Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Les petites choses utiles du mardi, vol. 46

13 février 2007 · Petites choses

Academia

  • Le Monde publie une longue analyse du CNRS par un directeur de recherche, Alain Mauger. C’est écrit dans un agréable style CSO : pourquoi c’est dysfonctionnel, et pourquoi ça le reste. il y a des propositions intéressantes, comme créer des préfets de région pour la recherche. C’est évidemment un document à conserver sous le coude, comme la série 40 de Sans Objet sur le recrutement, à l’occasion de laquelle on relira d’autres textes très utiles chez Baptiste Coulmont, comme son guide à la rédaction de CV (shorter : lisez et suivez les consignes, soyez attentif aux détails).
  • La tribune presque intelligente de Chris Mooney et d’Alan Sokal ne remet pas le compteur des science wars à zéro, mais quand même :

    In truth, there was nothing wrong with inventing science studies; the error was to leap from the valid observation that science arises in a social context to the extreme conclusion that it is nothing more than politics in disguise.

    Presque intelligente parce qu’une immense partie des cibles de l’affaire Sokal n’ont jamais défendu cette position absurde (Sokal a su exprimer un certain degré supplémentaire de finesse par le passé, mais cela reste maladroit).

    Pour en discuter : Crooked Timber, Edward Tufte, Tim Lambert, Chris C. Mooney (aussi ici et ), PZ Myers, Matthew Yglesias, Benjamin Cohen.

  • La minute tabloïd. Le Monde a probabement reçu une enveloppe du gouvernement américain pour mener une discrète campagne de dénigrement de la recherche française afin d’accélér le brain drain. Ou alors peut-être ne se rendent-ils même plus compte de ce qu’il y a d’aberrant à publier :
    1. Le plus mauvais article jamais publié dans un périmètre de cent mille années-lumière sur le changement climatique. Pour parfaire le paradoxe, le texte est signé par un épistémologue polytechnicien (coïncidence, c’est un collègue d’Alain Mauger, cité plus haut pour son analyse du CNRS). Les dernières lignes du texte sont confondantes :

      Mais, attention, lorsque les scientifiques et les politiques font bloc, ça ne présage en général rien de bon… pour les humains ; voir les précédents historiques : nazisme, communisme, Inquisition (les docteurs sont des théologiens).

    2. L’enquête la moins bien ficelée dans un périmètre de cent mille années-lumière sur l’attractivité de la recherche française. La masse de critiques que l’on pourrait produire à son encontre a fait l’objet d’un résumé efficace.

    Il y a pourtant des critiques pertinentes à formuler sur la manière dont le débat se construit autour du changement climatique, de même qu’il y a des manières raisonnées de se pencher sur la recherche française sans jeter le CNRS avec l’eau du bain. Elles ne sont simplement pas dans Le Monde.

  • Intéressant entretien avec François Dubet sur la mobilité sociale et les pistons :

    Pendant les 30 Glorieuses, tout le monde a progressé un peu, le fils de postier devenant instituteur, le fils d’instit professeur et le fils de technicien se muant en ingénieur. Cette mobilité n’est pas aussi forte que dans les fables on aime le raconter, mais le mécanisme de mobilité fonctionne. A partir des années 80, le mécanisme s’est refroidi.

    On assiste même désormais à des phénomènes de mobilité descendante, à savoir que les enfants auront des positions inférieures à celles de leurs parents.

    Si l’on enfile une paire de lunettes rawlsiennes, on en concluera que le système éducatif français est en échec, puisqu’il ne respecte plus le principe de maximin (où les décisions politiques sont motivées par l’amélioration des conditions de vie des individus les moins bien dotés : Maximin holds that one should choose that policy, among the alternatives, that brings about the best position for the worst off individual affected by the policy choice.).

  • Maria Farrell de Crooked Timber publie sa reading-list. J’ai essayé de le faire plusieurs fois sans y arriver, parce que je lis trop lentement ou trop rapidement. Nouvel essai.

    Sur ma table de nuit (dates de publication citées de mémoire) :

    • Métier d’historien (Marc Bloch, 1941, commencé récemment, rédigé dans un français qui rend nostalgique),
    • La Grande-Bretagne de 1980 à nos jours (dir. Jacques Leruez, 1994, commencé l’été dernier mais déjà lu par le passé ; le chapitre d’Howard Glennester est une mine d’informations),
    • The Emperor’s New Mind (Roger Penrose, 2001, commencé l’été dernier, prêté par un ami très tolérant avec mon rythme de lecture),
    • In Bluebeard’s Castle (George Steiner, 1971, excellent mais très dense, demande une lecture attentive),
    • Cours familier de philosophie politique (Pierre Manent, 2001, adaptation d’un cours à Sciences Po, idem, lecture attentive),
    • The Invention of Solitude (Paul Auster).

    Récemment passés :

    • Outsiders (Howard Becker, 1967, commenté plusieurs fois ici, permet d’avoir les idées claires sur certaines règles essentielles de la sociologie),
    • La société bloquée (Michel Crozier, 1970, lecture distrayante qui donne un aperçu de ce qu’est une lecture CSO des phénomènes sociaux),
    • La chambre d’Albert Camus et autres nouvelles (Ron l’infirmier, 2006, premier bouquin très bien écrit, j’attends la suite),
    • Adieu Sécu (Claude Frémont, 2005, n’épargne rien ni personne, une approche nécessaire pour comprendre la Sécurité sociale),
    • et une pile de vieux exemplaires du Monde 2.

Je dois être fatigué, j’ai eu l’impression de voir Marie-George Buffet là où il faut voir la nouvelle (et première) présidente d’Harvard.

Politikôn

Varia

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Référence : François, Les petites choses utiles du mardi, vol. 46, Boîte Noire, 13 février 2007.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/petites-choses/46/.

Discussion

6 commentaires :

Diripouf a l’air cassé en ce moment… Seule la page d’accueil de l’Apinc s’affiche.

B., 13 février 2007

Effectivement, c’est de ma faute, ça sera réparé mais pas dans l’immédiat. Mea culpa.

François, 13 février 2007

A propos de la couverture de la conférence du GIEC par la presse, on peut effectivement regretter l’approche du Monde, soit polémique soit très “prés des faits”. A l’inverse, Le Figaro a interrogé la sociologue spécialiste du GIEC, Amy Dahan-Dalmedico, et s’est posé la question de la place des pays du Sud dans l’expertise sur le réchauffement du climat. Et je sais que l’hebdomadaire suisse de gauche Die Wochenzeitung a aussi approché Amy Dahan-Dalmedico. Misère…

Enro, 13 février 2007

100% d’accord sur votre qualification de l’article de Galam. Rien que la phrase suivante suffit à donner la mesure des capacités de ce gars à proposer une mise en perspective pertinente de l’activité scientifique : Lorsque Galilée a conclu que la Terre était ronde, le consensus unanime était contre lui, s’accordant sur la platitude de la Terre.

Comment un type qui confond le débat sur le mouvement de la Terre et la question de sa rotondité, et qui est donc ignorant des rudiments de l’histoire de sa discipline, peut-il être membre du Centre de Recherche en épistémologie appliquée ?

Elias, 14 février 2007

This video has been removed due to terms of use violation. Fini, Steve Hackett ! Tu as encore réussi à faire fermer un lien !

Ne me cite plus, je sens se rapprocher le souffle des obus… ;-))

lawrence, 14 février 2007

Dates de publication citées de mémoire ! Précision importante pour la compréhension ;)

Merci pour ce billet, c’est toujours un plaisir d’vous lire, bye bye !

MrBark, 11 janvier 2008

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