Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Fuite des cerveaux : prix à négocier

16 mars 2005 · Inclassables

Le Collectif des Chercheurs Expatriés est une section de Sauvons La Recherche. Une parodie de vente aux enchères, eBrain, donne le ton quant à la gravité de la situation qu’affrontent les jeunes chercheurs aujourd’hui en France.

Quid de la crise de la recherche ?

Quelques grandes lignes de problématique

Outre le problème de rayonnement à l’étranger que souligne cet article, la recherche française connaît des problèmes d’effectifs et de moyens. Ces deux données sont perpétuellement en déséquilibre lorsqu’il s’agit de l’Education Nationale, comme le rappellaient les grèves lycéennes de 1998 (une table, deux chaises, trois élèves) ou bien le récent document de la Cour des Comptes à propos des 32 000 enseignants qui n’enseignent pas stricto sensu, au sujet duquel il faut comme à l’accoutumée rejeter la lecture péremptoire de la presse (Le Figaro a tenté de lui faire dire que l’on payait 32 000 fonctionnaire à se tourner les pouces, ce que la Cour n’a eu aucun mal à réfuter).

Le climat étant à la rigueur budgétaire, la recherche perd en ce moment ses moyens auprès du gouvernement français. Sa construction institutionnelle hyper-centralisée la rend d’autant plus fragile aux coupes claires dans les budgets de l’Etat ; pour autant, sans crédits, il lui sera certainement impossible de se réformer convenablement. Les variations démographiques prévues avec le départ des enfants du baby-boom risquent de se superposer à une situation déjà inextricable.

Conjointement, tous ces facteurs éloignent les étudiants des carrières offertes par le monde de l’enseignement et de la recherche, ce qui a pour effet de boucler le cercle vicieux. Une mauvaise publicité entraînera à long terme la désertion des nouveaux publics étudiants, alors qu’il faudrait pouvoir renouveler les postes existants et en créer de nouveaux pour redynamiser le secteur. Sans cet apport humain (effectifs) et financier (enveloppe budgétaire), la recherche va lentement se casser la gueule le long d’une pente dure et d’une route droite accentuées par les décisions gouvernementales récentes, et soutenues par l’inertie du gouvernement précédent.

J’ai moi-même l’occasion de me poser de sérieuses questions sur mes propres choix d’étudiant en quatrième (bientôt cinquième) année à l’IEP de Grenoble. En Sciences Humaines et Sociales (SHS) la crise est peut-être encore plus menaçante si l’on raisonne en termes d’utilité sociale : après tout, excepté quelques psychologues pour jouer le rôle de l’expert sur les plateaux télévisés de Jean-Luc Delarue, la recherche en SHS ne génère pas beaucoup d’audimat. L’argument est utilitariste, tourné vers le profit, bref fallacieux au possible, mais il connaît un succès certain auprès d’un public qui lui est tout acquis, le même qui pense que les enseignants sont un rammassis de feignasses payées à ne rien faire et à prendre des congés payés par le contribuable.

Je ne m’épanche pas plus sur ces aspects de la question, il y en aurait pour des dizaines de pages. Dans l’urgence il faut s’efforcer de se concentrer sur ce qui requiert une action immédiate : signer le nouvel appel de Sauvons La Recherche. Au niveau des propositions de réforme, je me reconnais en revanche beaucoup plus dans la conférence de Philippe Lazar précitée.

Ce texte a été reproduit le 12 juillet 2006 à partir des archives de mon ancien blog. Le texte original du 16 mars 2005 a été complété, mais la ligne principale n’a pas été modifiée.

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Référence : François, Fuite des cerveaux : prix à négocier, Boîte Noire, 16 mars 2005.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/inclassables/fuite-des-cerveaux/.

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