Blogs et carrières universitaires
Les blogs tueurs de carrières universitaires, dans Slate (via). Ramené à ses trois paragraphes centraux, l’article donne ceci :
Hundreds, perhaps thousands, of academics keep blogs these days, posting everything from family pictures to scholarly works-in-progress. While few are counting on their Web publications to improve their chances at tenure, many have begun to fear that their blogs might actually harm their prospects. Last July,
Bloggers Need Not Apply,an essay in the Chronicle of Higher Education about an anonymous Midwestern college’s attempt to fill a position, laid out the perils for academic job-seekers who blog. “Our blogger applicants came off reasonably well at the initial interview, but once we hung up the phone and called up their blogs, we got to know ‘the real them’—better than we wanted, enough to conclude we didn’t want to know more,” wrote the pseudonymous columnist.But academics aren’t just concerned about the public display of an applicant’s personal eccentricities. Many perceive blogs as evidence of a scholar’s lack of seriousness. Shouldn’t he be putting more time into scholarship, they wonder, and less into his blog? And if a blogger does have something serious to say, why is he presenting it in a superficial medium, rather than a peer-reviewed journal?
Ceci dit :
But in another sense, academic blogging represents the fruition, not a betrayal, of the university’s ideals. One might argue that blogging is in fact the very embodiment of what the political philosopher Michael Oakshott once called “The Conversation of Mankind”—an endless, thoroughly democratic dialogue about the best ideas and artifacts of our culture. Drezner’s blog, for example, is hardly of the “This is what I did today …” variety. Rather, he usually writes about globalization and political economy—the very subjects on which he publishes in prestigious, peer-reviewed presses and journals. If his prose style in the blog is more engaging than that of the typical academic’s, the thinking behind it is no less rigorous or intelligent.
Ce que je trouve problématique et totalement antithétique avec les valeurs que devraient porter la science, c’est qu’un blog académique qui permette de se rendre compte qu’un universitaire est un être humain, avec des thêmata et des intuitions premières, soit considéré comme une faille de comportement, alors que la reconnaissance des présupposés est précisément la première étape de la formation de l’esprit scientifique.
Peut-être est-ce justement cet effort, déployé dans la blogosphère académique, pour rendre accessible des champs et des questions de recherches, qui est perçu comme préjudiciable par des recruteurs potentiels qui tiennent à opacifier leur propre champ de compétence, et à y protéger leur expertise individuelle.
C’est une hypothèse assez basique sur l’élitisme du métier de chercheur qui doit pouvoir se rédiger à partir de la théorie du champ chez Bourdieu, ou de toute autre théorie qui mettrait en évidence la défense de la légitimité des scientifiques par la transformation du savoir en arcane. Dans un commentaire laissé sur la première version de cette note, c’est cette hypothèse que favorisait Versac.
Les blogueurs ostracisés voire mis à la porte pour leurs propos en ligne ont pu compter sur la presse ou les tribunaux pour rétablir une forme d’équilibre avec leur employeur : Garfieldd avait par exemple réussi à contourner les hiérarchies internes de l’Éducation nationale et à obtenir un geste direct du ministère. À la date de réédition de cette note [25 juillet 2006], Petite Anglaise s’apprête à présenter son cas aux prud’hommes, mais elle a déjà reçu un soutien massif des médias, qui coûtera autant à son employeur en capital réputationnel.
Les universitaires bénéficient probablement de recours moindres, puisque seuls les magazines spécialisés (Chronicle of Higher Education, Inside Higher Ed…) se font les relais des décisions potentiellement ambiguës des jurys. De plus, le motif de refus de poste est beaucoup plus diffus, les blogs ne sont jamais explicitement brandis comme un motif de non-sélection.
Les deux cas de refus de poste à des blogueurs qui viennent immédiatement à l’esprit sont des refus de tenure, survenus aux États-Unis, et qui concernaient le politologue Daniel Drezner et le physicien Sean Caroll, qui a pris le soin d’indiquer que, selon lui, le blog n’a eu aucune incidence dans la décision de ses pairs (son blog collectif, Cosmic Variance, contient aussi une lecture intéressante de l’article cité plus haut).
Le dernier cas en cours de discussion est celui de l’historien Juan Cole, à qui il faut souhaiter le dénouement heureux qu’a connu Daniel Drezner.
Ce texte a été reproduit le 25 juillet 2006 à partir des archives de mon ancien blog. Le texte original a été actualisé, mais la ligne principale de l’argumentaire n’a pas été modifiée.
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