Les petites choses utiles du mardi, vol. 30
Ce mardi, je vais essayer de ne faire de mal à personne.
- Soit… Le Tonnerre Aussi cite deux chiffres aperçus dans The Spectator :
- Le nombre de ministres Iraquiens qui ont un doctorat d’une université britannique: 3
- Le nombre de ministres britanniques qui ont un doctorat : 2
- Quelques liens de chez M. (ou comment transformer les petites choses utiles du mardi en bloc-notes personnel).
- Votre université est peut-être abonnée à Naxos, un service de musique classique en ligne. L’interface est correcte et la qualité des archives excellente. Remplace avantageusement Slayer (dixit une collègue de bureau) et économise les batteries de l’iPod.
- The Transatlantic Assembly reste mon meilleur fournisseur de commentaires intelligents sur l’actualité :
- Bernard Salanié cite quelques sources intéressantes sur les graphiques et leur utilisation déplacée.
Maintenant, un peu de violence gratuite. Le racisme vous met hors de vous ? L’antisémitisme vous fait sortir de vos gonds ? La corruption vous donne envie de tuer quelqu’un ? Moi, c’est l’édition électronique en sciences humaines. Le retard est tellement flagrant que les tentatives de camouflage par les organismes de recherche concernés virent toutes au pathétique. Les futurs fleurons meurent prématurément, ou s’enlisent dans des technologies de bas étage dûs à des choix désastreux, ou les deux.
C’est le syndrome Géoportail, dont les premiers signes étaient apparus avec le mouvement d’indignation contre Google Books, alors même que dans le monde francophone, les meilleurs projets sont nés en périphérie de la recherche publique, adoptant soit une philosophie open access
radicale (disclosure : avec laquelle je m’identifie pleinement), soit a contrario une logique commerciale claire dès le départ. Je ne vois aucune antinomie dans la coexistence de ces deux modes de publication, et je m’inquiète beaucoup plus des projets intermédiaires
, qui se veulent Troisième voie
, French Touch
, sous-entendu Nous ne faisons rien comme personne, nous faisons mieux que tout le monde
. Or, tout ce que cette mentalité de village gaulois
(expression d’André Gunthert) touche semble voué à sombrer dans l’oubli ou la médiocrité, ou encore une fois les deux en même temps. Gallica, gratuit et payant à la fois, en est le meilleur symbole.
Aperçu chez La Feuille, ce texte d’André Gunthert cerne parfaitement le problème. Mon découpage ultra-partial et hyper-subjectif suit :
Aucun journaliste ne s’était déplacé. Ce n’est donc ni dans les colonnes du Monde ni dans celles de Libération qu’on lira la nouvelle de la liquidation par le CNRS du projet qui devait être le vaisseau amiral de l’édition électronique française en sciences humaines, le CENS (Centre d’édition numérique scientifique), abandonné avec armes et bagages après l’échec constaté de toutes les missions et entreprises qui lui avaient été attribuées il y a deux ans, soit un gaspillage d’argent public que la rumeur évaluait hier dans les allées du Salon à deux millions d’euros.
[…] Première intervenante du débat, Sophie Barluet, auteur pour le Centre national du livre d’un récent rapport sur les revues, résumait ses conclusions – quoique celles-ci ne rencontrent que tangentiellement le domaine des revues scientifiques et la question de l’édition électronique. Marin Dacos, fondateur de Revues.org, lui avait répondu par avance dans un billet significativement titré
le complexe du Cyclope, où il reprochait au CNL d’alimenter la perception hiérarchique qui fait jouer à l’édition électronique le rôle d’ersatz de l’édition papier.[…] «Il semble de plus en plus urgent que la problématique du libre accès aux données scientifiques soit intégrée aux réflexions qui guident les politiques publiques», écrivait Marin Dacos. Le sentiment d’urgence qui s’exprime ici témoigne d’une inquiétude lucide. Car toutes les indications récentes vont dans le sens d’un désengagement de la puissance publique du domaine des revues SHS. Il faut regarder les choses en face: les conditions de l’accès libre ne sont pas et ne seront pas assurées par l’Etat. Et même si les orientations qui président aujourd’hui aux politiques publiques en la matière se modifiaient radicalement, combien de mois, combien d’années faudrait-il pour rattraper le temps perdu? Il est peut-être déjà trop tard. En choisissant un partenariat avec le groupe international Springer, un organe comme La Revue de synthèse est le premier périodique SHS à suivre la voie tracée par les revues STM. Devant les contraintes de l’accès libre et les incertitudes de la situation actuelle, beaucoup risquent de lui emboîter le pas.
André Gunthert,
Où en est l’édition électronique française en SHS ?, Actualités de la recherche en histoire visuelle, 16 octobre 2006.