Cyberspace. A consensual hallucination experienced daily
by billions of legitimate operators.

William Gibson, Neuromancer.

A life spent making mistakes is not only more honorable, but more useful than a life spent doing nothing.

George Bernard Shaw.

François/phnk

Les petites choses utiles du mardi, vol. 79

6 mai 2008 · Petites choses, Études

In memoriam Charles Tilly (Scatterplot, Daniel Little, Crooked Timber, Org Theory, Jacob Levy, Arthur Goldhammer, Jacob Christensen, Daniel Nexon, 3 Quarks Daily). Un texte à lire, et une vidéo de décembre 2007 :

Le volume 79 porte entièrement sur la contestation et les mouvements sociaux.

  • Flickr devient un outil essentiel pour l’étude des mouvements sociaux. Les clichés de William Hamon au sujet des franchises médicales [vol. 70, vol. 78] sont spectaculaires :

    William Hamon

  • La semaine dernière, j’avais déjà utilisé Flickr pour retrouver la manifestation du collectif Ni pauvres, ni soumis, et pas moins neuf collections photographiques de bonne qualité en étaient sorties. Re-voici l’illustration de Philippe Leroyer [vol. 78] :

    Par Philippe Leroyer

    Hugues Léglise-Bataille a assemblé quant à lui une collection de photos sur les mobilisations des collectifs de sans-papiers.

  • John Sides argumente autour de la question : La candidature de Barack Obama est-elle remise en cause par les dernières semaines de campagne ?
  • Dans une publicité pour le WWDC 2008, Apple a eu l’idée originale de valoriser le mode de vie des programmeurs informatiques, habituellement montré du doigt comme anti-social. L’extrait d’affiche joue sur deux registres classiques, le manque de considération pour les rythmes de sommeil et l’alimentation négligée (la publicité montre un take-away en arrière-plan) :

    WWDC Ad

  • Grâce aux émissions radio sur mai 68, on redécouvre le contenu du Figaro à l’époque, et de certaines autres revues (si ma mémoire est bonne, Commentaire/Contrepoint recommandait d’ouvrir le feu sur les manifestants). Au milieu d’un texte très intéressant sur la francisation, Baptiste Coulmont a un autre extrait intéressant, un peu plus ancien :
    Un nombre infini de métèques, surtout dans le monde parisien, se cachent sous des noms français. […] Sous prétexte de sauvegarder “la musicalité (sic [dans le texte]) de notre langue”, en réalité pour endormir notre méfiance, le naturalisé poura “franciser” ses noms et prénoms […]

    Le Figaro, 24 juin 1927, p.1 — sur Gallica

    (On tremble d’ironie à savoir Marcel Dassault posséder aujourd’hui ce titre de presse).

  • So working-class, ma carte écossaise d’assurance-chômage :

    Nino

  • Pierre Assouline a mis en ligne une petite histoire admirablement bien rédigée de la publication de Mein Kampf
  • Versac et Hugues soutiennent les offres d’embauche ANPE basées à Pondichéry. Sage décision, c’est une ville relativement propre grâce au système d’évacuation des eaux laissé par la France. Le quartier musulman est assez calme (si vous aimez les muezzins).
  • Éric Dupin chronique le seul bouquin qui me fait réellement envie en ce moment : Le jour où mon père s’est tu, de Valérie Linhart, la fille du Robert Linhart de L’établi. Ça m’étonnerait que je le trouve à l’aéroport d’Amsterdam.

Caribou !

Un commentaire

Les petites choses utiles du mardi, vol. 78

29 avril 2008 · Petites choses

De retour après des journées bien remplies et des tas de petites choses utiles qui resteront non documentées par manque de temps, les petites choses utiles du mardi, soixante-dix-huitième volume, rédigé sous WordPress 2.5.1 avec interface francisée.

  • Evil Dead!
  • Le projet de loi sur les archives en quelques paragraphes bien sentis. La seule chose qui me dérange vraiment est, non, en fait, tout me dérange dans ce projet de loi.
  • Donald Knuth speaks, you listen:

    The success of open source code is perhaps the only thing in the computer field that hasn’t surprised me during the past several decades. But it still hasn’t reached its full potential; I believe that open-source programs will begin to be completely dominant as the economy moves more and more from products towards services, and as more and more volunteers arise to improve the code.

  • Ce long (mais trépidant) article du Smithsonian sur les pilleurs d’archives aux États-Unis, où l’on retrouve des archivistes aux côtés du FBI dans la lutte contre les faux stagiaires équipés de cutters.
  • Flickr est un outil formidable. En cherchant une illustration de la manifestation du collectif Ni pauvres, ni soumis, j’ai identifié neuf collections photographiques de bonne qualité. Espérons que tout cela reste loin des griffes de Microsoft. La photographie que j’ai finalement retenu, par Philippe Leroyer :

    Par Philippe Leroyer

  • La communauté du file-sharing se connaît de mieux en mieux.
  • Un traduction de la Gibbs Lecture de Kurt Gödel, par Anaximandrake. Ce texte est un très bon exemple de défense du platonisme en philosophie des mathématiques [texte introductif, Timothy Gowers ; cf. aussi The importance of mathematics, texte ; Is there such a thing as infinity?].
  • Opeth, Watershed Le dernier album d’Opeth, Watershed, est très étrange, comme en témoignent les avant-critiques qui ne savent pas trop quoi en penser à première vue.

    À mes oreilles, le groupe a deux objectifs : intellectualiser le black metal – échec quasi-total sur cet album à l’exception de trois minutes dans Heir Apparent, alors que les albums précédents avaient partiellement réussi – et écrire un rock progressif acoustique qui ne soit pas immédiatement classable dans la suite du blues. Sur Burden, par exemple, la guitare solo commence par un jeu Dire Straits pour terminer sur un fiasco flamenco Paco de Lucia absolument inintéressant : l’éclectisme a ses limites, et le seul flamenco réussi dans le rock progressif reste, à ma connaissance, When the Poets Dreamed of Angels sur David Sylvian, Secrets of the Beehive. La plus belle réalisation de Watershed est certainement Hessian Peel.

  • Plutôt que le dernier album d’Opeth, il y a L’économie en questions, avec Alexandre Delaigue d’Éconoclaste [photo].

    Je ne comprends pas comment Isabelle Knock peut si rapidement disqualifier les ignorants plaçant le taux de chômage au-dessus de 15%. Lorsque je me suis rendu à ma journée d’appel à la défense, j’ai littéralement redécouvert la France des BEP/CAP qui sait à peine lire et écrire, et que je n’avais pas croisée depuis mon déménagement hors d’un HLM à huit-neuf ans. La ségrégation spatiale incite à extrapoler à partir de ce que l’on croise chez soi, je ne suis pas étonné dans cette perspective que le taux de chômage puisse être estimé vers 15%, ce qui n’est pas non plus une erreur humiliante au vu du taux de chômage des jeunes et de la misère informationnelle des journaux télévisés.

  • Le compte-rendu du livre d’Alain Geismar est signée par Aquilino Morelle, un nom bien connu dans le petite monde des politiques de santé.
  • Les deux journalistes du Monde Mathilde Serrell et Antoine Blin (Un monde de sons) avaient donné la parole au philosophe Vincent Cespedes, qui jugeait sévèrement la tectonick comme un loisir apolitique, non trangressif, narcissique, commercial et individualiste.

    Un peu comme André Gunthert, je n’aime pas trop qu’on dise du mal de gens qui ne trouvent rien de pire à faire qu’à sauter sur place pour faire les malins en écoutant de la musique pourrie. Mais surtout, j’avais trouvé le commentaire très superficiel, et au final, à côté de la plaque : je ne voyais pas très bien comment qualifier d’individualiste un loisir basé sur les appréciations des spectateurs, et le narcissisme des mouvements électroniques ne me semble pas évident après les décennies rock… Mais passons : le plus gros morceau était l’apolitisme.

    La tecktonik est une version spécifique, adaptée par l’industrie musicale et audiovisuelle à ses propres normes, du jumpstyle, qui est né dans les boîtes acceptant de passer du gabber, à la frontière franco-belge et sous influence néerlandaise. Le jumpstyle, pour le coup, dépolitisait en partie le gabber, identifiant musical des skinheads d’extrême-droite (attention, ne pas confondre hardcore techno et hardcore punk, le second est aussi lié à l’extrême-gauche). On ne peut pas trouver de mouvement musical plus politisé que le gabber, commun dans les mouvements néo-nazis, saturé de propos racistes, et construit en partie par opposition aux racailles du rap [mise en images].

    Il me semble que la trajectoire de la tecktonik ne dit pas le contraire de certains des qualificatifs que lui attribue Vincent Cespedes, mais qu’elle dit tout de même quelque chose de différent : c’est une danse qui a changé de classe d’âge et de class sociale en se distanciant du milieu gabber, par conséquent le travail de récupération effectué par l’industrie culturelle ne me semble pas le point d’ancrage le plus significatif de ce que la tecktonik représente en termes de valeurs socio-politiques.

  • Merci à Chloë, qui m’a signalé l’ouvrage :

    Je me souviens du soir de Noël 2002 ou j’étais de permanence et on me demande d’aller faire un contrôle d’alcoolémie. Donc j’appelle le mec du ministère qui s’occupe de la communication. Je lui dis que je voudrais un contrôle d’alcoolémie et il ne m’en trouve pas alors qu’il y en a plein le premier de l’an. Et puis il me dit que si, qu’il y en a un dans un petit village à côté de Paris. Donc j’y vais et je me rends compte que le contrôle d’alcoolémie est là pour moi. Et ils arrêtent un seul mec dans la nuit qui revenait de son réveillon en famille, ils l’ont arrêté à cause de moi, il était livreur, sans moi, il n’aurait jamais perdu son emploi, j’en suis persuadé.

    M. Grossetête, L’État conducteur. La circulation de la “sécurité routière” dans les journaux télévisés français, in D. Marchetti (dir.), Communication et médiatisation de l’État. La politique invisible, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, p. 43.

  • Microsoft Office 2008 est la première version utilisable de ce logiciel pour Mac OS X. Contrairement aux anciennes, elle est assez réactive et respectueuse du GUI spécifique aux applications Mac. OpenOffice fait nettement moins bien, même dans sa version 3 beta (10).
  • Façon M : Six Feet Under 1.01-1.05 [B+] Brenda Chenowith était déjà remarquable dans Me, Myself and I.

Complément :

  • Maître Eolas au sujet des réitérations présidentielles diaboliques (l’expression se fonde sur une ligne de George Canguilhem).
  • Le découpage institutionnel de la recherche est dans Science publique. Le débat est très brouillon, et très focalisé sur le terme institut qui ne veut pas dire grand chose pris isolément : il y a des instituts virtuels, d’autres très réels, physiquement séparés. Le cœur du sujet, les conditions statutaires du travail d’enseignant-chercheur après réforme-démantèlement-balkanisation du CNRS, est peu évoqué, idem pour la dynamique de l’emploi dans la recherche. La contrainte macro qui pèse sur la recherche, c’est-à-dire le système de détermination des priorités scientifiques en amont de l’ANR, n’est pas abordée.
  • Le médicament en société est dans Du grain à moudre, avec Sylvie Fainzang, Philippe Pignarre, Julie Clarini, et une pharmacienne remarquablement déontologique (son nom m’échappe, je m’en excuse auprès de mon immense lectorat).
  • Un entretien avec Gilles Kepel sur son dernier ouvrage, toujours sur le même thème que les précédents : parler intelligemment de la politique et de la géopolitique du monde arabe (notion pas très analytique pour le coup). À ranger pas trop loin des livres d’Olivier Roy dans la bibliothèque.
  • Sandrine Blanchard écrit aujourd’hui dans Le Monde ce que l’on pouvait lire sur tous les blogs intéressés par le système de santé : la franchise est une très mauvaise idée, car la santé n’est pas tout à fait un bien supérieur, et certaines catégories de personnes réalisent déjà des arbitrages financiers sur leurs soins en consultant moins. Les inégalités de santé vont augmenter dans les couches de la population où elles sont déjà les plus élevées, dû au fait qu’une partie de la population va aggraver son état de santé en interférant avec ses soins pour des motifs économiques [vol. 70].

    Le système de santé est structurellement inégalitaire à cause des inégalités territoriales, des inégalités de niveau socio-culturel, et ainsi de suite ; le financement du système de santé peut choisir de conforter ces inégalités, en les aggravant, ou de les corriger. Le premier signe fut, dans ma vision des choses, le discret forfait sur les actes médicaux lourds, comme s’il fallait pénaliser un peu plus les patients post-opératoires et responsabiliser les pontages coronariens.

    La franchise vise une cible symbolique plus mitigée, les soins ambulatoires, où l’on s’imagine que les soins superflus sont plus fréquents. Mais les patients ne signent pas leurs propres ordonnances : même s’il subit une influence lors de son colloque singulier, le médecin reste l’unique prescripteur. Pour boucler la boucle du compromis inflationniste, les syndicats professionnels proposent… de revaloriser leurs honoraires (profit partagé avec leurs assureurs).

    Cet équilibre financièrement désastreux et qui se réfracte désormais sur l’état de santé de la population ne peut tomber qu’en modifiant certains des grands principes du système de santé français : le paiement à l’acte (vs. capitation), et l’ouverture du secteur 2. Je n’imagine pas vivre suffisamment longtemps pour observer leur réforme, mais c’est une intuition que j’espère voir déçue.

Notez que les vidéos du Daily Show ne passent pas en syndication : il vous faut quitter Google Reader et naviguer sur le blog lui-même pour pouvoir la visionner. Je ne peux rien y faire. Toujours au rayon syndication versus navigation, les changements de typographie entre les deux peuvent avoir des résultats amusants (tout est relatif), vu que Lucida Grande n’a pas de version bold-italic.

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Comment pense l’institution culturelle

23 avril 2008 · Musique

Christophe Sabot, chef magasinier au rayon “Musique” du groupe Lagardère, a cette intéressante remarque vis-à-vis d’Apple et de Steve Jobs, découpée en paragraphes d’une phrase pour simplifier la lecture :

[Les artistes] aujourd’hui (…) sont complètement déboussolés, complètement angoissés par tout ce qui se passe, dépassés par la technologie, trahis par le disque, trahis par Apple, trahis par le téléphone, trahis par tous, parce qu’ils ne sont juste aujourd’hui qu’une vulgaire marchandise.

Parce que s’il n’y a pas la musique, il n’y a pas Apple aujourd’hui, et je pense que Steve Jobs, la musique, ça ne l’intéresse pas, il a un jean[s], il a des baskets, il a un t-shirt, mais c’est quand même le plus gros fossoyeur de la musique du vingt-et-unième siècle.

La technologie propriétaire iTunes et tout le reste, en disant “je vous donne accès à la musique”, en fait “je vous la tue derrière”, parce que fondamentalement, moi ce que je retiens de Steve Jobs, c’est que c’est juste le fossoyeur de la musique du vingt-et-unième siècle.

Et on peut véhiculer toutes les idées, tout ce qu’on veut autour d’Apple, personnellement moi ça m’a mené à détester ce mec-là.

[Point de montage supposé.]

Mais parce qu’aujourd’hui 90% de la musique qui est sur un iPod, c’est de la musique qui est piratée, et qu’aujourd’hui, si vous ne passez pas par Apple, qui est une vraie dictature, en technologies propriétaires, vous ne passez nulle part ; et qu’il y a un mode, je dirais, sous un esprit libertaire, [que] je trouve relativement coercitif.

Mais bon, le marketing est content, tout le monde est content, et tout le monde rêve d’avoir un iPhone, c’est pas grave. On connaît tous les défauts de l’iPhone, mais tout le monde veut un iPhone, peu importe.

Il y a quelques données à évacuer, principalement les remarques finales sur la fiabilité technique de l’iPhone, qui sont périphériques au sujet, et la part affective des propos, qui sont très personnalisés et qui transpirent un certain ressenti, pour faire une litote (j’ai un instant pensé à Alain Badiou et Nicolas Sarkozy). Une petite interrogation, également, sur la publicité du propos, qui n’est pas évidente puisqu’il est placé en aparté à un entretien plus policé. Enfin, j’ai inséré un point de montage supposé, parce que j’ai eu l’impression que l’interviewé répondait à une question explicative de type Pourquoi pensez-vous cela ? par la suite.

Une fois qu’on a le texte de la sortie bien en main, que lit-on ? Je ne le sais pas très bien moi-même, et je compte sur vos explications en commentaire. Personnellement, je pense qu’il y a de la part de Christophe Sabot une insatisfaction vis-à-vis du fait qu’Apple n’autorise pas la lecture de formats propriétaires autres que le sien sur son produit-phare et hégémonique, l’iPod. En outre, je pense que Christophe Sabot souhaiterait pouvoir diffuser des fichiers Windows Media Audio sur la plate-forme technologique Apple, incontournable à l’heure actuelle. Son propos est donc un plaidoyer pour la concurrence entre formats propriétaires (un type classique d’intéropérabilité fermée), doublé d’une observation : c’est le manque de concurrence entre formats et plate-formes propriétaires qui explique l’ampleur des échanges illégaux.

Je trouve la remarque intéressante parce qu’elle illustre le fait que, pour Christophe Sabot et donc pour son groupe, les formats propriétaires restent une base saine pour l’organisation du commerce des biens culturels, la seule ombre au tableau semblant être l’abus de position dominante par une firme (extra-européenne qui plus est). Cela fait pourtant deux ans que le Digital Rights Management s’éteint, certes sans perte ni fracas, mais inéluctablement. Le marché y survit plutôt bien, voire très bien si l’on tient compte de l’avis des journalistes spécialisés. Il n’y a peut-être qu’en France où l’on nourrit encore l’idée qu’une technologie qui réduit significativement la marge de manœuvre du consommateur peut se légitimer au nom du droit d’auteur, et par conséquent, les pertes de tous types devraient continuer.

Je suis preneur de tout portrait psychologique plus fin de l’industrie culturelle française (et mondiale) depuis le milieu des années 1990, ce qui ne devrait pas être très compliqué à obtenir.

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