Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Répression et “Tripoli Six”

24 juin 2007 · Inclassables

Le procès des Tripoli Six touchera bientôt à sa fin, avec peu de retard sur le calendrier judiciaire fixé par la cour libyenne. Comme dans tout incident diplomatique, l’objectif commun des participants est de trouver une situation qui permettrait à tous de s’en sortir la tête haute.

Il y a au moins trois issues possibles pour la Libye, et les trois impliquent de condamner à mort le personnel médical accusé d’avoir contaminé des enfants dont ils avaient la charge, afin de dissimuler l’état de déliquescence des services médicaux dans cette dictature rétrograde et cynique.

Dans cette perspective, la condamnation à mort serait le supplément d’amour-propre des autorités libyennes. Ensuite, l’application de la peine pourrait donner lieu à un rééquilibrage, par annulation du verdict, par amnistie, ou par extradition vers la Bulgarie (le médecin palestinien est bulgare depuis peu).

La peine de mort n’a pas changé de nature au cours du délibéré ; celle-ci reste la peine à la fois inhumaine et inefficace par excellence. Mais il est ironiquement utile de disposer d’un tel jalon de cruauté stupide pour écrire l’histoire de la civilisation des moeurs sociaux et par extension juridiques.

Mise à jour, 11 juillet 2007 : la peine de mort est donc confirmée (Guardian). Heureusement, peut-on dire, la mainmise présidentielle sur la justice libyenne a perverti ses règles jusqu’à rendre son délibéré tout relatif par rapport au jeu des négociations diplomatiques, lesquelles sont soutenues par des sommes d’argent considérables. Il est presque rassurant dans ce cas de figure de savoir que tout s’achète.

La blogosphère scientifique a suivi l’affaire de près. Ni le parti gouvernant, ni l’opposition ne semblent s’intéresser à ce procès. D’autres organisations – pourtant soumises à des contraintes plus fortes sur leur discours public – ont pris position :

Pour les cinq infirmières et le médecin bulgares accusés par les autorités libyennes d’avoir inoculé le virus du sida à 438 enfants (dont 56 sont décédés), le cauchemar judiciaire qui dure depuis plus de huit ans pourrait toucher à sa fin. La cour suprême libyenne a confirmé ce mercredi les peines de mort déjà prononcées à deux reprises. L’audience a duré cinq minutes, le président déclarant qu’au nom du peuple, la cour a décidé de ne pas accepter l’appel présenté par les accusés et confirme la peine de mort à leur encontre.

Le Conseil de l’Europe s’est déclaré « scandalisé » par cette « parodie de justice », appelant la communauté internationale à « unir ses forces pour renverser ce verdict scandaleux ». A Paris, le ministère des Affaires étrangères a exprimé des « regrets », tout en soulignant que ce n’est « pas la fin de la procédure judiciaire ».

Le Quotidien du Médecin, 11 juillet 2007

Mise à jour, 23 juillet 2007 : Dernière minute : La peine de mort des infirmières bulgares commuée en prison à vie (Le Monde, 17 juillet 2007).

Rajout de dernière instance, 24 juillet 2007 : Libres, après plus de huit ans d’incarcération en Libye, des aveux arrachés sous la torture, des sentences de mort et une interminable attente. Les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien récemment naturalisé bulgare ont regagné Sofia, mardi 24 juillet, peu après 9 heures, dans un Airbus 317 présidentiel français. Visiblement fatigués, ils sont tombés dans les bras de leurs proches sur le tarmac de l’aéroport, où ils ont été accueillis par le président bulgare Guéorgui Parvanov. Les six condamnés, dont la peine avait finalement été commuée en prison à vie en Libye, ont bénéficié d’une grâce présidentielle bulgare dès leur arrivée.

Délicieuse conclusion, 30 juillet 2007, offerte par une des rédactrices du blog Spoonful of Medicine du Nature Publishing Group :

A lesson for us all: when reason and logic don’t work, try bribery. […]

Just as children who misbehave shouldn’t be given treats, Libya shouldn’t be rewarded for acting up. With lives hanging in the balance, the international community couldn’t afford the diplomatic version of tough love. But now that the medics are on friendly soil, I think we should stop dangling cupcakes.

Uploaded on behalf of Cassandra Willyard, Nature Medicine’s news intern

Serious kudos to Cassandra Willyard. Le milieu de la recherche biomédicale n’a pas toujours sa langue dans sa poche, et c’est tant mieux.

Référence : François, Répression et “Tripoli Six”, Boîte Noire, 24 juin 2007.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/inclassables/repression/.

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