Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Quelques repères sémantiques sur le “logiciel”

31 mai 2007 · Blogosphère

Le changement de logiciel est très, très à la mode. Intuituivement, en suivant une logique simple d’apprentissage, on peut supposer qu’un terme ne surgit dans la rhétorique politique courante que lorsque son prédécesseur ne convient plus. Toute idéologie n’est pas forcément dogmatique, mais le marxisme a mis un terme à la version faible du terme et l’a frappé d’un anathème total en politique. Logiciel est-il une forme de réponse à ce déficit sémantique ?

Ce que l’on pouvait désigner quand on parlait d’idéologie ou de repères idéologiques aurait également pu être désigné par des termes plus simples. Éthique, par exemple, si l’on estime qu’il est correct de parler d’une éthique culturelle. Les universitaires ont joué au même jeu de redéfinition d’un même objet, le consensus s’est formé autour des termes cognitif/normatif, en référence implicite au vocabulaire du framing en psychologie cognitive. Au risque de diluer les phénomènes sous les mots, on utilise aussi le terme institution pour désigner tout ce qui possède une capacité structurante sur l’action, ce qui possède l’avantage de montrer le continuum entre cultures, cultures d’organisation et organisations à proprement parler.

Évidemment, de logiciel à norme en passant par culture et éthique, il y a un luxe de distinctions possibles selon le degré de subtilité, de différentiation ou de nitpicking que l’on se fixe. En définitive, je ne sais pas quel est le niveau de généralité adéquat pour observer que le Parti socialiste voile une crise idéologique, organisationnelle et identitaire derrière ce terme amusant de logiciel, connoté informatiquement et surtout, à mon sens, doté d’un arrière-plan analytique très intéressant.

Mise à jour, 2 juin 2007 : la terminologie est revenue à la normale.

Référence : François, Quelques repères sémantiques sur le “logiciel”, Boîte Noire, 31 mai 2007.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/blogosphere/quelques-reperes-semantiques-sur-le-%e2%80%9clogiciel%e2%80%9d/.

Discussion

2 commentaires :

Peut-être en effet que le logiciel est le substitut euphémisé de l’idéologie. Cette évolution sémantique révèle, je crois, un changement sous-jacent dans le rapport à la pratique.

Alors que la pratique des partis politiques était pensable comme déterminée par leurs idéologies, elle entretiendrait un rapport très clairement instrumental avec le logiciel. L’idéologie structure les pratiques et rapport au monde, le logiciel, lui, est instrumentalisé, outil au service de fins qu’il ne participe nullement à défnir. On change aisément de logiciel, alors qu’il est difficile de changer d’idéologie qui nous déborde et nous englobe.

Bref parler de logiciel s’est en quelque sorte consacrer l’instrumentalisation des “idées” au service de la lutte pour le pouvoir et non l’inverse (la lutte pour le pouvoir au service des idées). C’est semble-t-il la discussion sur les fins souhaitables de l’action politique qui est évacuée avec ce lexique instrumental du logiciel qui ne nous parle que de moyens. (ce qui ne nous incite pas à penser que l’actuelle démarche de rénovation / refondation du PS ne donnera grand chose de fondamentalement nouveau…).

musil, 31 mai 2007

On peut effectivement voir les choses comme ça, et faire reposer en définitive chaque terme sur une rationalité wébérienne différente, avec la rationalité normative de l’idéologie d’un côté, celle instrumentale du logiciel de l’autre. C’est ce que je comprends dans votre raisonnement en l’occurrence.

Ceci étant, ça ne tient pas face à la réalité historique. Quand on observe François Mitterrand, dans le documentaire de Jean Lacouture, parler des moyens de production et de leur appropriation par les classes ouvrières, on sait qu’il n’y croit pas une seconde. En d’autres termes l’idéologie peut être instrumentale au même titre que, par exemple, la culture d’organisation du parti.

Personnellement je reste convaincu que l’équation idéologique s’est jouée autour de la fameuse valeur-travail, solution logique (en apparence) au problème du chômage. Le candidat qui a gagné est celui qui a promis le plus de ce point de vue. L’opposition doit inventer une manière de s’opposer de manière constructive à ce discours. Je crois que le démenti par les faits (stagnation du taux de chômage, du pouvoir d’achat, de la croissance et de la progression des salaires) est la seule voie possible à présent.

François, 31 mai 2007

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