons, une foule s’était formée depuis les tours crasseuses.
On retrouve exactement le phénomène décrit par Romain Gary dans Chien blanc au sujet des ghettos noirs où la population passe la journée sur les marches d’escalier, crevant de désœuvrement, guettant le moindre événement susceptible de donner un sens à l’attente.
Dans ma sociologie de comptoir, les blogs ont un rôle crucial à jouer dans la découverte de certains milieux professionnels : policier, avocat, inspecteur du travail (censuré), médecin… Les contraintes pesant sur les auteurs sont assez fortes, mais leur témoignage a une très grande valeur car ce sont des milieux difficiles à pénétrer sans franchir une barrière à l’entrée qui prend parfois plusieurs années.
Dans d’autres cas de figure, c’est la marginalité du métier qui donne sa valeur particulière au témoignage, avec ses distorsions. L’exemple le plus frappant offert par le réseau a été la prostitution ; je me souviens aussi de blogs d’adolescents en prison (pas le fameux Romain, d’autres beaucoup plus authentiques en termes de parcours).
- Edward Tufte poste ses vidéos sur Youtube :
- Le silence médiatique qui nimbe l’exclusion de l’opposition russe du processus électoral est plutôt désobligeant pour les porteurs de cartes de presse, mais rien ne me sidère plus que la logique standard de Matignon. Mes italiques :
Nous accueillons aujourd’hui Mouammar Khadafi [avec la banane jusqu'aux oreilles et le tapis rouge double épaisseur, NDLR] parce qu’il a libéré les infirmières bulgares
[vol. 46]).Le terme exact est
relâcher
, cher homonyme. La libération est réservée à ceux qui ne se rendent pas responsables des conditions de captivité en premier lieu. Exemples corrects : Cécilia Sarkozy s’est récemment libérée de ses obligations électorales et maritales ; les FARC ne font pas mine de relâcher leurs otages. Exemple incorrect : la Waffen-SS libère Dachau à la nuit tombée.On retiendra par ailleurs les noms de quelques grands démocrates siégeant à l’Assemblée nationale (mes soulignements et rajouts) :
Au bureau du groupe UMP, c’est la bronca.
Les Américains, les Russes, les Allemands, les Italiens se pressent à Tripoli, la France ne peut être absente
, tente sans succès Olivier Dassault [vendeur d'armes, signataire de plusieurs propositions de loi visant à rétablir la peine de mort pour certains crimes], qui rêve de vendre des Rafale. Silence consterné de ses pairs.Kadhafi n’est plus le même qu’il y a vingt ans et a soif de respectabilité. Il lit d’ailleurs Montesquieu
, renchérit Patrick Ollier [opposant au PACS, signataire de pétitions homophobes], président du groupe d’amitié France-Libye. Rires amers de ses collègues. Pierre Lellouche [soutien à l'intervention militaire en Irak, spécialiste de la transformation de l'anti-sionisme en anti-sémitisme] vole à son secours :Même Itzhak Rabin m’avait dit qu’au fond, cela pouvait valoir la peine d’avoir serré la main d’Arafat.
Face à eux, un mur.ll ne manque que les chefs de file des droits de l’homme Christian Vanneste [cartésien hétérosexuel du Lévitique, vol. 38, et surtout Phersu] et Thierry Mariani [qui aime son prochain comme lui-même, sauf les jeunes et les sans-abri, vol. 42].
- Café des Sciences, an 1. On trouve à présent du contenu original et une interface très lisible. Venez nombreux ! Le côté ludique des mathématiques me fascine. L’effet perplexifiant de la logique me fascine tout également. Ce Café est une source perpétuelle de questions intrigantes.
- La médecine ne peut pas servir à déterminer le sort des immigrés. La pétition de Médecins du Monde peut être signée sur plusieurs motifs, mais je retiens celui-ci : le soin doit rester désencastré des politiques répressives.
- Jean Daniel sur Albert Camus. La façon dont Paris a traité Camus reste un bon indicateur du crétinisme sirupeux qui inonde les milieux qualifiés d’intellectuels de la capitale.
- Tracks chronique le
33
, un groupe de skaters Jackass basé à Grenoble et immanquable si vous suivez le trajet graphique qu’ils ont laissé un peu partout sur les murs de la ville. 
AIDS in Mexico, 1997.- Riches et pauvres se partagent l’espace. On aperçoit Mumbai, où nous atterrirons fin décembre. certains clichés utilisent intelligemment Google Maps pour donner un second relief à la ségrégation spatiale.
- Quelques bribes de débat sur le constructivisme. La plaie des sciences sociales est vraiment le manque de considération sérieuse pour les théories rivales : les opposants au relativisme semblent aussi se charger de définir le point de vue des relativistes ! Et se plantent, évidemment.
- Grad Skool Rulz, l’essentiel en quelques lignes. (Si vous n’avez pas idée de ce que cela peut être, vous n’en avez pas besoin : passez à l’item suivant.)
Trente ans de désespérance en banlieue
:
Le président paraît culturellement incapable de saisir ce que peut être la souffrance des gens au chômage, des gens qui sont en permanence sous surveillance policière. Car s’il y a une haine si forte d’une partie des jeunes de banlieue contre la police, c’est parce qu’ils connaissent depuis leur adolescence des contrôles d’identité. Une population qui est en permanence traitée en suspect ne peut nourrir que de la haine.
Le chômage et les discriminations (dont celles devant l’emploi) ont littéralement laminé les banlieues, ce à quoi certains semblent penser que le survol d’hélicoptères est une solution. Comme dans
le choc et l’effroi
? Comme les sirènesJéricho
sur les Stukas pendant la guerre d’Espagne ? Ou comme Wagner embarqué sur les ailes de Coppola ?Dans les années à venir, un policier restera à terre. C’est une prédiction sans mérite, le phénomène est inévitable dans le climat actuel. Un îlotier, jeune puisque la moyenne d’âge des commissariats de zones sensibles fait penser à Sa Majesté des Mouches, s’éloignera de son groupe en courant après deux jeunes refusant un contrôle de papiers. Sa tête heurtera un bord de trottoir, ou une chute dans un escalier sera sa dernière. La famille sera la seule à payer une politique de militarisation de la paix civile dans les banlieues.
Le porte-parole du gouvernement n’hésitera alors pas à appeler à la responsabilisation des racailles égorgeant des moutons dans leurs baignoires avec l’aide de leurs sœurs excisées. Car la France n’a rien à se reprocher, pas même l’Holocauste. Mieux vaut qu’elle ne s’excuse pas – certaines choses n’expliquent pas. Opération Kärcher Immuable, le coup de confiance pour les banlieues.

- La traite négrière a-t-elle ruiné l’Afrique ? C’est à peu près ce que l’on peut observer sur le plan économique : le counterfactual a l’air de fonctionner [shorter, via]. Rien de très nouveau, sinon la quantification de l’écart créé par la subordination du continent à des puissances étrangères.
- Campus américains moches. Mon campus rentrerait facilement dans le classement : le béton stalino-corbusien n’a aucune excuse.
- Kant Attack Ad.
I am Friedrich Nietzsche and I approve this message
. Les élections sont encore le seul côté de la politique américaine dont on peut tirer un sourire. Le reste est d’un macabre peu efficace sur les zygomatiques. PZ Myers/Pharyngula, dans un sombre commentaire du dernier discours illuminé et finalement inquiétant de Mitt Romney :
We are not in the forefront of civilized nations. As the Religious Right has risen ascendant, we have launched a pre-emptive, unjust war against Iraq; our government threatens another crusade against Iran; we have endorsed torture; we have compromised our own civil liberties; we have seen science belittled and diminished in favor of theocratic ideology; our educational system is being starved to death; the gulf between the rich and poor has steadily widened; and the selfishness of the wealthy has led to the erosion of our essential infrastructure. We have become a banana republic in mentality with the largest armory in the world.
- This is not a society you want to either live or have your kids live in. A society where state propaganda creeps in student essays and where a mistake from your university finance department puts a halt to your cancer treatment. The two incidents look like epiphenomenal horror stories but have structural explanations.
- Le bonheur des noms de domaine : confiseries françaises ou power metal suédois ?
- Petite chose technique : je viens de tester dans la même journée le système de mise à jour de Microsoft Office 2004 et OmniGraffle 5 (beta 2, 2007). Le premier est l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire, le second est parfait, vraiment parfait.
- Autre petite chose technique sans grand intérêt : Google Knowledge. Eu égard au niveau ambiant, on ne peut pas décourager ce type d’initiative. Le seul intérêt immédiat est que les articles seront plus structurés que les articles Wikipedia. On peut aussi espérer que les articles demandant une bonne dose d’objectivité seront de meilleure qualité.