Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Ce qui fait un ministère mineur

18 mai 2007 · Inclassables

Pêle-mêle, sans lien et en attendant la reprise d’activité :

  • Un inconvénient comparatif dans les classements de la haute fonction publique. La santé n’est pas privilégiée dans les classements sortants de l’ÉNA. La botte va vers le Conseil d’État, la Cour des Comptes et l’Inspection Générale des Finances ; l’Inspection Générale des Affaires Sociales arrive plus près de la fin.
  • Un ordre protocolaire faible. L’ordre protocolaire de la Santé est historiquement faible. Ce fut même l’avant-dernier ministère dans un gouvernement des années 2000. La Santé fut même, un moment donné, donné à un secrétariat d’État (qui, à la différence du ministre et du ministre délégué, n’assiste pas nécessairement au conseil des ministres). Impressionnant, pour un ministère qui supervise un objectif de dépenses d’assurance-maladie de 132 milliards d’euros, si l’on se fie à l’estimation CCSS 2006 de l’ONDAM.
  • Un traitement inapproprié dans le découpage des commissions parlementaires. La santé n’a pas de commission parlementaire : les affaires sociales, familiales et culturelles forment un gros ensemble peu distinct, contrairement à la défense ou aux finances.
  • Un manque d’indépendance par rapport aux autres ministères. Ce rattachement aux affaires sociales est illustré dans la trajectoire du ministère, qui ne s’était émancipé que récemment. Cette indépendance est brisée : la santé est placée aux côtés des sports et le contrôle de l’assurance-maladie lui est retirée au profit du nouveau ministère comptable (l’inconscient boutiquier de la droite revient en force), ce qui promet un nouveau duel entre fonctionnaires de Ségur et fonctionnaires de Bercy.
  • Un intitulé variable. Le ministère de la Santé fut autrefois le ministère de la Santé Publique – jusqu’au premier gouvernement de Jacques Chirac si ma mémoire est bonne. Les intitulés ont changé, la Santé est devenue l’antichambre de gestion du déficit de la branche de l’assurance-maladie sous la pression des contraintes budgétaires. Il y a eu un retour en grâce de la santé publique grâce à quelques personnalités ministérielles et à un contexte de crises successives.

Tout ceci ne préjuge évidemment pas de la très grande qualité des ministres et de leur personnel. Mais ce sont les traits distinctifs d’un ministère mineur. Le nouveau gouvernement l’illustre avec éclat.

Le tout en images, comme ils disent :

  • Le Monde, Télézapping, 18 mai 2007
  • Canal Plus, Le Zapping, 19 mai 2007
  • Canal Plus, Les Guignols de l’Info, 24 mai et 29 mai 2007.
  • Canal Plus, Le Zapping, 4 juin 2007
  • Site du Premier ministre, 6 juin 2007 (vidéo ; copie). Best of :
    • Parler du ministère des Sports comme d’un ministère prestigieux.
    • Évoquer la coupe du monde de f… de rugby.
    • Caser démocratique et Pékin dans la même phrase.

Référence : François, Ce qui fait un ministère mineur, Boîte Noire, 18 mai 2007.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/inclassables/ce-qui-fait-un-ministere-mineur/.

Discussion

7 commentaires :

Good to have you back :]

Amanda, 18 mai 2007

Et à l’évidence, mettre Roselyne Bachelot à la tête d’un ministère n’est pas fait pour le grandir…

Jérémy, 18 mai 2007

Tout ceci ne préjuge évidemment pas de la très grande qualité des ministres et de leur personnel. — Hypocrite, va ! Christine Boutin, Roselyne Bachelot. Tout est dit.

Tu aurais pu ajouter à ta liste le trop faible nombre de ministres et la question : quelle administration pour Brice Hortefeux ? Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du co-développement. Je veux bien admettre que ma géographie parisienne est faible mais j’ai beau chercher je ne vois pas où ils vont le loger, Hortefeux. Ça risque d’être compliqué d’organiser tout ça.

Ravit de te retrouver ici mon François.
(Le savais-tu ? Tu figures dans le blogroll d’Éric Dupin, arf ;) )

Fabien Collet, 20 mai 2007

Analyse intéréssante, mais à nuancer sur le premier point. Les trois corps de la botte ne correspondent pas vraiment à un ministère. L’Igas sort en général assez bien, voire très bien (entre le 15è et le 30ème sur 100). En revanche, les postes d’administrateurs civils dans les ministères sociaux sortent de façon très variable. Les postes à la DSS (Sécu) sont très prisés, ceux des autres directions sociales beaucoup moins.

Un des problèmes très terre-à-terre de prestige est lié aux primes, traditionnellement plus faibles que dans d’autres ministères…

Silas, 22 mai 2007

Merci beaucoup pour ces trois compléments. Si je reprends, effectivement :

  1. Il faut tenir compte des primes d’avancement (quoique la durée variable des fonctionnaires, par exemple les IGF qui restent deux fois moins de temps qu’auparavant si j’ai bien lu Suleiman, modifie aussi la donne) ;
  2. Il faut tenir compte des administrateurs civils dans le tableau général ;
  3. Il faut détailler par direction, en signalant que la DSS (Sécurité sociale) attire plus que la DHOS (Hospitalisation et Organisation des Soins), par exemple.

François, 22 mai 2007

Il faudrait sans doute raffiner encore (mais l’on perd un peu la spontanéité du pêle-mêle…) en pondérant l’attractivité des ministères pour les généralistes (énarques, mais aussi attachés sortis des IRA) par l’attractivité du ministère pour des corps techniques. Ainsi le ministère des transports est peu attractif pour un énarque en raison du poids des polytechniciens, idem pour le ministère de la justice en raison de la place des magistrats.

silas, 22 mai 2007

On peut rajouter, encore, le statut subordonné du concours ENSP par rapport à l’ÉNA.

François, 22 mai 2007

Laisser un commentaire :