Une sociologie de comptoir du black metal
À mon avis, le black metal exprime quelque chose sur notre époque de la même manière que le punk parlait des années 1980. Le black
a probablement élaboré une culture beaucoup plus dense, avec des ramifications littéraires et musicales assez impressionnantes (du moins en surface). Mais il existe, à mon sens, une similitude de message entre les deux musiques, autour de l’auto-destruction et de l’absence d’avenir par exemple. Le black metal est beaucoup plus théâtralisé, mais canalise la même agressivité et les mêmes relents de désespoir sous une forme différente, intériorisée, très introvertie.
L’imagerie du black metal est passionnante. Pour la somme de tous les clichés sur l’iconographie, sur les postures et sur le background thématique
du black metal, je conseille le clip réalisé par Dimmu Borgir pour leur titre Progenies of the Great Apocalypse
.
Tout y est, c’en est spectaculaire : le registre satanique, l’héritage du gothique victorien à la Bram Stoker orienté vers l’érotisme, bref, les images parlent d’elles-mêmes mais la vidéo est probablement un support encore plus porteur de sens, car les mouvements, les prises de vue, tout compte :





J’ai volontairement commencé par ce clip commercial (qui a été censuré par ailleurs, je me sers ici de la version non censurée), qui ne manque pas d’intérêt mais qui évoque plus une mascarade – au sens propre – qu’au profond malaise qui caractérise l’ambiance du black metal. La démarcation très forte entre les scènes commerciales et clandestines renvoie encore une fois au punk.
Les images suivantes sont tirées de deux vidéos de Nargaroth [1,2] interprétant Black Spell of Destruction
de Burzum.





Je me suis beaucoup intéressé à Burzum, un leader du black metal scandinave connu pour sa musique très perturbante mais aussi pour son histoire hallucinante, où l’on passe de l’incendie d’églises au meurtre d’un autre musicien de black metal en passant par la prison et un tournant vers une idéologie proche du nazisme, adossée à l’odinisme anti-chrétien.
Je me souviens que c’est en écoutant Burzum que j’ai compris que le black metal laisse croire, par ses codes vestimentaires entre autres, qu’il est aisément identifiable et saisissable par la même occasion. Or il n’y rien de plus hermétique que l’écoute de Lost Wisdom
, A Sad Forgotten Spirit
, The Crying Orc
ou la suite de la discographie en plusieurs temps de Burzum. Autrement dit il y a deux couches de black metal, une première aussi apparente que superficielle (Satan, Nietzsche, les couches de maquillage), une seconde beaucoup plus inquiétante (le racisme exacerbé et les idéologies liées à la pureté de la race, les pensées morbides et mortifères, le désir de violence auto-infligé). Burzum est musicalement inaudible mais à mon avis ses titres portent cette seconde couche
de sens en eux. Il faut noter pour terminer que depuis son arrestation, Burzum (Varg Vikernes) a connu un regain de popularité très net. Varg Vikernes devrait pouvoir sortir de prison vers août 2006.
Je n’aurai jamais le temps de raconter proprement ce que j’ai pu lire ou apprendre. La plupart de mes sources sont tirées d’Internet, où l’on trouve des milliers de sites dédiés au black metal, y compris à ses réseaux les plus underground. J’ai surtout beaucoup appris d’une copine de lycée, qui a connu le milieu de l’intérieur et que j’ai harcelée de questions sur un trajet TGV Grenoble-Marseille…
Bref, je vous conseille de vous y mettre si vous en avez l’occasion, pour un exercice d’enquête qualitative ou quelque chose d’apparenté. C’est un terrain d’observation extrêmement intéressant du peu que j’ai pu en voir.