Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Une sociologie de comptoir du black metal

25 mai 2006 · Inclassables

À mon avis, le black metal exprime quelque chose sur notre époque de la même manière que le punk parlait des années 1980. Le black a probablement élaboré une culture beaucoup plus dense, avec des ramifications littéraires et musicales assez impressionnantes (du moins en surface). Mais il existe, à mon sens, une similitude de message entre les deux musiques, autour de l’auto-destruction et de l’absence d’avenir par exemple. Le black metal est beaucoup plus théâtralisé, mais canalise la même agressivité et les mêmes relents de désespoir sous une forme différente, intériorisée, très introvertie.

L’imagerie du black metal est passionnante. Pour la somme de tous les clichés sur l’iconographie, sur les postures et sur le background thématique du black metal, je conseille le clip réalisé par Dimmu Borgir pour leur titre Progenies of the Great Apocalypse.

Tout y est, c’en est spectaculaire : le registre satanique, l’héritage du gothique victorien à la Bram Stoker orienté vers l’érotisme, bref, les images parlent d’elles-mêmes mais la vidéo est probablement un support encore plus porteur de sens, car les mouvements, les prises de vue, tout compte :





J’ai volontairement commencé par ce clip commercial (qui a été censuré par ailleurs, je me sers ici de la version non censurée), qui ne manque pas d’intérêt mais qui évoque plus une mascarade – au sens propre – qu’au profond malaise qui caractérise l’ambiance du black metal. La démarcation très forte entre les scènes commerciales et clandestines renvoie encore une fois au punk.

Les images suivantes sont tirées de deux vidéos de Nargaroth [1,2] interprétant Black Spell of Destruction de Burzum.





Je me suis beaucoup intéressé à Burzum, un leader du black metal scandinave connu pour sa musique très perturbante mais aussi pour son histoire hallucinante, où l’on passe de l’incendie d’églises au meurtre d’un autre musicien de black metal en passant par la prison et un tournant vers une idéologie proche du nazisme, adossée à l’odinisme anti-chrétien.

Je me souviens que c’est en écoutant Burzum que j’ai compris que le black metal laisse croire, par ses codes vestimentaires entre autres, qu’il est aisément identifiable et saisissable par la même occasion. Or il n’y rien de plus hermétique que l’écoute de Lost Wisdom, A Sad Forgotten Spirit, The Crying Orc ou la suite de la discographie en plusieurs temps de Burzum. Autrement dit il y a deux couches de black metal, une première aussi apparente que superficielle (Satan, Nietzsche, les couches de maquillage), une seconde beaucoup plus inquiétante (le racisme exacerbé et les idéologies liées à la pureté de la race, les pensées morbides et mortifères, le désir de violence auto-infligé). Burzum est musicalement inaudible mais à mon avis ses titres portent cette seconde couche de sens en eux. Il faut noter pour terminer que depuis son arrestation, Burzum (Varg Vikernes) a connu un regain de popularité très net. Varg Vikernes devrait pouvoir sortir de prison vers août 2006.

Je n’aurai jamais le temps de raconter proprement ce que j’ai pu lire ou apprendre. La plupart de mes sources sont tirées d’Internet, où l’on trouve des milliers de sites dédiés au black metal, y compris à ses réseaux les plus underground. J’ai surtout beaucoup appris d’une copine de lycée, qui a connu le milieu de l’intérieur et que j’ai harcelée de questions sur un trajet TGV Grenoble-Marseille…

Bref, je vous conseille de vous y mettre si vous en avez l’occasion, pour un exercice d’enquête qualitative ou quelque chose d’apparenté. C’est un terrain d’observation extrêmement intéressant du peu que j’ai pu en voir.

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Référence : François, Une sociologie de comptoir du black metal, Boîte Noire, 25 mai 2006.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/inclassables/une-sociologie-de-comptoir-du-black-metal/.

Discussion

17 commentaires :

Et avec la victoire de Lordi à l’Eurovision [video], le métal a au moins le mérite de révéler le conservatisme profond et imbécile de Michel Drucker, l’ami de Bernadette [video, pétition].

jérémy, 25 mai 2006

Et puis c’est tellement kitsch de voir ces deux énergumènes franchouillards décérébrés prendre au sérieux l’ensemble de ce pantomime débile et avilissant : le chauvinisme des votes par pays, la qualité musicale qui crève le plancher, le côté auto-dérisoire non assumé des uns et des autres…
Mais attention, si Lordi rejoint le paradis du kitsch, ça n’a pas grand chose à voir avec Nargaroth : jette un oeil aux vidéos citées plus haut.

François, 25 mai 2006

Bonjour, je suis OK avec vous, mais les plus jeunes, qui ont supportés la vidéo jusqu’au bout, ont me semble-t-il, vu autre chose.

PPG, 26 mai 2006

Bon début mais ce serait faire un hors sujet de parler de Burzum qui est assimilé Black, mais qui ne l’est pas dans ses mécanismes. Si on doit résumer le black metal de la seconde génération, plus radicale dans ses actes et ses pensées, on doit obligatoirement citer Darkthrone. Certes moins spéctaculaires mais c’est le fondemment du genre après 90.

Quant à Nargaroth c’est un bouffon…

angerboda, 27 mai 2006

Oui, Darkthrone aurait dû être cité. Burzum est définitivement connectable avec le black metal jusqu’à Filosofem : ensuite, quand il choisit de ne composer qu’au synthétiseur (pour une suite de raisons burlesques : il est en prison et décide subitement que la guitare est un instrument de nègre…), ça sonne comme du dark ambient bas-de-gamme, un peu comme les thèmes abordés : après tout, c’est bien une forme de musique religieuse à laquelle il se consacre.

Sur Nargaroth (et les autres), je n’écoute pas de black metal, en revanche j’ai constaté que la création de distinctions à l’intérieur du genre entre les vrais et les faux, les intègres et les bouffons, y est – comme pour le punk – extrêmement rapide. La logique d’in-group/out-group est paradoxalement plus sévère dans les petites communautés que dans les grandes.

François, 27 mai 2006

Et qui pense à la pauvre fille qui doit se taper du black metal en stéréo dans le chambre à 2h du mat’ pour le bien de la recherche française et l’intérêt du blog de Môssieur, hein ? Qui ?

Bououououououh…

Amanda, 28 mai 2006

Quoi ? On a même pas cité Mortad Hell, un véritable groupe de Grind lorrain dans cet article ? → Le clip (indispensable)

(On s’intéressera également à toute la production de David TMX sur le thème, et notamment son célébrissime album Avant, j’étais trappeur.)

Plic, 29 mai 2006

Pas lu, mais pas hors sujet non plus: revue Sociétés, numéro spécial autour du black metal.

eric, 30 mai 2006

Oui, alors le problème de ce numéro de revue (que j’ai lu), c’est qu’il est quand même totalement maffésolien au niveau de l’énoncé scientifique. Même au niveau du terrain à proprement parler, c’est très léger.

François, 31 mai 2006

Tiens ben voila une vision du black neutre loin des stupidités entendues un peu partout.

Il faut préciser que le black a beaucoup évolué musicalement, dans l’attitude et les thèmes abordés.

La musique est ce qu’elle est, le black ayant réussi à faire accepté au groupes underground d’intégrer des claviers (synthétiseurs) dans la composition des chansons. Les voix sont des hurlements, exprimant haine/souffrance suivant le titre du morceau.Les guitares sont hypnotiques et jouent des airs dépressifs, malsains ou énervés.

L’attitude peut aller de la mascarade, mise en scènes grotesques et pompeuses des grandes formations à la misanthropie totale, aucune photo, aucunes interviews, cassette limitées à 100 exemplaires.Il faut avouer que le style black metal est souvent ridicule et convenu dans l’utilisation des divers références, symboles, accessoires et postures.

Les thèmes concernent: tristesse, mort, satanisme, sorcellerie, créatures ou monde imaginaires, paganisme, guerre, antisémitisme, néo-nazisme.

À mon avis le black metal est l’expression d’un malaise, d’une résistance identitaire spécifique à l’Europe.

Ensuite je ne pense pas que le black metal soit un mode de vie car les propos ou l’exemple donné par les icônes ne peut pas conduire à quelque chose de viable ou de durable.

Captain Oï, 28 juin 2006

Salut tout le monde!

Je suis toujours amusé à chaque fois qu’une enquête est menée sur le black métal. Voyez vous, même le livre “les seigneurs du chaos”, qui a pour but de retracer l’histoire et la philosophie du black métal contient énormément d’erreurs.

En effet, le black métal et sa communauté sont inpénétrables. Il y a deux sortes de black métal. Le premier est le black métal underground qui doit rester secret aux yeux de la masse et le second qui concerne le reste qui se croit black métal.

C’est en essayant d’humaniser cette musique, de l’expliquer (donc de la rendre accessible à la masse) qu’elle a subit des dégradations irréversibles.

Sachez donc que vous pouvez oublier ce que vous savez, aucune personne membre de la scène UG n’acceptera de vous dévoiler des informations concernant cette musique. La raison en est la suivante. Avec la musique classique c’est le seul courant musical où les gens ne prennent pas la musique pour un gadget. La masse n’est pas prête à connaître les bénéfices de cette musique.

L’objet de mon commentaire est simple. Je vous déconseille de poursuivre vos recherches dessus car vous ne ferez que récolter des mensonges. Cette musique fait la guerre aux média donc inutile de de chercher des informations sur internet. Certes vous en trouverez mais elle seront erronées.

Les seules personnes qui détiennent la vérité là dessus refuseront catégoriquement de vous en parler car leurs propos seront systématiquement déformés. L’être humain actuel est incompatible avec cette musique.

Je vous souhaite une bonne journée et vous remercie pour votre ouverture d’esprit.

Kyrcnos, 6 juillet 2006

Kyrcnos → bravo !
Les autres → rien de concret, du blabla de megère derriere ses fourneaux.

lord keltes, 8 août 2006

En parlant de choses concrètes, l’adresse Internet que tu as laissée (black-mental.blogspot.com) ne fonctionne pas.

François, 9 août 2006

Elle fonctionnait hier. Mais rassure-toi, François, tu n’as rien raté, hormis des “Fuck The System / Le système il est pourri” en tous genres.

Édouard, 9 août 2006

Normal, l’adresse a changé.

Et pour Charles-Édouard là… C’est pas sur mon blog que t’as vu des ‘fuck the system’… mais sûrement sur le site du groupe “The Exploited” !

lord keltes, 17 septembre 2006

On en est sûr dès la première ligne, c’est de la socio de comptoir. Étant donné que le punk n’a pas existé dans les années 1980 mais 1970 mon grand !! 1977 ça te chante ?

hubert, 7 novembre 2007

Je ne savais pas que le punk s’arrêtait après Never Mind the Bollocks. Heureusement vous étiez là.

François, 7 novembre 2007

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