Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Triomphes sur l’art

6 octobre 2006 · Inclassables

Certains mondes de l’art n’ont decidément pas beaucoup d’endurance face a l’idéologie de la terreur. Succédant à l’opéra, la peinture vient de céder face au pouvoir islamiste, une définition possible du pouvoir étant :

Toute chance de faire triompher, au sein d’une relation sociale, sa propre volonté, même contre des résistances, peu importe sur quoi repose cette chance.
M. Weber, Économie et société, chap.1. §16

Le fondamentalisme musulman vient en effet de réussir un tour de force majeur : abolir la volonté chez ceux dont on n’imaginait pas hier qu’ils puissent se sentir directement exposés à une menace de quelque ordre. L’islam fondamentaliste avait jusqu’à présent concentré ses efforts sur ceux qui, de manière plus ou moins ingénieuse, allait chercher dans les textes sacrés certains aspects de la religion musulmane aujourd’hui percus comme désobligeants.

Récemment, des directeurs d’art allemands et britanniques ont récemment pris des décisions injustifiables sans évoquer une forme de contrainte insidieuse liée au terrorisme international. Dans les cas relevés par l’actualité, les retraits d’oeuvre font l’objet d’un débat a posteriori. Si les traces de ce débat viennent a disparaître, les autocenseurs comme le grand public auront internalisé la norme terroriste islamique qui consiste à ne pas offenser leur acceptation obtuse de la religion musulmane.

Apparaissent également certains amalgames intéressants :

La galeriste parisienne Natalie Seroussi, qui a découvert les faits lors du vernissage, juge inadmissible qu’une communauté quelle qu’elle soit ait le pouvoir de censure sur le travail de la directrice d’un musée et de son conservateur.

De quelle communauté s’agit-il dans cette phrase ? Le montage de l’article de l’article suggère qu’il s’agit des populations musulmanes résidant dans certains quartiers de Londres, alors même que ce ne sont pas de ces communautés qu’émane une menace terroriste. À plusieurs milliers de kilomètres de distance, les instigateurs du fondamentalisme islamique réussissent à se travestir en musulmans, voire en communauté musulmane.

La puissance de l’amalgame veut donc que la présence de musulmans a Londres, dont on ne connaît pas exactement les orientations confessionnelles mais dont on suppose que l’immense majorité ne nourrit aucune haine viscerale vis-à-vis des directeurs d’art européens, devienne un décalque des ayatollahs iraniens ou des muftis saoudiens wahhabites, la superposition étant rendue possible par l’appartenance religieuse et par l’apathie, frustrante, des pratiquants de l’islam modéré.

L’islam raisonné doit-il s’extirper de son atonie et organiser sa réforme ? Il s’y attellerait probablement s’il disposait d’une Internationale, d’un clergé, d’un réseau d’intellectuels ou de figures prééminentes à même de servir de courroie de transmission entre les musulmans pratiquant un islam pacifié et le reste de l’opinion mondiale. Parce que cet islam concerne des populations dispersées, sans agenda à promouvoir au niveau international, son faible degré de cohésion et de représentation ne le permet pas actuellement. Son manque d’infrastructures lui interdit également de se revendiquer comme un islam politique légitime, et de se comporter comme tel : à commencer par la protestation et la condamnation de ce qui s’accomplit, illégitimement, en son nom.

Références supplémentaires, 24 novembre 2006 :

  1. Olivier Roy a réagi dans le numéro d’Esprit de novembre 2006 en rappelant qu’il ne faut confondre l’islam avec les tarés qui s’acharnent à lire Le Figaro pour y débusquer des Juifs islamophobes (quel supplice, lire Le Figaro tous les jours, je les plains presque).

    Mise à jour, 28 janvier 2007 : La réaction d’Olivier Roy en a suscité une autre, d’Alain David, publiée avec une réponse d’Olivier Roy (qui gagne très largement la manche) dans le numéro d’Esprit de janvier 2007.

  2. Dans un style moins consensuel, mais pour lequel j’ai tout de même de la sympathie (mise à jour suite à un commentaire contrarié : le style, Marion, pas le propos…), Patrick Declerck répète dans Le Monde tout le mal qu’il pense des religions monothéistes, et de l’islam en particulier.

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Référence : François, Triomphes sur l’art, Boîte Noire, 6 octobre 2006.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/inclassables/triomphes-sur-lart/.

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