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François/phnk

Incarner des ordres de changement dans une élection présidentielle

11 février 2007 · Blogosphère

Les hommes politiques passent beaucoup de temps à travailler leur image, et en particulier l’arbitrage qu’ils représentent entre le changement et la continuité, un arbitrage typiquement français à mon sens, auquel Tocqueville a donné ses plus belles pages dans L’Ancien Régime et la Révolution.

Jacques Chirac a récemment dit de Nicolas Sarkozy qu’il le considère comme un homme actif, intelligent, un homme politique de premier ordre. Le premier ordre est une marque stylistique intéressante. Quand on se penche sur les portefeuilles ministériels des deux principaux candidats à l’élection présidentielle, il devient évident que l’un a mené une carrière de premier ordre sur la place Beauvau ou à Bercy, alors que l’autre a surtout connu des mandats de seconde garde, dans des ministères délégués ou de faible ampleur, comme le Ministère de l’environnement qui est une création récente à l’échelle de l’histoire ministérielle française.

On retrouve ce même vocabulaire en science politique pour qualifier l’évolution des politiques publiques. L’auteur qui a introduit ce lexique est Peter Hall, en particulier dans un article qui s’inspire en grande partie des travaux de Thomas Kuhn sur les révolutions scientifiques. On distingue trois niveaux de changement :

  1. Les changements de premier ordre, qui conservent les objectifs et les instruments d’une politique publique, mais qui en modifient la configuration, en termes de volume budgétaire par exemple ;
  2. Les changements de second ordre, qui s’autorisent à modifier les instruments d’une politique publique et à altérer leur configuration, en remplaçant des structures par d’autres par exemple, mais sans déroger aux objectifs intiaux de la politique ;
  3. Les les changements de troisième ordre, enfin, modifient l’ensemble d’une politique publique en bouleversant conjointement ses objectifs fondamentaux et ses instruments.

Il est difficile de déterminer à l’avance les types de changements possibles dans un secteur particulier, et encore plus difficile de dire si tel candidat sera un grand réformateur de fond ou si son mandat consistera en une série de retouches à la marge. Ceci étant, on peut s’amuser à utiliser cette grille pour contempler les figures politiques que les candidats à l’élection présidentielle souhaitent incarner. La rupture tranquille ressemble à un changement de second ordre : la promesse de rupture est atténuée par la volonté de ne pas provoquer de bouleversement général, ou de changer de paradigme, pour reprendre les termes de Thomas Kuhn. Parallèlement, si l’on s’intéresse aux parcours des candidats, le fait d’accéder à une candidature présidentielle sans avoir été précédemment dans les grands ministères est un autre changement de second ordre.

Y a-t-il des changements de troisième ordre en préparation ? Il y en a peut-être dans les programmes des candidats. Il y en a peut-être aussi dans leurs méthodes : comme l’a expliqué Marc Abélès, les débats participatifs et le discours l’accompagnant forment une rupture franche d’avec l’esprit du commandement politique habituellement reconnu comme la marque de fabrique du leadership des élites françaises.

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Référence : François, Incarner des ordres de changement dans une élection présidentielle, Boîte Noire, 11 février 2007.
Accessible en ligne : http://phnk.com/blog/blogosphere/incarner-des-ordres-de-changement-dans-une-election-presidentielle/.

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