Les petites choses utiles du mardi, vol. 47
Il y a celles de Baptiste, de Jérôme, et d’Amanda (en standby). Voici les miennes (note aux lecteurs attentifs : dû au rythme de publication pas toujours très régulier, les petites choses utiles ont déjà soufflé leurs bougies le 10 janvier 2007 – vol. 1 – et ont méchamment pris du poids avec le temps).
Academia
- L’économiste Éric Maurin a ouvert un blog sur la plateforme du Nouvel Observateur. Les trois textes déjà en ligne ont du mordant, du tonus, en particulier celui sur le chômage : comme l’annonce Éconoclaste, c’est une nouvelle excellente addition à la blogosphère économique.
Seul bémol : le choix malheureux de la plateforme, alourdie par la publicité, mais qui a été guidé par des considérants qui nous échappent. En effet, Éric Maurin n’est pas tout seul à avoir créé son blog sur
nouvelobs.com: il y a aussi la moitié de la République des Idées (Philippe Askenazy, François Dubet, Martin Hirsch, Thierry Pech) et quelques autres, comme Michel Onfray. D’un coup, la blogosphère universitaire/intellectuelle vient de prendre du volume. - J’ai définitivement arrêté mon Top 3 des sources d’informations francophones en ligne sur la santé, sans ordre particulier : Annuaire Sécu, Pratiques en Santé, Questions de Santé. Cette dernière signale le lancement d’Hôpitaux Magazine. Santé et Société, avec :
- un éditorial d’Yves-Charles Zarka (coïncidence, un de ses bouquins était au programme du concours de Sciences Po Grenoble quand je l’ai passé en 2001 – je lui avais fait dédicacer pour l’offrir à mon prof-préparateur),
- un entretien avec Xavier Bertrand (où ce dernier, actuellement porte-parole de Nicolas Sarkozy, dit ne pas croire à un effet partisan sur les politiques de santé :
je crois que ce domaine échappe au clivage traditionnel gauche/droite
– ce que le reste de l’entretien dément), - un entretien avec Claude Évin (réalisé par Denise Silber, du blog éponyme), et
- un point général sur le système de santé français.
- Le livre de Thierry Vedel sur
Comment devient-on président(e) de la République ? Les stratégies des candidats
est sorti. - Pierre-Yves Geoffard juge sans complaisance le ticket modérateur, l’outil de
responsabilisation du patient
, et dont le degré de pertinence varie defaible
ànégatif
(ce sont mes termes, pas les siens). - Un documentaire fait à partir d’entretiens avec des chercheurs sera bientôt diffusé sur le site du CNRS, dans le cadre de la récente journée
Science et société en mutation
[vidéos, site, programme, compte-rendu]. - Le Monde publie une réponse à la tribune confondante qu’il avait publié sur le changement climatique. On y retrouve la même idée qu’un lecteur avisé avait déja avancé dans les petites choses précédentes [vol. 46, commentaire] :
A l’appui de ce dernier point [le consensus des spécialistes ne prouve rien, ils peuvent se tromper tous ensemble], Serge Galam en appelle à l’histoire des sciences : Galilée, affirme-t-il, avait raison de penser la Terre ronde quand le consensus la voyait plate. Mais ce qui s’est joué à l’époque n’était nullement la sphéricité de la Terre, dont tout le monde était convaincu depuis jolie lurette, mais sa rotation autour du Soleil ! C’est peut-être un détail (encore que, pour un épistémologue…), mais il indique tout de même un certain relâchement intellectuel chez notre collègue, relâchement présent aussi dans les deux autres points de l’argumentation. N’est pas Galilée qui veut.
- De peur que l’Histoire ne s’en souvienne pas, Éconoclaste nous rappelle que la France aura eu un ministre de l’Économie et des Finances incapable de torcher une règle de trois.
Faut-il ranger l’économie politique dans la section Academia
ou Politikôn
? À vous de voir, exemples à l’appui :
-
Shorter OCDE :
vos réformes, c’est bien, mais pas assez
. Dans le texte :13/02/2007 - With a number of the world’s most advanced countries finally shaking off the sluggish economic growth of recent years, now is the time to step up, not slacken, the pace of reform, according to the latest edition of the OECD’s annual Going for Growth report.
In a preface to the report, the OECD’s Chief Economist, Jean-Philippe Cotis, cautions that cyclical buoyancy in continental Europe and Asian OECD countries must not lead to complacency. “Governments should resist the temptation to ease up on reforms aimed at boosting productivity and creating more jobs”, says Mr.Cotis.
Notez la différence de titrage du communiqué de presse français :
Le retour à la croissance économique doit servir aux réformes, selon l’OCDE
. Les deux communiqués ont été émis à l’occasion de la sortie du rapport Going for Growth 2007, qui est une forme de rapport Camdessus. -
Éconoclaste signale la tribune d’Esther Duflo dans Libération, où celle-ci reprend en substance les conclusions de l’opuscule #7 (Askenazy et Weidenfeld) du Cepremap, pour montrer comment la droite gouvernementale (désormais impliquée dans la campagne de la droite qui rupture tranquillement son frein) a miné le pouvoir d’achat des classes défavorisées.
Le Ministère des PME (dir. Renaud Dutreil, au pouvoir également sous Raffarin) n’a pas apprécié qu’on l’accuse de faire de la politique de la rente et s’est signé d’une note de lecture, introuvable mais reprise plus loin. La note ministérielle se finit de la manière suivante :
Ce florilège d’erreurs manifestes, d’approximations et d’interprétations, qui n’est qu’un extrait parmi d’autres du même acabit, fait plus que laisser planer un doute sur le sérieux méthodologique de cette étude. Il est heureux de lire dans l’avertissement que le texte n’engage que ses deux auteurs, dédouanant l’ENS et le CEPREMAP dont le sérieux scientifique eut pu être écorné par un tel cortège. Il semble évident à la lecture de cet ouvrage que les auteurs ont beaucoup travaillé sur des sources de deuxième ou troisième main, sans chercher à vérifier ni leur pertinence ni leur exactitude. Pourquoi une telle légèreté dans une démarche qui se voulait scientifique, et qui, de fait, doit plutôt être rangée au rayon farces et attrapes d’un obscur bazar ? A force de vouloir démontrer n’importe comment, on sombre dans la mauvaise caricature et on obtient un produit fini dont la rigueur scientifique est moindre que celle d’un reportage photographique réalisé par un paparazzo car lui, au moins, se contente de montrer ce qu’il a volé.
L’agressivité en moins, les auteurs ont répondu point par point (fisking). Je viens de la lire en entier, c’est parfois très amusant :
- Puisque nous en sommes à ce niveau du débat, “aléa” est du genre masculin.
- D’un point de vue méthodologique, il est difficile de reprocher de ne pas tenir compte d’une étude non publique.
- Panorama Points de Vente est une source commerciale destinée aux acteurs du secteur. Elle offre une photographie à une date donnée des magasins existants. Son objet n’est pas de construire des séries d’emploi. Nous préférons nous baser sur l’organisme statistique de référence pour l’emploi i.e. l’INSEE. […] Si la DCASPL considère Panorama Points de Vente comme une meilleure source, l’INSEE et les partenaires sociaux devraient en être informés.
L’honneur est sauf, à une erreur de lecture près, le Ministère n’a pas su émettre une seule critique pertinente sur l’étude visée. Espérons que la publicité occasionnée tournera l’attention de la presse et de la blogosphère vers le Cepremap.
Politikôn
- Le système de santé continue à monter dans les priorités électorales américaines.
- Patrick Artus donne un aperçu des faiblesses présentes dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle. Je retiens surtout cette phrase terriblement juste :
On s’intéresse plus au salaire de ceux qui ont un emploi qu’à l’emploi de ceux qui n’en ont pas
. Posez les termes de l’équation pour un homme politique. Les chômeurs ne votent pas, ne se mobilisent pas, et afficher toute forme de sympathie à leur égard sera rapidement descendu en flèche par les partisans de lavaleur-travail
, généralement en appliquant la tactique lepéniste qui consiste à placer un chômeur antipathique et irresponsable en première ligne médiatique.Alexandre Delaigue note sur Éconoclaste qu’il est d’autant plus dommage
qu’il y ait tant de bons économistes français proches du parti socialiste, mais qu’ils soient si peu écoutés
. Certaines propositions font toutefois leur chemin : Martin Hirsch a par exemple réussi à glisser sa solution à la poverty trap, le RSA (Martin Hirsch n’est pas exactement un économiste, mais quand même ; Artus soutient par ailleurs sa proposition).Notons pour finir que les candidats négligent terriblement les deux moteurs/soutiens indirects de la croissance : la santé et l’éducation. Patrick Artus toujours :
Les deux programmes comportent-ils des lacunes communes ?
Aucun des deux ne s’intéresse sérieusement à l’université ou à l’école. 100 000 jeunes quittent l’université sans diplôme et 100000 autres en sortent avec un diplôme qui ne permet pas de trouver un emploi. C’est une proportion énorme, plus de 40 % des entrants à l’université. Qui dénonce ce massacre ? Qui parle du contenu de l’enseignement au collège et au lycée ? Qui aborde la question de l’évaluation des enseignants ou celle de l’organisation de la recherche ? Personne.
Danton a déclaré qu’après le pain, l’éducation est le premier besoin d’un peuple. Marc Bloch a rédigé un texte classique sur la réforme de l’enseignement. Que faut-il de plus ?
- Le blog
La plume et le bistouri
réunit un chirurgien orthopédique syndicaliste et un journaliste de Libération. Son lancement est récent mais le contenu est déjà bourré de petits détails intéressants sur la vie politique de la santé, et si les commentaires ne volent pas très haut, on y trouve aussi quelques perles [exemple]. Merci Enro de m’avoir signalé ce blog.Le blog permet de découvrir certaines spécificités de la profession médicale, qui est une des rares où les syndicats menacent ouvertement de prendre des mesures de rétorsion illégales (comme récemment, retarder l’envoi des ordonnances électroniques). En parallèle, les menaces des enseignants de ne pas organiser de bac blanc ne fait pas frémir. La profession médicale est aussi l’une des seules qui court le risque de s’humilier collectivement (le Conseil de l’Ordre et ses instances régionales veillent toutefois à condamner ces comportements) :
Le 28 novembre dernier, au cours des Journées annuelles d’éthique, Didier Sicard, professeur de médecine à Cochin, déclarait : « J’ai honte d’être médecin. » Le président du Comité consultatif national d’éthique réagissait ainsi au refus de médecins de recevoir et de soigner des malades bénéficiaires de la couverture maladie universelle, la CMU, et de l’aide médicale d’Etat, l’AME.
Éric Favereau signale également que, sur les questions de santé, le clivage gauche/droite est clairement marqué. En témoignent le programme de Ségolène Royal, très axé sur la prévention, et celui de Nicolas Sarkozy (récemment vaincu par les psyschiatres), plus préocuppé par la
responsabilisation du patient
et la revalorisation tarifaire.
Le Sénat a trouvé la solution aux risques sanitaires de grande ampleur
:
B. UN ÉTABLISSEMENT PUBLIC CONSACRÉ À LA LUTTE CONTRE LES RISQUES SANITAIRES EXCEPTIONNELS EST CRÉÉ
Face à un problème P, créer un établissement public consacré à la lutte contre P
. La cape de Fred Vargas était quand même plus inventive.
Ars Technica
- C’est amusant cette suspension d’antenne d’Alain Duhamel, à laquelle agrandement participé Dailymotion, que France Info reconnaît désormais comme une source banalisée de mini-scandales en images [vidéo incriminée]. Voilà un représentant des médias traditionnels (éditorialiste radio et presse écrite) victime de l’incarnation même de la modernité (la vidéo en streaming sur Internet). Au milieu, en trait d’union, il y a le blog d’un journaliste, Guy Birenbaum, plutôt agacé par la tournure des choses. Le rapprochement avec les
35 heures au collège
de Ségolène Royal prête également à sourire.Il reste un pan de l’histoire que je ne comprends pas très bien :
- Selon Alain Duhamel, la direction de France 2 a été avertie de l’existence de la vidéo par
la Société des Journalistes de France 2, de[s] syndicalistes
. Plus loin, il précise :Je dirais que j’ai trouvé que la société des rédacteurs a été minable à France 2 mais elle l’a toujours été.
On ne voit pas très bien de qui il est question : Société des Rédacteurs ou Journalistes ? Syndicats ? - Toujours est-il que la Société des Journalistes de France 2 a réagi :
À aucun moment, a souligné Jacques Cardoze, la SDJ “ne s’est exprimée au sujet de son confrère concernant son intervention de novembre auprès des étudiants de Sciences Po”. Selon la SDJ, M. Duhamel “a sans doute confondu la Société des Journalistes de France 2 et un ou plusieurs syndicats de la chaîne”.
(AFP). Lesquels ? - On ne trouve aucune information sur Internet, le sujet est totalement opaque, même pour la Direction du Développement des Médias, sauf que la même SDJ a une histoire de dénonciations contre le mariage de Béatrice Schönberg ou la nouvelle émission de Christophe Hondelatte. Elle a également demandé divers renvois.
Juste en passant, ne ratez pas la litanie misérabiliste du Monde qui fait semblant de découvrir les ambiguïtés et les difficultés quotidiennes du métier de journaliste politique (sa rédaction sait pourtant qu’aucun discours ne doit être laissé sans contrepartie critique).
- Selon Alain Duhamel, la direction de France 2 a été avertie de l’existence de la vidéo par
- Le premier modèle d’iPod Shuffle reste mon iPod favori. C’est une télécommande à oreilles que j’enfile dans ma manche de blouson, et d’un mouvement de paume, je passe à la suivante. D’autres ont trouvé des usages moins habituels.
Varia
- Un regard neuf sur l’actualité. La plus belle revue de presse du monde.
- Rien à voir : plusieurs dizaines d’heures de hard techno live dans une qualité potable. ViperXXL est encore assez accessible [exemple], DJ Rush pousse les limites un peu plus loin [exemple].
- Up to what extent are we rule-following? Voici un joli cas d’étude : l’interdiction de fumer dans les lieux publics. L’Écosse n’a délivré qu’une dizaine d’amendes en dix mois d’interdiction, or les autorités britanniques viennent d’investir presque 30 millions de livres sterling dans la formation de personnel habilité à délivrer des amendes aux récalcitrants. C’est un signal politique fort, mais un calcul déraisonnable : jamais on ne trouvera suffisamment de fumeurs récalcitrants pour recueillir 30 millions de livres sterling à travers leurs amendes.
Heureusement, l’irrationalité est bien répartie dans la population. Quelques propos de fumeurs au sujet de l’interdiction imminente en Angleterre :
“They won’t give up, they’ll just get ill standing out in the cold in the street.”
Not only that, but there would be “more litter and more fights, it’ll just move everything out onto the street”.
Her friend was staunch in defence of her right to smoke in pubs: “I’m still going to do it, I don’t care if I end up with a £1,000 fine.”
Lucy Wilkins,
Smokers’ emotional reaction to ban
, BBC News, 14 février 2007. - Encore une petite chose musicale utile : Rossz Csillag Alatt Született [audio] de Venetian Snares est très impressionnant, le rapprochement entre Steve Reich, Karlheinz Stockhausen et les grandes figures de la musique expérimentale contemporaine continue.
- Vous qui cherchiez une bonne adresse de films d’animation pour ne pas travailler, en voici une. Ne me remerciez pas.
- Si cela ne suffit pas, voici 11 500 vidéos musicales diverses et variées.
- Flash-info du soir : mon université a le seul journal étudiant qui défend ouvertement la pornographie. Comment Fleshbot en a-t-il eu connaissance ?
thierry+vedel, pierre+yves+geoffard, changement+climatique, OCDE, plume+bistouri, alain+duhamel, ipod+shuffle, dj+rush, viper+xxl, hard+techno, smoking+ban, venetian+snares